Dernier jour à Gérardmer. A l’aube, la montagne est presque rose. Le soleil persiste. Nous plions bagages. Juste le temps de voir encore quelques films, et nous voilà repartis. Voici donc le dernier article, avant un autre qui paraîtra dans quelques temps et qui, après décantation, reviendra sur le festival dans son ensemble. Au programme de ce jour : Sleep, La Damnée, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, It's a Wonderful Knife et les courts-métrages en sélection. A quoi nous ajoutons, pour le plaisir, un petit article sur deux grands films en rétrospective : Dracula de Coppola, et Nosferatu de Murnau.
Troisième jour à Gérardmer. La brume a laissé place à un soleil éclatant. Les salles obscures sont
pourtant pleines et la foule semble ravie. Et pour cause : de belles découvertes aujourd’hui, avec Resvrgis , un film de loup-garou italien, Roqya, une histoire de chasse sorcière dans une banlieue française, et The Seeding, un conte diabolique sur la paternité, entre le redneck et le folk-horror.
Premier jour à Gérardmer. Brumes et pluies. L’accueil des Gérômois est chaleureux, comme toujours. Au programme : deux films en compétition qui s’annonçaient prometteurs : Perpétrator, de Jennifer Reeder, et The Funéral, d’Orçun Behram. Un film américain sur le vampirisme 2.0 et un film turque qui explore de manière original le thème du zombie. Une déception et une belle surprise.
Il est des films qui ne savent pas ce qu’ils racontent. Il en est d’autres qui ne racontent pas ce qu’ils prétendent raconter. Making of est de ceux-là.
La Chimère, d’Alice Rohrwacher, avec Josh O’Connor (le jeune prince Charles de la série The Crown), nous propose une variation sur le mythe d’Orphée qui, étonnamment et joyeusement, ne cesse de délaisser le dispositif symbolique mis en place par le scénario pour s’attarder sur les hommes, sur leurs corps et leurs émotions, comme pour, semble-t-il, débusquer, dans la chair du monde, les esprits qui s’y dissimulent.
Le dernier Ken Loach n’est certainement pas son meilleur. Mais c’est un film tendre, qui vient sertir un tableau réaliste et rare de la classe prolétarienne actuelle d’une délicate utopie qui brille autant de sa naïveté que de son évidence. L’agacement que l’on pourrait éprouver devant une certaine simplification, voire lissage, des choses est vite emporté par cette compassion profonde, pleine de respect, pour les déshérités, même les moins sympathiques, que sait toujours susciter en nous le cinéaste anglais.
Caméra d’or au dernier Festival de Cannes. Récit sensible et méditatif d'un homme en quête de foi dans le Vietnam contemporain. L'Arbre aux papillons d'or, un film étonnant de maîtrise et de profondeur, qui vous plonge dans la vie nue comme dans une eau purificatrice.
Après Borgman, son avant-dernier film sélectionné à Cannes, Alex Van Warmerman revient avec N°10. La recette est la même, mais le plat, cette fois-ci, est franchement fade.
Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.
Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ?
Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.
Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.
Comment Robbie McGarvey a peint Die My Love avec de l’Ektachrome, des Petzval et un ratio 4:3. Filtres enfumés à la main, alla prima sur pellicule et trace visible du geste.
Entre 1908 et 2020, Silent Friend explore l'évolution de la perception humaine autour d'un ginkgo biloba. Un voyage sensoriel où la peinture devient le milieu du cinéma et le temps une matière organique.