Colette, une femme puissante trop longtemps dans l’ombre

Retraçant la vie de l’une des plus célèbres femmes de lettres, Colette raconte l’émancipation d’une femme et d’une artiste. Pour son premier film, Wash Westmoreland a encore bien des choses à apprendre, notamment sur le rythme très inégal de son récit.

Après la reconstruction du Paris du siècle dernier dans L’Empereur de Paris, Wash Westmoreland propose une nouvelle version de la ville lumière, tout aussi réussie. Concernant les thèmes dont le film traite, deux écoles s’opposent. Au vu des défauts de rythme, on peut facilement mettre ceux-ci sur le dos de la sous exploitation des sujets secondaires que soulèvent le film et la vie de cette femme. Pourtant, il est agréable de voir que la place de la femme à cette époque, la transidentité ne sont pas les sujets principaux comme cela se voit beaucoup dans le cinéma actuel mais au contraire, en parsemant des touches légères à ce propos, le réalisateur réussit à être plus efficace. Grâce à des dialogues, des regards, ou des scènes entières consacrées à cela, les messages sont puissants bien qu’éphémères. Le film retombe très vite dans ses travers et sa lenteur. Les dialogues frappants par moments ne suffisent malheureusement pas à dynamiser et relever l’ensemble trop inégal.

Comme ce fut souvent le cas au cinéma et même ailleurs, les relations dans la création artistique fascinent. Que ce soit à travers des biopics, des films historiques ou même à coups de documentaire retraçant la vie d’un artiste, à l’image de Rodin et Claudel par exemple, cet échange entre deux êtres est souvent une valeur sûre pour intéresser un public, déjà sensibilisé au processus de création. Ici, la relation entre deux artistes s’efface au profit de celle d’une écrivain et d’un commercial profiteur et escroc misogyne, son mari. Joué par Dominique West, ce personnage est l’un des plus complexes à saisir dans son ambivalence permanente. D’un côté frappé par l’amour qu’il porte à sa femme, de l’autre écœuré par ses actes irrespectueux et souvent incohérents, le public ne sait pas quoi faire de ses ressentis envers lui. La scène qui mettra tout le monde d’accord est celle de la réussite de la première représentation de Claudine au théâtre où Willy se met à danser sur la table en chantant. Visuellement, musicalement et joyeusement réalisée, elle fait apparaître un Dominic West éclatant de joie qui contamine tout le monde autour de lui, même si son personnage peut être détestable.

Là où Stéphanie di Giusto niait la bisexualité de Loïe Fuller dans La Danseuse, Wash Westmoreland ne reproduit pas cette erreur ici et garde une certaine vérité pour montrer justement toute la liberté gagnée par Colette, au fil du film. D’une femme qui écrit dans l’ombre de son mari et sous le nom de ce dernier, à celle qui choisit librement d’aimer une autre femme et de publier en son nom, Colette est le symbole d’une époque, où les femmes ont acquis le droit de porter de simples pantalons. Elle est le genre de figure que l’on devrait enseigner en cours d’Histoire pour apprendre autre chose que celle écrite par les hommes. Dommage qu’elle soit ici interprétée par une Keira Knightley aussi peu convaincante, bien loin de son rôle dans Orgueil et Préjugés en 2005.

Colette : Bande Annonce

Colette : Fiche Technique

Réalisation : Wash Westmoreland
Scénario: Richard Glatzer, Wash Westmoreland, Rebecca Lenkiewicz
Interprétation ou doublage : Keira Knightley, Dominique West, Eleanor Tomlinson
Société de production: Bold Films, Killer Films, Number 9 films Ltd, Stillking Films
Distributeur (France) : Mars Films
Durée : 1h52
Genre : drame, biopic
Date de sortie : 16 janvier 2019
États-Unis / Royaume-Uni

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2.5

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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