Blanche comme neige : Lou de Laâge en oie pas si blanche

Anne Fontaine est une cinéaste prolifique à l’œuvre protéiforme qui met en scène de beaux portraits de femmes, souvent très réussis. Pour Blanche comme neige, une adaptation du conte des frères Grimm, et malgré une orchestration impeccable, elle souffre d’un scénario un peu trop léger qui aboutit sur un film pas suffisamment solide où les exploits érotiques de sa protagoniste tiennent lieu de point d’orgue.

Synopsis : Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants… Un, deux, et bientôt sept hommes vont tomber sous son charme ! Pour elle, c’est le début d’une émancipation radicale, à la fois charnelle et sentimentale.

Sexe Intentions

Les films d’Anne Fontaine se suivent et ne se ressemblent pas. Rien que pour cela, la cinéaste mérite toute notre attention. Son dernier film, Blanche comme neige, fait partie d’une œuvre protéiforme allant de la Fille de Monaco (un Fabrice Lucchini en verve face à une sculpturale Louise Bourgoin), aux Innocentes (magnifique récit relatif au viol de sœurs polonaises par des nazis), en passant par une très dispensable adaptation d’En finir avec Eddy Bellegueule, le très beau livre d’Edouard Louis. Des thématiques très disparates, mais toujours la même envie de surprendre, ou peut-être de se surprendre et de s’amuser. Ça passe ou ça casse, c’est selon, et on ne peut pas toujours expliquer pourquoi.

Ici, c’est le conte des frères Grimm, Blanche Neige, qui est le matériau leur ayant servi de point de départ, à elle-même et à son coscénariste de luxe, Pascal Bonitzer. Ce conte est sujet à de multiples interprétations, avec la présence de ces sept nains vaguement esclavagistes, de cette marâtre et des sévices qui lui sont attribués, de ce long sommeil à la Belle au bois dormant d’une femme que seul le baiser d’un homme, un vrai, pourra interrompre, ou encore de ce passage initiatique de la petite orpheline à la jeune fille en fleurs. Tout était donc possible, l’angle du féminisme, de l’éveil du désir, et tutti quanti. Anne Fontaine choisit la thématique du désir avec sa Blanche Neige, Claire dans sa vraie vie, interprétée par une Lou de Laâge que l’on a également vue dans Les Innocentes. Une Blanche Neige plus proche de la création de Disney, car les sept nains sont caractérisés, avec un grincheux Damien Bonnard (également un simplet au travers de son jumeau) ou un Vincent Macaigne en violoncelliste introverti, ainsi que d’autres « nains » aussi bankable que Benoît Poelvoorde et Jonathan Cohen.

Blanche comme neige tire vers la comédie, pas forcément le point fort d’Anne Fontaine qui n’a jamais été aussi excellente que dans le très sombre Nettoyage à sec ou -encore et toujours- dans les sublimes Innocentes. La cinéaste débute son film très peu de temps avant que Claire, poursuivie par un assassin à la solde de sa belle-mère Maud (Isabelle Huppert, une fidèle d’Anne  Fontaine) ne se perde dans la forêt, comme dans le conte. En effet, Maud craint que son amant (Charles Berling) ne lui file entre les mains, au profit de Claire. De ce fait, le côté passage et initiation est un peu flou pour ne pas dire raté. Car Claire apparaît trop soudainement et de manière erratique en proie à du désir sexuel (que la jeune actrice figure d’ailleurs plutôt bien à l’écran). On ne sait pratiquement rien de sa vie d’avant, et rien ne justifie son revirement. En réalité, le point d’orgue du film semble être là, dans cet éveil au sens qui ne connaît aucune limite, sans trouver beaucoup d’écho dans le reste du métrage qui ne s’attache qu’à tenir la promesse de la fidélité au conte, sans apporter beaucoup plus de contenu au film.

Pour qui a apprécié le splendide Blancanieves de l’Espagnol Pablo Berger, tout en symboliques structurantes en plus d’une beauté formelle inoubliable, le film d’Anne Fontaine peut paraître décevant. Bien que la veine comique choisie par la cinéaste justifie d’une direction toute différente de celle de Berger, un pari d’ailleurs assez réussi puisqu’on rigole plus d’une fois à la projection de Blanche comme neige,  on ne peut s’empêcher de comparer la profondeur et la richesse du film de Pablo Berger à la légèreté de celui de la Française. On s’amusera tout de même dans ce dernier film à identifier les stéréotypes du conte, et on aimera la  fluidité d’un film presque exclusivement constitué d’un casting all star hyper-performant. On se laissera séduire par les magnifiques plans de montagne d’Yves Angelo, et bercer par la musique vaguement inquiétante de Bruno Coulais. On finira malgré tout par admirer en Anne Fontaine une formidable cheffe d’orchestre, ce qui lui a après tout permis depuis ces vingt et quelques années d’embrasser tant de films si différents.

Blanche comme neige – Bande annonce  

Blanche comme neige – Fiche technique

Réalisateur : Anne Fontaine
Scénario : Anne Fontaine & Pascal Bonitzer
Interprétation : Lou de Laâge (Claire), Isabelle Huppert (Maud), Charles Berling (Bernard), Damien Bonnard (Pierre / François), Jonathan Cohen (Sam), Richard Fréchette (Père Guilbaud), Vincent Macaigne (Vincent), Pablo Pauly (Clément), Benoît Poelvoorde (Charles), Aurore Broutin (Muriel), Laurent Korcia (Le violoniste), Agata Buzek (La femme slave)
Photographie : Yves Angelo
Montage : Annette Dutertre
Musique : Bruno Coulais
Producteurs : Eric Altmayer, Nicolas Altmayer, Philippe Carcassonne
Maisons de production : Ciné-@, Mandarin Cinéma
Coproduction : Gaumont,France 3 Cinéma, Scope Pictures, Cinéfrance, Les Films du Camelia
Distribution (France) : Gaumont Distribution
Durée : 112 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 10 Avril 2019
France, Belgique – 2019

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Festival

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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