L’affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé : l’admiration du faux

Sans être un biopic, L’Affaire Bojarski s’inspire largement de la vie réelle de Czesław Jan Bojarski, considéré comme le « Cézanne de la fausse monnaie ».

Synopsis : Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France.

Anatomie d’une fausse monnaie

Le film prend le parti d’une introspection complète concernant le processus de création des faux billets. Jan vacille constamment entre son activité de faussaire et sa vie de famille, sans faire de concession. Cependant, comment cacher une production si prolifique aux yeux de sa femme, de ses enfants, et plus largement de la France entière ?

Jean-Paul Salomé s’applique à présenter le développement de la production des faux billets. Les étapes se succèdent grâce à des machines, que le réalisateur démontre par des inserts. A l’abri des regards, Bojarski dévoile son travail aux yeux du spectateur.

Le défi d’une autre nationalité

Reda Kateb et Pierre Lottin se glissent dans la peau de deux Polonais immigrés en France. Quelques dialogues en polonais nous laissent envisager l’étendue de leur implication dans leur rôle respectif ! Dans les faits, Bojarski s’est réfugié en France suite à une incarcération durant la Seconde Guerre mondiale. Seulement, en France, son diplôme acquis en Pologne n’est pas valide. Le film s’intéresse ainsi à la condition des réfugiés au lendemain du conflit mondial.

Face à eux, le commissaire Mattei. Présenté comme dur et intraitable, il semble travailler sans relâche pour démasquer le faussaire. Son attitude stoïque laisse présager sa peur, tandis que les nombreux gros plans sur son visage dévoilent la tension constante qu’il porte. Pourtant, alors qu’il est le représentant du bien, le spectateur prend le parti de Jan, qui est davantage caractérisé dans sa vie personnelle.

Lorsque le faux devient une passion

La trame narrative du long-métrage peut sembler ordinaire : elle consiste en la traque d’un faussaire par un commissaire. Pourtant, l’attitude de Bojarski face à ce risque d’incarcération est surprenante. En effet, il ne s’en inquiète pas, ne se cache pas à proprement parler. Il adresse des lettres et des appels au commissaire, mais ce n’est pas par pure provocation ou pour chercher la gloire. Il agit par passion, pour sa famille et pour l’art de créer des faux billets : d’où l’admiration que nous pouvons ressentir pour lui.

A ce titre, le nouveau billet Bonaparte représente un défi de création pour lui, qu’il considère quasiment comme un chef-d’œuvre de reproduction. Pour autant, comment allier vie de famille et vie de faussaire ? Comment élever ses enfants lorsque sa fortune est fondée sur l’illégalité ? Jan reste ainsi fidèle à lui-même, afin de vivre davantage en tant que père et non en tant que criminel.

Le jeu du rythme

Le long-métrage démarre sur un flash-forward : un hold-up au cœur de la forêt de Rambouillet. Bojarski semble apeuré, mais enfile tout de même une cagoule afin de cacher son identité, que nous ne connaissons pas encore à ce moment. Il agit malgré la peur, car aucun retour en arrière n’est possible. Pourtant, cette séquence d’introduction s’oppose au reste du film, qui est plus lent dans son action. En effet, par la suite, Jan est patient dans ses actions. Il est méticuleux afin de créer des billets reproduits à la perfection.

D’un autre côté, Mattei plane sur son enquête. Celle-ci est parsemée d’indices, dont les sources proviennent surtout de ses subordonnés. La traque de Bojarski devient sa vie entière, quitte à s’oublier lui-même (et sa carrière). Du côté de ses actions, le long-métrage aborde davantage ses échecs plutôt que ses réussites.

En clair, Jean-Paul Salomé choisit de montrer une vie singulière, loin d’un héroïsme de surface. Les choix narratifs et esthétiques sont assumés : la violence s’affirme dans un éclairage uniforme. Avec ce film, Czesław Jan Bojarski connaît une seconde renommée par ses méfaits, après celle qui l’a fait connaître en tant que « Cézanne de la fausse monnaie ».

L’Affaire Bojarski – bande-annonce

L’Affaire Bojarski – fiche technique

Réalisation : Jean-Paul Salomé
Scénario : Jean-Paul Salomé et Bastien Daret
Musique : Mathieu Lamboley
Décors : Françoise Dupertuis
Costumes : Dorothée Guiraud
Montage : Valérie Deseine
Son : Vincent Goujon, Dimitri Kharitonnoff, Loïc Prian et Thomas Gauder
Sociétés de production : Le Bureau et Les Compagnons du cinéma, en association avec SOFICA
Sociétés de distribution : Le Pacte (France), O’Brother Distribution (Belgique), Filmcoopi (Suisse), TVA Films (Québec)
Pays de production : France
Format : couleur
Genre : drame
Durée : 128 minutes

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