Adolescentes de Sébastien Lifshitz : Et si l’adolescence m’était joliment contée

Adolescentes est un documentaire lumineux sur le voyage vers l’âge adulte de deux jeunes corréziennes bien ancrées dans la société. Un voyage qui nous embarque avec beaucoup de bonheur dans une aventure tissée d’une amitié, mais aussi d’ histoires familiales touchantes.

Synopsis :  Emma et Anaïs sont inséparables et pourtant, tout les oppose. Adolescentes suit leur parcours depuis leur 13 ans jusqu’à leur majorité, cinq ans de vie où se bousculent les transformations et les premières fois. A leur 18 ans, on se demande alors quelles femmes sont-elles devenues et où en est leur amitié. A travers cette chronique de la jeunesse, le film dresse aussi le portrait de la France de ces cinq dernières années.

 The Edge of 18

Le cinéma documentaire de Sébastien Lifshitz, réalisateur d’Adolescentes n’est pas à proprement parler militant. Ainsi, il n’ a aucune comparaison avec celui de Frederick Wiseman qui met, sans jamais se départir de son objectivité, de la Res Politica dans toute sa monumentale œuvre, où un film comme Monrovia, Indiana va justement montrer à quel point les américains dans les zones rurales vivent loin des pouvoirs politiques centraux et restent centrés sur leur petite bourgade , ou encore Ex Libris, où la Bibliothèque de New-York sera autant le lieu de refuge pour les SDF transis de froid, qu’un précieux moyen d’édification quant au problème de discrimination raciale, envers les noirs notamment.

Rien de tel chez Lifshitz. Ce qui lui importe le plus, ce sont les personnes, ici deux adolescentes, Anaïs et Emma, judicieusement choisies, non pas parce qu’elles sont à deux bouts opposés du spectre social, mais parce qu’elles sont de meilleures amies. Anaïs vit dans un milieu (très) défavorisé, où le manque d’argent, la maladie, et autres misères forgent le quotidien, mais où l’amour qui circule ne se questionne pas. Dans un coming of age plutôt difficile, le cinéaste montre bien à quel point cet amour est l’étai qui permet à la jeune fille de garder un esprit positif et volontaire pour aller de l’avant.

D’un autre côté, et sans qu’à aucun moment, on a l’impression qu’elle est l’opposée de son amie, Emma ne connaît aucun de mois difficile, subit une pression des plus lourdes de la part de ses parents, de sa mère en particulier, pour atteindre leur vision de la réussite au travers d’études prestigieuses qui ne correspondent pas forcément aux envies de xx. La mère, ultra-invasive, pourrait être terrifiante voire antipathique, mais là encore, la caméra qui sait se faire oublier montre que la seule motivation de cette femme, c’est aussi l’amour de sa fille, l’idée que le bonheur de sa fille doit passer essentiellement par la réussite matérielle.

Adolescentes est une vraie réussite documentaire dans ce qu’elle réussit à capter des moments vrais, terriblement humains, mettant totalement à nu non seulement les deux jeunes filles, mais également leurs familles et amis. Ceci, sans voyeurisme ni sensationnalisme, alors que parfois, les situations elles même dépassent la fiction. Le film l’est un peu moins, une réussite, dans la gestion du passage du temps, elliptique et ne permettant pas de digérer à leur juste valeur les évènements qui touchent les personnes et la société. Par rapport au Boyhood de Richard Linklater, à qui on compare souvent et à juste titre le métrage, Adolescentes est plus ramassé d’une demi-heure , mais surtout, le parti pris de l’adolescence fait que l’évolution physique des deux  jeunes filles n’est pas spectaculaire entre 13 et 18 ans, pas autant que pour le garçon de Boyhood qui évolue de 6 à 18 ans, et n’aide pas à suivre correctement leur progression.

L’impact du déterminisme social est en revanche parfaitement retranscrit. L’amitié entre Anaïs et Emma est chahutée par les chemins de vie assez divergents qui commencent à se tracer. La fréquentation de  lycées différents, et de camarades différentes, pour chacune proches de son milieu social se fait presque subrepticement sous l’œil de la caméra. Que les filles puissent se retrouver ou pas plus tard n’est pas un souci. Comme on dit paresseusement faute d’une meilleure formule, L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage. Et le voyage d’Anaïs et d’Emma vers l’âge adulte nous touche plus qu’on ne le pense. Que l’on soit un parent, adolescent, un « simple » cinéphile, gâté une fois de plus par un bon cinéaste…

Adolescentes – Bande annonce 

Adolescentes – Fiche technique

Réalisateur : Sébastien Lifshitz
Photographie : Antoine Parouty, Paul Guilhaume
Montage : Tina Baz
Musique : Tindersticks
Productrice : Muriel Meynard
Maisons de production : Agat Films & Cie, Coproduction : Arte France Cinéma, Chaocorp
Distribution (France) : ad Vitam
Durée : 135 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie :  09 Septembre2020
France – 2019

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Festival

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Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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