Et les mistrals gagnants, un film d’Anne-Dauphine Julliand : Critique

Mélancolie douce et ode à la vie, avec Et les Mistrals gagnants, premier documentaire d’Anne-Dauphine Julliand

Synopsis : Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual ont entre six et neuf ans. Ils vivent dans l’instant. Avec humour et surtout l’énergie optimiste de l’enfance, ils nous prennent par la main, nous entraînent dans leur monde et nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves, leur maladie. Avec beaucoup de sérénité et d’amour ces cinq petits bouts d’Homme nous montrent le chemin du bonheur. Un film à hauteur d’enfant, sur la vie tout simplement.

« Le temps est assassin et emporte avec lui
Les rires des enfants et les mistral gagnants
Et les mistral gagnants… »

Jamais des paroles de chansons n’auront pu si bien correspondre aux propos tenus dans un documentaire. La chanson de Renaud résonne en nous, chacun ayant sa propre signification des « mistrals  gagnants ».
Avec le documentaire d’Anne-Dauphine Julliand, les mistrals gagnants prennent cette forme douloureuse et difficilement tarissable qu’est celle de la maladie infantile. Cette maladie avec laquelle on nait, et non pas celle qui nous attrape au cours de notre vie.
Ils sont âgés de maximum 9 ans, et sont pourtant d’infatigables guerriers, grandissant en avance sur leur temps.
Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual sont des bouts de choux, des bambins, des chérubins, et ont pourtant bien plus soufferts que la plupart d’entre nous. Ils sont venus au monde avec la maladie, et ne cesseront de tout faire pour s’accommoder à cette dernière. Chacun s’en accapare de façon différente : Camille fait tout de suite exploser sa colère et ne cesse de prouver la rage qui sommeille en lui. Imad, quant à lui, fait dans la patience. Charles, Ambre ou Tugdual sont beaucoup plus sereins, ne l’omettant jamais, cependant.

La caméra de la réalisatrice est l’œil que nous portons sur eux. Un oeil bienveillant, mais dans lequel s’immisce la douleur. Aux rires viennent se mêler les larmes. Les séquences de fou rire, de plaisirs innocents précèdent les piqûres ou les poses de sonde, en vue d’une dialyse.
Anne-Dauphine Julliand ne sombre jamais dans quelconque voyeurisme. Elle offre aux spectateurs des tranches de vie dont on ressort difficilement indemnes. On s’attache, énormément,  on se prend d’affection, et on ne souhaite plus les lâcher. Impossible de ne pas sourire, voire rire, souvent de manière niaise mais émerveillée, devant tous ces petits faits du quotidien (notamment la séquence de la balançoire ou celle d’une partie de Dobble endiablée).

« Quand on est malade, ça n’empêche pas d’être heureux. »

Voguant entre de nombreuses valeurs de plan, la réalisatrice impose des moments intimes, mais également des instants de fuite, de relâchement, le but n’étant pas d’oppresser les enfants, mais bien de leur céder la place. Ils nous prennent par la main, nous guident, cela pour notre plus grand plaisir.
Il faut savoir que Et les mistrals gagnants est tourné à une seule caméra. Ainsi, les enfants peuvent sortir du champ selon leurs désirs. Il était important pour la réalisatrice de ne leur imposer aucune contrainte.

Toutefois, on regrettera cette dimension larmoyante, à laquelle contribue la musique extra-diégétique, nous enivrant de mélancolie.
Aussi, Et les mistrals gagnants est porteur d’un nombre important de questions et de réflexions. Autour du film gravite ce sujet sensible et non moins tabou qu’est la mort. Alors que chez les adultes, aborder cette question conduit souvent à bon nombre d’interdits et de paroles prohibées, les enfants parviennent davantage à la prendre en considération. Derrière leur maladie se cache une issue qu’ils savent fatale. Ainsi, des remarques anodines tel que « Il n’y a que quand je serai mort que je ne serai plus malade» sont remplies d’insouciance chez eux, mais s’avèrent bouleversantes pour nous. Sont également traités, même si plus en surface, la question des services hospitaliers, du rôle du parent dans la prise en charge de l’enfant et de la maladie. Mais attention, cela ne fait pas de Et les mistrals gagnants un film superficiel !

Et outre le film en lui même, Et les mistrals gagnants est la preuve que le crowfunding peut être porteur de projets qui méritent toute notre attention. 93 000 euros récoltés sur les 50 000 espérer, plus de 1757 donateurs. Une vraie belle réussite pour un film qui vaut plus que le coup d’œil et qui nous permet d’apprécier toujours un peu plus la vie.

Enfin, se termine la séance. Après un générique comme partie constituante du film, qui nous offre les images supplémentaires que l’on attend de peur de ne pas être rassasié, on s’interroge : « Que sont devenus ces enfants ? », « Imad a-t-il pu avoir sa greffe ? ». Et les réponses nous sont apportées : Imad a bénéficié d’une greffe de rein grâce à son père, Ambre continue le théâtre, Charles est rentré chez lui. Vint ensuite de plus triste nouvelle : peu après le tournage, Camille s’en est allé. Les mistrals gagnants ont emporté avec eux les rires d’un enfant.

Et les mistrals gagnants : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Fd8X4n_Ki0E

Et les mistrals gagnants : Fiche technique

Réalisateur : Anne-Dauphine Julliand
Scénario : Anne-Dauphine Julliand
Photographie : Katell Djian, Isabelle Razavet, Laurent Brunet, Alexis Kavyrchine, Matthieu Fabbri
Montage : Lilian Corbeille
Musique : Rob
Producteurs : Edouard de Vesinne
Sociétés de production : Incognita Films
Distribution (France) : Nour Films
Durée : 79 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er février 2017

France – 2017

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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