Je veux juste en finir (I’m thinking of ending things), le nouveau casse-tête psychologique de Charlie Kaufman

Dans un esprit similaire à Mother!, le film I’m thinking of ending things (Je veux juste en finir, en français), sorti sur Netflix le 2 septembre, est un réel casse-tête psychologique qui demande à être vu et revu. Adapté du roman de Iain Reid, et écrit par Charlie Kaufman, le scénariste de The Eternal Sunshine of the Spotless Mind et Dans la peau de John Malkovich, ce film s’avère beaucoup plus alambiqué et retors qu’il n’y paraît de base. Et pour mieux en parler, il faudra malheureusement spoiler l’intrigue principale.

L’histoire de départ semble pourtant plutôt classique. Une jeune femme, Lucy, (Jessie Buckley) est invitée chez les parents de son petit copain, Jake (Jesse Plemons). Sur la route, le blizzard fait rage et le couple s’engage dans des conversations existentialistes qui nous indiquent que Lucy pense déjà à rompre avec Jake. On s’imagine que l’histoire va alors se concentrer sur ce couple qui bat de l’aile, selon le point de vue de Lucy. Pourtant, au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, toute vraisemblance se détériore. Après son arrivée dans la ferme des beaux-parents (Toni Collette et David Thewlis), les situations et les dialogues deviennent de plus en plus étranges et angoissants. 

Une ambiance malsaine s’installe et nos yeux semblent nous trahir. Le spectateur averti se rendra compte alors que tout se métamorphose : les décors bougent, le temps s’étire, les protagonistes changent de coupes de cheveux, de vêtements, d’âge et même de prénoms.

Attention : spoilers

Lucy, Louisa ou Jake : le Janus à double face

Dans le rôle principal, le visage de Jessie Bucley fascine par ses expressions et ses changements de ton. Au cours d’une conversation, Lucy devient d’un coup Louisa. Elle reçoit même d’étranges coups de fil d’elle-même. Autant dérouté que fasciné par ces étranges changements, on se questionne sur l’existence de notre héroïne. Alors que Jake, celui que l’on considérait comme dans l’ombre de notre héroïne est finalement le facteur commun aux changements opérés. Comme la manifestation de son chien, au moment même où il en parle.

On se rend compte que notre personnage féminin n’est pas réel. Elle est le fruit de l’imagination de Jake et de ses références culturelles – il fait référence à un poème de son auteur préféré dédié à une certaine Lucy. Pourtant, elle reste notre pion, notre guide au sein de l’esprit et des questionnements de Jake. Car ce sont les dialogues entre Jake, Lucy/Louisa et ses parents qui restent révélateurs de ses profondes interrogations. Jake se montre froid et distant avec son père, mais honteux et rustre face au trop plein d’amour livré par sa mère. Les deux acteurs, Toni Collette et David Thewlis, se livrent chacun dans une performance formidable de changements de personnalité et d’apparence à des temps différents de la soirée. D’une scène à l’autre, on assiste à la détérioration physique mais aussi mentale de ces deux figures parentales. Des changements alors révélateurs principalement de la peur de la vieillesse et de la mort.

La peur et les faux semblants s’invitent à dîner

Alors que l’on se met à douter de l’identité de notre Lucy/Louisa, on reste pourtant attaché à elle et son besoin pressant de s’échapper de cette soirée angoissante. Et la fin du repas laisse place à une nouvelle angoisse. Jake prend des airs inquiétants dans son refus de la laisser “s’échapper”, comme s’il était conscient qu’elle n’était qu’une illusion. Sur le chemin du retour, sous le blizzard qui ne fait que redoubler, il trouve des excuses invraisemblables pour prolonger la soirée, jusqu’à faire un détour dans son ancien lycée, au milieu de la nuit.

A ce moment, le film prend une réelle tournure de film d’horreur. Dans les corridors d’un lycée vide, l’ambiance prends des airs de Shining. Et de manière inattendue, un spectacle musical se déroule sous nos yeux, introduit en amont par la perspective du concierge du lycée, qui s’avère devenir notre nouveau personnage principal. Un vieille homme rondouillard, qu’on soupçonne être lui même une projection de Jake – ou la version de lui-même dans le futur. Il n’est plus question de vraisemblance quand Jake et Lucy sont doublés par des danseurs de ballet au milieu de ces couloirs angoissants. On assiste alors au véritable drame en musique : le meurtre de Jake. Une scène chorégraphiée qui nous transporte totalement en dehors du film, mais à ce stade, la logique scénaristique n’est plus une priorité. Et la scène finale, avec l’apparition d’un fantôme de porc animé et parlant, confirme notre détachement avec le réel, pour ne faire qu’augmenter notre questionnement face à cette œuvre profondément intrigante.

Quand il faut juste « en finir »

De loin, Tenet reste un film très simple à comprendre à coté de I’m thinking of ending things. Le film pourrait laisser sur le carreau pas mal de spectateurs. En premier lieu, à cause de sa longueur et sa lenteur. Ses dialogues restent pourtant percutants. Puis, la réalisation de certains plans est prodigieuse. Particulièrement, la scène de danse finale. Mais c’est aussi le genre de film à prendre avec du recul et qui nécessite un effort de réflexion du public. Il finira donc par plaire ou déplaire totalement, mais ce film reste une véritable représentation de crises existentialistes que chacun peut connaître,  et du repas familial classique qui dégénère. Dommage qu’il souffre d’une diffusion exclusivement en VOD sur Netflix, car il aurait mérité une sortie en salle beaucoup plus fracassante. En attendant, il fait surtout parler les curieux du genre de Kaufman.

Je veux juste en finir – Bande-annonce

Je veux juste en finir – Fiche Technique :

Réalisateur : Charlie Kaufman
Scenaristes : Charlie Kaufman, Iain Reid
Photographie : Lukasz Zal
Montage : Robert Frazen
Musique : Jay Wadley
Producteurs : Stefanie Azpiazu, Anthony Bregman, Peter Cron, Charlie Kaufman
Maisons de production : LIkely Story, Projective Testing Service
Distribution (France) : Netflix
Durée : 134 min
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie (France) : 04 Septembre 2020

Etats Unis – 2020

 

 

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