Dieumerci !, un film de Lucien Jean-Baptiste : Critique

DieuMerci ! est le troisième long-métrage de Lucien Jean-Baptiste. Si son premier, La première étoile, avait fait beaucoup parlé de lui, allant jusqu’à décrocher une nomination aux Césars, son second, 30° couleur, était passé plutôt inaperçu. Comme à son habitude, Lucien Jean-Baptiste ne se contente pas de revenir qu’en tant que réalisateur, et n’hésite pas à se mettre en scène, ici avec Baptiste Lecaplain, pour une première collaboration à l’écran.

Synopsis : A sa sortie de prison, Dieumerci, 44 ans, décide de changer de vie et de suivre son rêve : devenir comédien. Pour y arriver, il s’inscrit à des cours de théâtre qu’il finance par des missions d’intérim. Mais il n’est pas au bout de ses peines. Son binôme Clément, 22 ans, lui est opposé en tout. Dieumerci va devoir composer avec ce petit « emmerdeur ». Il l’accueille dans sa vie précaire faite d’une modeste chambre d’hôtel et de chantiers. Au fil des galères et des répétitions, nos deux héros vont apprendre à se connaître et s’épauler pour tenter d’atteindre l’inaccessible étoile.

Derrière les barreaux, le théâtre

En étudiant les films de Lucien Jean-Baptiste, il est possible de découvrir les thèmes qui tiennent à cœur au réalisateur, notamment ceux de la famille, de l’antécédent familial, ainsi que celui des origines culturelles. Avec DieuMerci !, le réalisateur nous donne à voir un personnage que l’on découvre au cours du film, aimé de sa mère, et qui peine à se confier, à mettre des mots sur des sentiments qu’ils tentent de cacher. Ainsi, le réalisateur prend le temps de complexifier le passé de ses personnages, mais pas uniquement celui de Dieumerci, également celui de Clément.
Les interprétations sont tendres, la direction d’acteur est simple, et pourtant, elle pêche quelques fois. Firmine Richard est, comme à son habitude, touchante au possible. Se dégage de cette actrice une gentillesse absolue, qui ne peut que rappeler de bons moments de notre enfance. Vient ensuite Baptiste Lecaplain, que l’on aime par sa nonchalance et son jeu un tantinet naïf, comme on a pu le voir dans Libre et assoupi, mais cette sorte de « je m’en foutisme » a tendance à rebuter s’il est trop exagéré.

Ainsi, des scènes comme lorsqu’il recherche un endroit où dormir ne sont pas des plus crédibles, cause à une inquiétude qui ne semble pas le ronger. Enfin, le personnage campé par Lucien Jean-Baptiste est agréable, mais les situations dans lesquelles ils se trouvent hument beaucoup trop le pathos pour que l’on puisse se prendre de quelconque empathie pour lui. L’excédent de musique extra-diégetique rend pathétique des scènes qui se voudraient touchantes. Dommage car l’acteur a à son actif une palette d’émotions dans son jeu qui lui permettrait d’émouvoir le spectateur, si utilisée à bon escient. On regrettera donc une instabilité en terme de jeu tout au long du film. Toutefois, la présence de Michel Jonasz, vu pour la dernière fois au cinéma en 2014, en tant qu’avocat de Dieumerci est amusante, bien qu’assez superficielle.
Mais il ne faut pas se méprendre, prises comme un tout, les prestations sont tout à fait convaincantes et siéent au propos du film.

Le propos, et ses ficelles scénaristiques, sont, sans aucun doute, les grosses lacunes du film. Le scénario se conforme dans un déjà vu cinématographique décevant. Un homme sort de prison, souhaite devenir comédien, rencontre un jeune acteur qui devient son meilleur ami, réussit son audition, avec une mère aimante qui le soutient. Voici en quelques mots une heure et demie de film résumée, les quelques touches d’humour exceptées. Dommage. On s’attendait de la part de Lucien Jean-Baptiste un peu plus de folie dans son écriture. Tout se devine, rien ne surprend. Le devenir des personnages est tout tracé, et la monotonie déçoit.
Enfin, vient ce rappel que devenir comédien est le rêve de gosse de Dieumerci. Un rappel bien trop excessif, comme s’il fallait attirer l’attention et bien faire comprendre au spectateur qu’il est important de croire en ses rêves. Oui, croire en ses rêves de gamin est important, mais cela peut être fait de manière plus discrète.
Malheureusement, pour ne rien améliorer, certaines touches humoristiques tombent à plat. Certes, on esquissera un sourire à quelques moments, notamment face à la complicité mère/fils, ou lors de la séquence du chantier, mais ce n’est pas par l’humour que Lucien Jean-Baptiste réussira à convaincre.

Alors non, on ne s’ennuie pas devant Dieumerci !, mais on regrette le manque d’audace de la part des acteurs et du réalisateur. Ce nouveau long-métrage de Lucien Jean-Baptiste s’inscrit dans la continuité de ses précédentes œuvres : des comédies simples, très bon enfant, s’essayant à faire passer un bon moment au spectateur.

Dieumerci ! : Bande annonce

Fiche Technique : Dieumerci !

Réalisation : Lucien Jean-Baptiste
Scénario : Grégory Boutboul et Lucien Jean-Baptiste
Distribution : Lucien Jean-Baptiste, Baptiste Lecaplain, Olivier Sitruk, Delphine Théodore, Firmine Richard, Michel Jonasz, Jean-François Balmer, Édouard Montoute…
Décors : Pierre Pell
Photographie : Colin Wandersman
Montage : Sahra Mekki
Son : Benjamin Rosier
Musique : Fred Pallem
Production : Aïssa Djabri et Farid Lahouassa
Société de production : Vertigo Productions
Société de distribution : Wild Bunch Distribution
Genre : comédie
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 9 mars 2016

France – 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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