Le Grand Silence : un western italien hors norme

1964. Le monde entier s’apprête à découvrir Pour une poignée de dollars qui lancera le premier volet de l’éclatante Trilogie du Dollar de Sergio Leone. Deux années plus tard, Sergio Corbucci s’inspirera du personnage de Clint Eastwood pour réaliser un western brutal et crépusculaire avec Django. Deux classiques, deux réalisateurs italiens issus du péplum qui revigoreront alors un genre en plein déclin. Bien moins considéré que la première itération du personnage culte, encore moins face aux films influents de son homologue italien, Sergio Corbucci réalisera pourtant une œuvre audacieuse en 1968. Le Grand Silence rejoint assurément ces grands westerns à l’italienne qui bouleverseront le genre. À l’occasion de sa ressortie en copie restaurée 4K, retour sur une œuvre d’une beauté formelle saisissante au récit sombre et impitoyable. 

D’authentiques personnages archétypaux 

À la manière de Django, Sergio Corbucci nous plonge dans une suite logique des propositions novatrices de son ami et rival Sergio Leone. Le personnage de Clint Eastwood est toujours au-dessus des têtes. Mais cette-fois ci, à la différence d’un avatar équivalent, le personnage de Silence, solidement interprété par un Jean-Louis Trintignant inspiré, finit par se différencier totalement. Pistolero muet et authentique, Silencio surprend par sa sensibilité, semblant porter un fardeau éternel. Un héros westernien, apparaissant somme toute classique, qui dévoilera une complexité rare dans le genre jusqu’à un final sidérant. L’antagoniste est également à contre-courant, Klaus Kinski se révélant être un impressionnant chasseur de primes, d’une cruauté courtoise et terrifiante. Tous les seconds rôles auront eux-aussi une écriture savamment pensée, de l’archétype de la jeune veuve westernienne interprétée par une afro-américaine (Vonetta McGee dans son premier rôle au cinéma) au shérif nuancé et prépondérant campé par un Frank Wolff aux antipodes de ses rôles habituels, à l’affiche la même année du magnifique Il était une fois dans l’Ouest.

Une forme au service d’une œuvre politique

Formellement, Le Grand Silence n’a pas à rougir face aux plus beaux westerns. Les montagnes enneigées capturées dans les Dolomites, catalyseurs de la mélancolie et de la noirceur du récit, sont d’une beauté éclatante. Dès les premières minutes, le ton est donné par le travail opératique de Silvano Ippoliti. Renforçant les contrastes face à la blancheur immaculée de la neige, le chef-opérateur travaille une imagerie froide et lancinante dévouée à un propos singulier. S’inspirant des nombreux massacres perpétués en 1898 aux États-Unis, Sergio Corbucci nous livre sa vision politique du grand Ouest américain dans toute sa perfidie. D’une violence prééminente, Le Grand Silence tire sa révérence en affrontant le mal d’une barbarie devenue monnaie courante. Souhaitant explorer un certain réalisme, le cinéaste n’hésitera pas à céder à un pessimisme rarement vu dans le western. Une hauteur de vue hautement symbolique s’inscrivant dans un genre en pleine résurrection. Tout cela consolidé par une bande originale délicate et mélancolique signée Ennio Morricone, bien loin de ses compositions grandiloquentes pour Sergio Leone.

Bande Annonce – Le Grand Silence

Synopsis : Hiver 1898, dans les montagnes de l’Utah, des paysans et bûcherons sont devenus hors-la-loi pour survivre. Des chasseurs de primes, dirigés par le doucereux mais cruel Tigrero, sont payés pour les abattre. Pauline, dont le mari a été tué par Tigrero, engage Silence, un pistolero muet pour la venger.

Fiche Technique – Le Grand Silence

Titre original : Il grande Silenzio
France / Italie – 1968 – 1h46 – Visa 35320
Avec Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Franck Wolff, Vonetta McGee
Sortie le 30 mars 2022
Version restaurée 4K

 

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4

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