Son of a Bitch, un court-métrage de Rémi Clobert : critique

Son of a Bitch n’est pas ce qu’il paraît être au premier abord. Ce moyen-métrage belge de Rémi Clobert est une réelle surprise de 28 minutes, un drame onirique réalisé début 2015 et projeté pour la première fois lors de la 8ème édition de « Namur fait son Cinéma ». Un final déconcertant et sarcastique et une structure narrative trompeuse qui perturbe le spectateur pour lui faire perdre pied à l’image de son personnage, Franck.

Synopsis : Dans un local insalubre, Franck (Rémi Clobert), un bureaucrate d’une trentaine d’années, est aspergé par un seau d’eau qui le réveille à moitié-nu et attaché. Face au mutisme de son bourreau (le catcheur, Monfils Von Creed alias le bourreau Von Creed), il s’interroge sur les causes de son enlèvement, avec pour seule compagnie ses souvenirs avec Isabelle (Taïa Jomaux) et ses secrets intimes qui sont peut-être la clef du mystère.

Un drame onirique :

Après une entrée en matière très abrupte de Son of a Bitch où l’on découvre un homme dénudé, attaché et tabassé dans un local crasseux, le décor se transforme presque aussitôt en un lieu en totale opposition : un bureau propre, calme et strict. On suit alors Franck, ce jeune homme en costume-cravate – qu’on devine être le prisonnier – jusqu’à son domicile, jusque dans sa vie intime, dans son lit avec Isabelle. Puis, le lieu d’amour se meut à nouveau en terrain de torture au travers d’un raccord-image original : une caresse piquante…

Les scènes de tortures et de passion sont ainsi alternées de raccord en raccord, de yaourt périmé en jeu érotique. Ces va-et-vient entre les scènes de violence et de tendresse, entre réel et irréel, suggèrent des tentatives d’évasion par la pensée du personnage. Une échappatoire onirique qui devient peu à peu enivrante, déroutante et parsemée de visions étranges d’une « autre femme » (Caterina Lesti, Mon Cousin Jacques de Xavier Diskeuve). Les personnages féminins sont d’ailleurs omniprésents, quasi-ensorcelants et contribuent à donner un aspect fantasmatique au film. Elles sont sensuelles, voraces, puissantes, dominantes.

Entre conscience et déraison :

Au fil des flashbacks désordonnés et de ces visions féminines et inquiétantes, le rythme entêtant de Son of a Bitch entraîne le spectateur dans l’aliénation latente du personnage de Franck qui perd doucement ses repères, dérive et s’enfonce dans l’obscurité, l’amertume et l’angoisse.
La montée en tension reste malgré tout soutenue et rien n’est révélé sur les raisons ou l’identité du bourreau avant les sept dernières minutes du film. Les visions s’expliquent alors et des retours en arrière déterminants interviennent pour resituer l’histoire dans le temps et conférer au récit toute sa logique.
Pourtant, le scénario n’est pas à court de surprises et le rythme s’accélère dans une multitude d’images en flashback avant d’être interrompu par une confrontation inédite entre Franck et sa réalité. Un retournement de situation ultime qui relance le jeu entre réel et irréel et vient à nouveau nous détromper. La prise de conscience du personnage déstabilise encore davantage le spectateur pour son plus grand plaisir !
Car Son of a Bitch est une incursion dans la pensée de Franck, à travers les souvenirs, les sauts dans le temps et les retours en arrière et nous prenons un malin plaisir à savourer ces délires hallucinatoires ainsi que notre posture de voyeur. On pénètre dans sa tête, dans son passé, ses secrets, et dans ce double-jeu qui rendent ce film si particulier.

Finalement, Son of a Bitch est une œuvre qui répond aux espoirs de l’auteur :

« J’avais depuis longtemps envie de travailler la structure en flashbacks avec une pointe de faux semblants. Ce qui me plaît surtout, c’est travailler l’humain et de dépeindre la réalité avec une pointe d’étrangeté. »

Fiche Technique :

Titre original : Son of a Bitch
Année : 2015
Réalisateur : Rémi Clobert
Scénario : Rémi Clobert
Casting : Rémi Clobert, Caterina Lesti,Taïa Jomaux, Monfils Von Creed

La vidéo de Son of a Bitch :

https://www.youtube.com/watch?v=ByedObLbWcE

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.