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Le Voyage du Prince : un enchantement pour tous avec une visée philosophique

Le Voyage du Prince, dont la date de sortie en France est le 4 décembre 2019, est un long-métrage d’animation franco-luxembourgeois. Ce film résulte d’un travail appliqué et au final extrêmement réussi sur le plan esthétique. Réalisé par le duo Xavier Picard et Jean-François Laguionie, Le Voyage du Prince est, de surcroît, un conte philosophique, dont le scénariste aurait pu être Voltaire.

Xavier Picard, âgé de 57 ans, est un un réalisateur, producteur, et scénariste. Il est spécialisé dans les films d’animation et est reconnu pour la qualité de son travail prolifique par la profession. Son premier long-métrage, Les Moomins sur la Riviera, sorti en 2015 (dans la bagatelle de 70 pays allant de la France au États-Unis en passant par la Chine) a renforcé sa notoriété aux yeux du grand public. Fort de ce succès, il nous propose, à travers Le Voyage du Prince, une fable, donc une histoire à vocation universelle. Jean-Pierre Laguionie, âgé de 80 ans, est l’un des papes de l’animation française. Il a été étudiant aux Arts Appliqués. C’est Paul Grimault qui l’initie à l’animation pendant près de dix ans. Le succès est rapidement au rendez-vous jusqu’au sacre suprême avec la Palme d’Or du Court Métrage au Festival de Cannes, en 1978, pour La Traversée de l’Atlantique à la rame. C’est alors qu’il passe aux longs-métrages d’animation (sept à ce jour et trois en préparation) : une rare et belle longévité qu’il convient de saluer. Notons que Le Voyage du Prince est la suite des aventures du Prince Lankoos, né sous sa griffe géniale, vingt ans plus tôt, dans Le Château des Singes (1999).

Le Voyage du Prince repose sur une rencontre imprévue entre un vieux Prince perdu et un jeune garçon s’appelant Tom. Tous les deux sont des singes. L’histoire se situe à la fin d’un XIXème siècle revisité où le progrès est certes fascinant mais aussi effrayant. L’Académie des Sciences Modernes concentre tous les pouvoirs. C’est une idée originale inscrivant le scénario de ce film d’animation dans les traces laissées par des romans d’anticipation comme La Ferme des animaux de George Orwell. L’Académie est solidement convaincue de la supériorité de son peuple, les Nioukos, en niant toute autre rivalité civilisationnelle possible car inexistante. Le vieux Prince, appartenant à un autre peuple simiesque, conforte les parents de Tom, chercheurs dissidents, dans leur bien-fondé de détrôner ce dogme erroné consacrant l’auto-centrisme. Le père de Tom, le professeur Abervrach, est néanmoins dévoré d’ambition, et compte fortement, en présentant le Prince à l’Académie, y retrouver un siège. Le Voyage du Prince est un appel, poétique par sa forme, à la tolérance. L’acceptation d’autrui, et non sa crainte, devrait couler de sens. La peur, que ne connaît pas le Prince, est inhérente aux Nioukos, et cultivée par l’Académie qui les gouverne.

Jean-François Laguionie nous invite à une double lecture picturale : « Sur le plan graphique, avec Jean Palenstjin (le chef décorateur de L’Ile de Black Mor et du Tableau), nous avons essayé de différencier le monde d’où vient ce seigneur et celui des Nioukos. Dans les récits du Prince, la couleur est plus présente, comme dans les enluminures. En revanche, dans le monde des Nioukos, le style est différent. Il évoquera les gravures des années Jules Verne ou de Gustave Doré, une époque où le dessin primait sur la peinture, celle des grands caricaturistes, comme Daumier auquel nous rendons hommage pour les personnages de l’Académie des Sciences…. Mais à la fin du voyage, en approchant de la Canopée, la peinture reprend vraiment sa place. » Parmi les couleurs propres à la narration du Prince, le vert a une place prédominante : il évoque une nature qui a été bannie de la grande ville. Une nature, qui pour les Nioukos, est une source de peur. La jungle jugée hostile est à repousser par toute société digne de ce nom. S’agit-il d’une dénonciation de la déforestation massive de la part des réalisateurs ? Concernant le rythme des images, Le Voyage du Prince prend son temps que nous partageons plaisamment avec lui.

Le Voyage du Prince célèbre une formidable amitié qui va éclore pour ne point se faner entre le vieux Prince et Tom. Le vieux Prince, qui a franchi le cap des soixante ans, se distingue de nombre des autres singes, par sa taille et sa corpulence. Il est une sorte de Léonard de Vinci. Il est donc un esprit éclairé avec notamment une passion pour les machines volantes. Sa soif inaltérable de découvertes l’amène à retenter sa chance (après un échec dans Le Château des Singes) pour aborder sa propre Amérique, à savoir le monde des Nioukos. L’émerveillement presque infantile qu’il éprouve pour la métropole, avec pour guide avisé le jeune Tom, va cependant s’étioler. L’heure est rapidement au désenchantement : passer pour un « sauvage » l’amuse de moins en moins, et il va s’insurger contre l’incompétence des pseudo-élites d’une contrée qu’il avait idéalisée. Afin d’honorer l’amitié forte qui le lie avec Tom, il entreprend l’apprentissage de la langue de ce dernier. Tom, du haut de ses douze ans, a aussi l’oreille polyglotte : il comprend les oiseaux et les lémuriens. Les parents de Tom l’ont, en réalité, adopté, et le jeune garçon choisira de partir avec le Prince, en s’évadant avec lui, pour regagner son pays d’origine, La Canopée.

Le Voyage du Prince: Bande-annonce

Synopsis : Un vieux Prince échoue sur un rivage inconnu. Blessé et perdu, il est retrouvé par le jeune Tom et recueilli par ses parents, deux chercheurs dissidents qui ont osé croire à l’existence d’autres peuples… Le Prince, guidé par son ami Tom, découvre avec enthousiasme et fascination cette société pourtant figée et sclérosée. Pendant ce temps, le couple de chercheurs rêve de convaincre l’Académie de la véracité de leur thèse auparavant rejetée…

Fiche Technique

Titre original : Le Voyage du Prince
Réalisateurs : Jean-François Laguionie, Xavier Picard
Scénariste : Jean-François Laguionie, Anik Le Ray
Producteurs : Blue Spirit productions, Mélusine productions
Distributeur : Gebeka Films
Avec : Enrico Di Giovanni, Thomas Sagols, Gabriel Le Doze, Marie-Madeleine Burguet-Le Doze, Célia Rosich, Catherine Lafond, Frédéric Cerdal, Patrick Bonnel
Genre : Animation
Nationalités : France, Luxembourg

Date de sortie en salles : 4 décembre 2019
Durée : 1h18

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