Jigsaw des frères Spierig, le renouveau réussi de la saga

Suite appelant à ressusciter l’une des sagas d’horreur les plus célèbres du cinéma, Jigsaw oscille entre le renouvellement et la continuité, dans un respect profond de ses origines. Le résultat est digne de la franchise, remettant celle-ci sur le devant de la scène horrifique avec une malice folle. Assistons-nous au retour du gore viscéral au cinéma ?

Synopsis : Alors que dix années se sont écoulées depuis la mort de John Kramer et la fin de l’affaire Jigsaw, la police découvre des morts suspectes, qui laissent penser que l’affaire Jigsaw n’est pas totalement terminée… John Kramer étant mort à la fin des événements de Saw III, Amanda Young également, et Mark Hoffman ayant mystérieusement disparu il y a dix ans après avoir assassiné Jill Tuck, qui peut bien se cacher derrière cette nouvelle série de meurtres ? Jigsaw est-il réellement mort ou a-t-il seulement disparu pour mieux renaître ?  

Initiée en 2004 par le prodige James Wan et son complice (et ami) Leigh Whannell, la franchise Saw, d’abord orientée thriller, lorgnant du côté de Seven ou Le Collectionneur, est l’une des plus célèbres sagas d’horreur du cinéma. Le réalisateur malaisien a réussi l’exploit de créer toute une mythologie, au travers d’un film fauché, budgété à tout juste 1,2 million de dollars, propulsant le serial killer Jigsaw, incarné à merveille par Tobin Bell, parmi les plus grandes figures du cinéma de genre. La franchise fleuve comptabilise quant à elle sept films en autant d’années d’existence. Entre hauts, bas, incohérences et twists jouissifs, la saga Saw s’est construit une réputation de films malins, extrêmement gores et vicieux, s’amusant à tourmenter son spectateur pour mieux le surprendre.

Si l’auteur de ces lignes admet être largement fan de cette saga, il promet tout de même de rester maître de ses mots après la vision de ce nouvel opus, arrivant sept ans après le prétendu « Chapitre final » que constituait le 7e film. Réalisé par les frères Spierig, auteurs des mésestimés Daybreakers ou encore Prédestination, Jigsaw se situe chronologiquement environ dix ans après Saw 3D. Alors que la police découvre des morts suspectes, dans la droite lignée du tueur au puzzle, un nouveau jeu plus machiavélique encore se tient au même moment. John Kramer serait-il de retour, dix ans après sa mort ? Ou est-ce que les révélations du dernier film en date sont à l’origine de cette nouvelle énigme ? C’est d’ailleurs empli de ces interrogations que le spectateur se lance dans le film, notamment après un décevant épisode final qui soulevait plus de questions qu’il n’en résolvait. Ainsi conscient de ses mécaniques éculées et qu’il ne pourra plus surprendre le spectateur sur sa structure, Jigsaw fait le choix d’une intrigue plus posée plutôt que de basculer vers le spectaculaire outrancier. Si la première partie se révèle classique et déjà-vue mais agréable, c’est surtout dans sa deuxième moitié que le film se trouve un sens, un intérêt et une fin maligne et jouissive.

Renouvellement créatif

Premier constat qui saute aux yeux, la direction artistique a été largement retravaillée. Les frères Spierig ont la bonne idée de poser la caméra, de faire des plans simples, travaillés et cohérents, largement plus agréables que les derniers épisodes de la franchise. Ici, le visuel est maîtrisé, les dix millions de dollars alloués au budget ont enfin l’air de servir à quelque chose. Même si les décors semblent peu ou pas originaux par rapport à d’autres productions du même acabit, les tournages en extérieur font formellement du bien à la franchise et permettent enfin de changer des anciens décors en studio. Le parti pris peut surprendre les fans de la première heure et leur demandera un effort d’appréhension, mais reste un pas en avant évident dans l’aspect créatif de ce huitième épisode.  Car malgré sa catégorisation officielle en tant que suite, Jigsaw est, à l’instar d’un Jurassic World, un reboot fantôme, allant vers de nouvelles directions artistiques tout en poursuivant scénaristiquement la trame de la saga. En cela, les frères Spierig font office de repère pour ce renouvellement complet.

Leur mécanique est huilée, leur image est très (voire trop) propre avec une photographie léchée et racée, s’éloignant quasi méthodiquement de l’ambiance craspec (comprenez dégueulasse) installée par le reste de la saga. Plus grand-chose à voir visuellement avec le film originel de James Wan, tant l’angoisse semble ici évoluer vers quelque chose de plus « fun », toutes proportions gardées, voire quelque chose de grinçant. Jigsaw paraît de surcroît plus attrayant car plus agréable à regarder mais n’en reste pas moins dérangeant dans sa proposition, notamment grâce au score de Charlie Clouser. Ne reprenant que son célèbre thème, le compositeur nous livre une bande originale oppressante, plus atmosphérique et perturbante, tout en étant moins « gratuite » que celle des derniers films de la saga. Toutefois, le spectateur le plus sadique appréciera la multitude de plans gores très graphiques, justifiant largement l’interdiction aux moins de 16 ans du long-métrage.

Du neuf avec du vieux

Si tout semble réuni pour faire de Jigsaw la digne suite que les aficionados du genre attendaient tous, le long-métrage souffre tout de même des nombreux défauts qui parsemaient l’ensemble de la saga. Même si le script joue habilement avec nos nerfs, jusqu’à un twist final absolument jouissif, les trop grandes invraisemblances empêchent parfois le film de s’apprécier à sa juste valeur. Plus le scénario morcelé avance, plus le puzzle semble manquer de pièces pour expliquer la totalité des enjeux développés. Ce qui amène de facto à des incohérences parfois exorbitantes mais également à une superficialité dans l’écriture des personnages, ne permettant jamais de s’attacher à eux. Car si les acteurs se montrent plutôt investis dans leurs rôles (Laura Vandervoort, Paul Braunstein et Tobin Bell en tête), leurs personnages ne sont clairement pas aussi marquants que les Mark Hoffman, Peter Strahm ou Amanda Young que l’on a connus auparavant.

Ce qui pénalise le plus Jigsaw finalement, c’est moins sa capacité à reprendre un filon usé jusqu’à la moelle que de construire une intrigue simple, cohérente et aux personnages reconnaissables. En choisissant le pur spectacle, Pete Goldfinger et Josh Stolberg, scénaristes bien connus du cinéma d’horreur américain (Piranha 3D, Sorority Row) impressionnent autant qu’ils déçoivent, dans leur capacité à relancer l’intérêt pour une saga mal appréciée des spectateurs. Au final, les fanatiques de la saga seront ravis de revoir leur péché mignon relancé avec la plus grande minutie, encore faudrait-il arriver à intéresser le public au sens large du terme, afin d’ancrer définitivement Saw dans l’ère moderne du cinéma de genre. Un long-métrage efficace, jouissif et parfois grinçant dans son traitement, mais qui n’arrivera sûrement pas à convaincre les révoltés de ce genre de spectacle. Si les spectateurs plutôt bon public y trouveront largement leur compte, beaucoup arriveront à la conclusion qu’une relance n’était pas nécessaire, au point de ne pas différencier cette suite des précédentes. Au final, Jigsaw a au moins l’intérêt de relancer un horreur gore et viscéral, bien loin des gentilles productions BlumHouse, s’évertuant à être de plus en plus aseptisées.

Séquelle aussi admirable que différente par rapport aux précédents épisodes, Jigsaw ravira les fans de cinéma d’horreur et de la célèbre franchise horrifique qui a marqué les années 2000. Les frères Spierig emballent avec soin un des meilleurs épisodes qui renouvelle et poursuit, non sans peine, la mythologie initiée par James Wan il y a plus de 10 ans. Malgré tout, il reste dédié aux adorateurs de cette saga culte et n’arrivera sans doute pas à convaincre les réfractaires à ce type de productions. Aimer ou détester, à vous de choisir !

Jigsaw : bande annonce

Jigsaw – Fiche technique

Réalisateurs : Michael et Peter Spierig
Scénario : Josh Stolberg et Pete Goldfinger
Casting : Tobin Bell, Matt Pasmore, Laura Vandervoort, Hannah Anderson, Callum Keith Rennie, Clé Bennett
Photographie : Ben Nott
Montage : Kévin Greutert
Producteurs : Mark Burg et Oren Koules
Maisons de production : Serendipity Productions et Twisted Pictures
Distribution (France) : Lions Gate Films et Eagle Films
Durée : 92 min
Genre : Horreur, splatter movie, thriller, torture porn
Date de sortie : 1 novembre 2017

États-Unis – 2017

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Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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