Diego Maradona d’Asif Kapadia : le destin brisé d’une légende

Après Jean-Christophe Rosé et Kusturica, c’est au tour d’Asif Kapadia de s’attaquer à la légende Diego Maradona. Portraitriste hors pair, le cinéaste britannique livre une plongée édifiante dans la vie d’un des joueurs les plus passionnants de l’histoire du football. Fascinant de bout en bout.

Explorer l’obscurité pour mieux en faire jaillir la lumière. C’est ce qui semble obnubiler Asif Kapadia. A l’instar de Ayrton Senna (Senna – 2010) ou d’Amy Winehouse (Amy – 2015), Diego Maradona constitue son troisième objet de fascination. Et une fois encore, le regard se pose sur une icône hors du commun.

Diego Maradona est connu de tous. Son talent comme ses frasques ont fait le tour du monde et traversé les âges. De la demi-finale contre l’Angleterre en 1986 et La mano de dios jusqu’à son addiction à la cocaïne, El pibe de oro n’aura eu de cesse de faire parler de lui. Entre adulation et controverses, raconter ce destin tourmenté avec un tel matériel cinématographique devient une évidence. Comme une trajectoire scorsesienne aussi fascinante que sa chevauchée démentielle lors de cette même Angleterre de 86. La vie de Maradona aurait pu être une fiction tant elle est intense, riche et folle.

Pour reconstituer ce morceau de vie, le cinéaste britannique s’est appuyé sur plus de 500 heures d’image inédites, issues des archives personnelles du joueur. Il n’en fallait pas moins pour livrer une recomposition minutieuse et passionnée, rythmée au son d’une musique électrisante et entraînante, dans laquelle il y insuffle une dimension romanesque incroyable.

Le film débute sur une fuite en avant. Une voiture qui file à toute allure vers le stade San Paolo. Il y a les années 80 et son folklore, la liesse populaire est palpable. Le documentaire part des années napolitaines du footballeur argentin pour introduire ce lien indéfectible avec la ville italienne, véritable second protagoniste. La maudite d’Italie, connue pour être la plus dangereuse d’Europe, qui s’est acheté le rêve Maradona, dès lors érigé en véritable dieu-vivant. Une filiation qui cristallise à elle seule la complexité du personnage : du sommet à la déchéance. Comme tout génie, il y a les parts d’ombres, les tentations du côté obscur. C’est en explorant ses conflits conjugaux, son addiction à la cocaïne et ses liens avec la Camorra, que réside toute l’émotion vive du film. Il replace l’humain et ses failles au cœur d’un mythe qui a fini par le dépasser.

Parce que Diego Maradona c’était tout ça : un petit génie des bidonvilles de Buenos Aires qui, à force de persévérance, atteindra les sommets du football mondial. La chute sera lente mais terrible. Le poids de la célébrité, les responsabilités, les mauvaises fréquentations. Un homme avec ses failles, c’est ce que le cinéma a de plus fascinant à nous offrir, et Asif Kapadia le fait avec brio.

Comme Amy, cette chair céleste est tombée sous une célébrité destructrice. C’est l’histoire de l’homme et du mythe. Et elle vaut tout l’or du monde. Immanquable.

Diego Maradona – Bande Annonce

DIEGO MARADONA – Fiche technique

Réalisation : Asif Kapadia
Scénario : Asif Kapadia
Composition : Antonio Pinto
Production : James Gay-Rees, Paul Martin
Monteur : Chris King
Distribution : Mars Films

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.