Emma Peeters : une approche du suicide entre humour et désenchantement

Avec, Emma Peeters, comédie dramatique qui se laisse agréablement regarder, la réalisatrice Nicole Palo signe son premier long-métrage. Tourné à Paris, son casting et sa production sont cependant internationaux. 

Nicole Palo, réalisatrice ayant la double nationalité belge et américaine, est une jeune quarantenaire, au parcours intéressant, avec une formation en cinéma riche (Université Libre de Bruxelles et European Film College au Danemark). Elle se distingue très tôt, suite à un appel à projets de films dits « à micro-budgets » et voit Get Born retenu, réalisé, et diffusé sur ARTE en 2009, puis presque dans la foulée en format DVD. Elle est, de surcroît, une collaboratrice appréciée, pour ses conseils avisés, au service du Programme MEDIA de L’Union Européenne, mais travaille aussi pour des sociétés de production diverses. 2017 est une année bénie, pour Nicole Palo, puisque qu’elle réalise un film pour une diffusion sur le grand écran, ce qui est le rêve de tout cinéaste.

Il s’agit de Emma Peeters, dont elle signe également le scénario, et qui est une comédie dramatique, curiosité dont la production est belge et canadienne. Ce long-métrage, court cependant (87 minutes), nous est proposé, avec une sortie en France, depuis le mercredi 18 décembre 2019. Monia Chokri, actrice québécoise, née en 1982, vouée d’abord à une carrière au théâtre, qui a été retenue pour le rôle principal, est délicieuse, en trentenaire perdue dans sa vie, et aussi dans un Paris revisité par la caméra délicate et désenchantée de Nicole Palo. La philosophie d’Emma est simple : à l’âge de 35 ans, ses espoirs de percer, comme comédienne, se sont révélés être des velléités, à l’exception d’une pub crétine ; elle prend acte de disparaître, sans se louper, et planifie, son suicide, pour le jour même de son anniversaire, ce qui n’est pas une affaire si aisée, contrairement à tout ce qu’elle aurait pu imaginer.

On parle souvent de la trentaine comme une période charnière, où l’on ne court plus après ses chimères, mais où l’on commence a se résoudre au sort qui nous échoit. Emma a eu une vie de galère à vendre des réfrigérateurs, ce pendant dix longues années ; dix années durant lesquelles elle s’est également battue pour s’accomplir, c’est à dire devenir une comédienne. Le tout -presque- en vain.

Elle dresse, par conséquent, un bilan noir de son existence. Emma ne prévoit pas de disparaître en toute discrétion. Mais personne, dans son entourage, ne croit à un passage à l’acte, qu’elle souhaite réussi, car orchestré avec minutie. Elle a une famille et des amis qui l’aiment et pensent tout simplement à un blues passager. Le tout tourne d’abord à la loufoquerie, lorsqu’elle se rend aux pompes funèbres, où un prénommé Alex Bodart, campé par Fabrice Adde, excellent dans son rôle équivoque, la reçoit. S’il tombe d’abord des nues, son professionnalisme s’efface devant un double désir : il désire aider Emma dans son souhait le plus profond, et en même temps, il désire Emma, en tant que femme.

La réciprocité est de mise et leur relation prend une tournure amoureuse. Leurs folies additionnées,  que nous savourons en souriant, iront-elles jusqu’au suicide d’Emma ? Dans sa note d’intention, la réalisatrice Nicole Palo ne diabolise pas le suicide (sans l’encenser pour autant), à l’heure où notre société désabusée cherche des réponses auprès des chantres du développement personnel et de la pensée positive. « Ce film est conçu comme une pilule thérapeutique pour quiconque a un jour pensé « tout envoyer balader » sans jamais oser le faire » nous dit-elle.

Synopsis court : Une comédienne projette de se suicider pour ne pas rater sa vie et rencontre un employé de pompes funèbres qui va lui offrir son aide… pour le meilleur et pour le pire.

Bande-annonce officielle :

Fiche technique :

Réalisatrice et Scénariste : Nicole Palo
Acteurs principaux :  Monia Chokri et Fabrice Adde
Nationalités : Belge et Canadienne
Producteurs : Take Five et Possibles Média
Genre : Comédie dramatique
Durée : 87 minutes
Date de sortie (France) : 18 décembre 2019

Auteur : Eric Françonnet

3
3

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.