les-quatre-fantastiques-critique-film-Josh-Trank

Les 4 Fantastiques, un film de Josh Trank : Critique

[Critique] Les 4 Fantastiques

Synopsis : Un groupe d’amis, mené par un jeune scientifique obnubilé depuis l’enfance par le voyage tridimensionnel, se retrouve victimes d’une expérience qui va changer leur vie. A présent dotés de super-pouvoirs, ils vont devoir apprendre à maîtriser leur don et s’unir pour affronter une menace inattendue. 

« A year ago I had a fantastic version of this. And it would’ve recieved great reviews. You’ll probably never see it. That’s reality though. »

— Josh Trank

Tweeté le jour même de sa sortie américaine du film, et 3 jours après la sortie française, par son propre réalisateur qui semble craindre que les hordes de mauvaises critiques qu’il commencent déjà à engendrer ne nuise à sa jeune carrière -rappelons que, du haut de ses 30 ans, il ne signe là que son second long-métrage-, cet avertissement qui pointe directement l’ingérence qu’a pu avoir la Fox (déjà réputée pour être, avec Disney avec qui elle travaille d’ailleurs souvent, celui des studios hollywoodiens qui laisse le moins de marge de manœuvre qu’elle laisse aux auteurs) dans son travail, est révélatrice de tout ce dont souffre cette relecture des 4 Fantastiques.

Près de 10 ans après le fiasco du diptyque de Tim Story (que la Fox a récemment fait disparaître des plateformes VOD), le studio tente de redonner une chance aux 4 Fantastiques, une équipe jugée ringarde mais qui reste malgré tout un pilier de base dans la mythologie Marvel. Pour se faire, les rennes ont été donnés au petit chouchou de l’écurie, Simon Kinberg, qui, en tant que producteur ou scénariste, s’attribue depuis quelques années les plus gros succès commerciaux du studio. Afin de dépoussiérer un peu les personnages, il a eu la bonne de faire comme le célèbre éditeur de comics qui, dans les années 90, ont publié des reboot de leurs personnages phares dans la série Ultimate. Ainsi, de la même façon que Sony s’était inspiré (fort maladroitement serait un doux euphémisme) d’Ultimate Spider-man pour écrire  leur Amazing Spider-man, la Fox et Kinberg ont donc décidé d’adapter Ultimate Fantastic Four. Seul hic dans cette idée : Cette BD mettait en scène des personnages âgés d’à peine plus de quinze à vingt ans. Pour éviter de transformer leur film en teen-movie immature, le choix de Josh Trank, réalisateur de Chronicle, reconnu comme étant l’un des rares films à traiter de façon réaliste les réactions que peuvent avoir des adolescents vis-à-vis de l’acquisition et la maitrise de super-pouvoirs, fut une idée brillante. Mais une bonne idée de départ ne tient pas toujours la route, c’est ce que la production des 4 Fantastiques nous prouve.

La patte de Trank se ressent donc dans la caractérisation des cinq jeunes adultes interprétés par Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan, Jamie Bell et Toby Kebbell. Leurs relations, tour à tour amicales et conflictuelles, leurs enjeux personnels et familiaux en font des personnages qui méritent d’être suivis. Toute la subtilité de cette écriture tient au fait que la mécanique de groupe entre les quatre futurs « héros » va se former pour faire contrepoids à l’individualisme qui caractérise leur ami Van Doom, qui est même loin d’apparaître encore comme un potentiel « méchant » puisqu’en portant dans son discours tous les enjeux écolo et antimilitaristes du film, il apparait certainement comme le plus attachant des personnages de cette première heure. Malgré tout, la première moitié du film, qui se concentre avec beaucoup de sobriété sur la rencontre des cinq personnages et la création de leur machine de téléportation, souffre de deux défauts rédhibitoires: D’abord, ses touches d’humour qui tombent souvent à plat puisque, à part quelques vannes qui sont des clins d’œil aux comics (et qui ne feront sans doute tilter que les connaisseurs), le caractère « cool » de ces jeunes se conjugue souvent à soit une naïveté qui n’aide pas à les rendre sympathique, soit une certaine immaturité… et aux blagues qui vont avec. Mais surtout, la durée de cette exposition (près d’une heure tout de même !) implique des longueurs et un rythme très étiré qui sont l’exacte antithèse de tout ce à quoi les amateurs de films de super-héros ont été habitué par les productions Marvel qui ont la faucheuse tendance à ne pas suffisamment développer leurs héros, et moins encore les méchants. Les amateurs de ce processus narratif terriblement expéditif ne verront alors, dans le traitement de l’amitié entre Reed Richards et Ben Grimm, dans le besoin de Johnny et Sue Storm d’être rivaux dans la reconnaissance par leur père, dans les sous-textes (les amateurs des Productions Marvel savent-ils seulement ce que signifie ce mot?) sur le triangle amoureux autour de Susan Storm et de la peur de Victor Van Doom d’être spolié de ses inventions, qu’un scénario bavard et terriblement ennuyeux. C’est là que l’on comprend que les choses ont commencé à s’envenimer entre Trank et Kinberg.

La seconde moitié voit en effet poindre un conflit qui dépasse de très loin les aventures de nos quatre héros et leur affrontement du Dr Fatalis : Celui qui opposait un Trank désireux de continuer à développer son regard sur les personnages, et d’un Kinberg cherchant à calibrer le film selon un cahier des charges prédéfini par les codes du genre. Si la rumeur fort tenace que Trank fut même dessaisi de la réalisation avant la fin du tournage et secrètement remplacé par Matthew Vaughn (crédité comme co-producteur mais à qui Kinberg peut avoir toute sa confiance depuis qu’il lui ait fait réaliser un film fort similaire et parfaitement réussi: X-men First Class) est vraie, elle expliquerait au moins l’irrégularité flagrante dans le jeu des comédiens dont on ne doute pas que certains passages furent faits sous la houlette d’un tout autre directeur d’acteur. Quoi qu’il en soit cette seconde partie du film, entre l’acquisition des super-pouvoirs et l’émergence du super-méchant, est terriblement inégale, tentant de jongler entre un schéma scénaristique ultra-balisé et quelques idées intelligentes mais, de fait, sous-exploités comme le discours antimilitariste (impossible de ne pas prétendre que le vrai méchant du film est en fait Tim « le machouilleur» Blake Nelson qui incarne le capitalisme américain à la botte du Pentagone) et un travail sur la transformations des corps qui se voudrait dans la veine du travail de Cronenberg.

Parlons à présent de la dernière partie : Le combat tout attendu contre le super-méchant. Et quel super-méchant ! Autant Victor Van Doom était introduit comme un jeune brisé et aux idées nihilistes, autant son alter-égo maléfique (notons que les noms « Dr Fatalis » ou même « Dr Doom » ne sont jamais prononcés) est, contrairement à ce que laissait présager le teaser, certainement le super-méchant le moins présent à l’image dans un film de super-héros. Au vu de son visuel déplorable (sorte de Belphégor numérique mal fait… comme 90% des effets spéciaux soit dit en passant!), cette exploitation limitée n’est pas une tare. Et pourtant, son apparition s’avère propice à l’unique surprise de cette dernière demi-heure : Du sang! En voyant les victimes de Van Doom exploser dans des gerbes de sang, la Fox nous rappelle que ce n’est pas à un Disney que nous assistons. Mais la suite et fin est elle encore plus dérisoire puisque, en moins d’un quart d’heure, le climax tant attendu et l’inévitable combat manichéen aux enjeux majeurs se retrouvent balayés d’un revers de manche. Ce combat expédié de la la façon la plus non-chalante qui soit n’a qu’un but: Nous rappeler la morale autour de l’esprit d’équipe d’une manière si déclamatoire qu’elle est en parfaite contradiction avec la subtilité du début (dans sa façon de nous balancer « Il est plus fort que chacun d’entre nous mais moins fort que nous ensemble!« , le film ferait passer Avengers pour du Victor Hugo!). Une fin bâclée qui, dernièrement, n’a d’égal que celle d’Elysium… un film qui, lui aussi, était chapeauté par Kinberg et s’est conclu par un conflit d’intérêt entre lui et le réalisateur ! A présent vous savez qui blâmer.

Au final, que peut-on sauver dans ce 4 Fantastiques ? Peut-être d’abord ses acteurs qui, malgré la suspicion des fans, s’avère de très bons choix de casting, et dont l’irrégularité dans le jeu (meilleur exemple : Kate Mara est aussi convaincante en informaticienne qu’inexpressive en super-héroïne) est justifiable par ce tournage chaotique et les nombreux reshoots qu’il a provoqué, mais surtout la volonté qu’a pu avoir Fish Trank pour nous proposer sa vision sur les personnages, au risque de provoquer un rythme trop lent pour acquérir l’adhésion du grand public. Mais, au final, on retiendra du film bien moins la victoire des gentils héros contre le méchant, mais celle de Simon Kinberg sur le réalisateur dont le travail se noie, tandis que film avance, dans le calibrage aseptisé et impersonnel imposé par le studio. Le film mérite t-il alors d’être vu? A moins de vouloir amoindrir son échec commercial annoncé pour éviter que Marvel en récupère les droits, autant s’en passer et attendre que Josh Trank refasse un film indépendant.

Les 4 fantastiques: La bande annonce (VO sous-titré)

Les quatre Fantastiques: Fiche Technique

Titre original:Fantastic Four
Réalisation: Josh Trank
Scénario: Jeremy Slater, Simon Kinberg, Josh Trank d’après: les personnages « Les 4 Fantastiques » de: Stan Lee, Jack Kirby, éd. Marvel Comics
Interprétation: Miles Teller (Reed Richards), Michael B. Jordan (Johnny Storm), Kate Mara (Susan Storm), Jamie Bell (Ben Grimm), Toby Kebbell (Victor Von Doom), Reg E. Cathey (Dr Franklin Storm), Tim Blake Nelson (Dr Allen)…
Image: Matthew Jensen
Décors: Chris Seagers
Costumes: George L. Little
Montage: Elliot Greenberg, Stephen E. Rivkin
Musique: Marco Beltrami, Philip Glass
Récompenses : Razzies 2016 du pire film, du pire réalisateur et du pire remake
Producteur(s): Matthew Vaughn, Robert Kulzer, Simon Kinberg, Hutch Parker, Gregory Goodman
Production: Marv Films, Genre Films
Distributeur: Twentieth Century Fox France
Genre: Action, science-fiction
Durée: 106 mn.
Sortie en salles le 5 août 2015

Etats-Unis – 2015

 

Rédacteur
Plus d'articles
Critique-Enola-Holmes-illustration-Sarah-Anthony
Enola Holmes : on se laisse prendre à ce jeu féministe porté par une très charismatique Millie Bobby Brown