Cannes 2016 : Elle, de Paul Verhoeven (Compétition Officielle)

Notre Review cannoise d’Elle :

Le nouveau film de « l’hollandais violent » Paul Verhoeven, Elle, vient avec le Client terminer la programmation du festival. Au programme : des français, de la violence, de la perversité, de la manipulation, et beaucoup d’humour.

Synopsis : Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

            On aurait pu craindre ce nouveau film de Verhoeven, notamment parce qu’il a été réalisé et produit en France avec des acteurs français (belge concernant Virginie Efira). On pouvait avoir peur d’un manque de talent et d’argent, de moyens qui ne soit pas à la hauteur d’un tel réalisateur. Mais bien au contraire, Verhoeven signe l’un de ses meilleurs films.

            Le cinéaste n’a pas perdu de son humour. Si le long métrage est l’adaptation d’un roman  de Philippe Djian, et si le scénario est signé par David Birke, Verhoeven, comme à son habitude, est bien l’auteur du film. On retrouve ici son humour grinçant, ironique et parfois absurde qu’on pouvait trouver par exemple dans Starship Troopers (1997). On retrouve notamment la présence de figures archétypales et toutes extrêmes dans leur caractérisation plus que de personnages psychologiquement subtils et complexes. L’un ne cesse d’être jaloux et de vouloir coucher avec le personnage d’Isabelle Huppert, Michèle ; une autre, Josie (interprétée par Alice Isaaz) est hystérique et rarement calme avec le fils de Michèle, Vincent (joué par Jonas Bloquet), qui ne cesse de se mentir à lui-même et d’être enfermé dans ses fantasmes. Par exemple, il ne cessera de dire que le fils accouché par Josie est le sien, alors que l’enfant n’a clairement pas la même couleur de peau, de cheveux, ni aucun traits. Les médias, comme dans le film de science-fiction cité plus haut, ou encore dans RoboCop (1987) et Total Recall (1990), en prennent toujours autant pour leur grade, de manière tantôt sérieuse tantôt amusante et grinçante.

            Cette réalité assez absurde pourrait probablement en surprendre plus d’un, mais est un régal pour les fans de Verhoeven. En effet, ce traitement à coup d’humour et de violence, voire des deux en même temps, peut choquer, notamment lors des scènes de viol. Si la toute première scène est évidemment tragique, les flashbacks seront teintés d’un humour noir et viscéral, de même pour d’autres scènes sexuelles et violentes. Cet équilibre dangereux est ce qui fait le charme du film, aussi il n’est pas gratuit. C’est le personnage d’Huppert, antipathique, brutal, drôle et manipulateur, qui participe à faire de ces scènes un jeu. Car il s’agit bien de jeu dans ce film, et même d’un double jeu : celui de Michèle avec les hommes et même les femmes pour arriver à ses fins, et le jeu des regards qui réfléchit notamment la place du spectateur.

           La première scène de viol, entendue en off pendant un long plan noir, puis surveillée par un chat très calme, dérange. Ce plan sur le chat (présent sur le photogramme ci à droite), première image du film, situe déjà la place du spectateur Verhoeven-ien, plus voyeur que témoin. Une autre scène poursuit cette réflexion : Michèle se masturbe en surveillant depuis derrière la fenêtre de sa chambre, avec des jumelles, son voisin, Patrick, en train de porter des statues. Ces deux scènes, entre bien d’autres, tendent à réfléchir l’ambiguïté de notre position, voyeur sexualisé et/ou excité plus que témoin. À noter que les flashbacks réinventés par Michèle, qui mêle à cet événement de l’humour même dans l’acte d’exploser un crâne, explicitent bien la position ambiguë du spectateur, pervers et complice et non simple observateur.

          On a pu lire que Elle dérange, mais là est justement le plaisir, dans ce travail de Verhoeven si particulier, ambigu, violent, drôle et tragique. Et pour ceux qui ne cherchent pas à penser le cinéma, les regards, le spectateur, ou les sujets et thèmes très forts mis en scène dans le film et donc réfléchis par celui-ci (tels quel le viol, la maternité, la sexualité déviante, la foi, le sexe, l’amour, et cetera), ou encore qui ne cherchent pas à voir un film du grand Paul Verhoeven, car ils ne se seraient pas cinéphiles ou n’en tiendraient pas compte, ils trouveront un thriller efficace, surprenant, et parfaitement maîtrisé. 

Elle

Un film de Paul Verhoeven
Avec  Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Anne Consigny…
Distribution : SBS
Durée : 130 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 25 juin 2016

France – 2016

Elle : Bande-annonce

Festival

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