Jérémy Chommanivong

Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Deauville 2024 : The Knife, à double tranchant

Examen de conscience sur la réalité des choix que l'on fait par erreur, par amour et par peur, "The Knife" nous immerge dans une prise d'otage psychologique où une famille afro-américaine tente de faire entendre leur droit de légitime défense. Ce huis clos ne satisfait malheureusement pas le divertissement en tension que le réalisateur Nnamdi Asomugha souhaite générer, faute à un scénario bancal, malgré d'honnêtes performances chez les comédiens qui défilent un à un devant la caméra.

Deauville 2024 : The School Duel, longue vie au roi

Todd Wiseman Jr. nous a fait l'honneur de présenter son premier long-métrage à Deauville en première mondiale. Entre "Battle Royale", "Hunger Games" et "Américain Nightmare", "The School Duel" décolore les valeurs d'une Amérique soucieuse de son contrôle et de sa sécurité. Un plongeon dans un monde post-apocalyptique et familier, où l'instrumentalisation de la violence va de pair avec une religion qui honore ses rois et pleure ses martyrs.

Deauville 2024 : We Grown Now, étape transitoire

La seconde journée de compétition a vu passer des relations conflictuelles au cœur de familles et de communautés qui prêchent le pardon. Le film de Minhal Baig magnifie cette notion dans un portrait sur l'enfance et l’amitié. "We Grown Now" raconte donc avec nostalgie la captivité de locataires de logements sociaux, en quête de rebond et de renaissance.

Kill : la haine et la bête

Depuis sa présentation au festival international du film de Toronto en 2023 et jusqu’à la confirmation de son succès au box-office domestique, "Kill" reste sur les bons rails du divertissement furieux qu'il revendique. Tourné en hindi, ce huis clos dans un train de nuit constitue une belle vitrine sur le cinéma populaire indien et ses codes, qui se veulent interactifs avec le public. De l’hémoglobine à gogo, des monstres malgré eux et une tragédie humaine sont au programme de ce voyage survolté et sans retour.

Deauville 2024 : Speak No Evil, des psychologues et des psychopathes

Rares sont ces œuvres psychologiques, ascendantes horrifiques, qui infiltrent les festivals auxquels le genre n'est pas dédié. "Speak No Evil" est de ceux-là, même s'il semble plus à l'aise en explorant sa dimension sociale. C'est notamment le point fort du film qui, malgré sa longue exposition, se lâche davantage dans un final qui revisite le home invasion.

Deauville 2024 : Le Passage, la chaîne de l’horreur

Pour son premier long-métrage, Brandt Andersen sacrifie le fond de son sujet éminemment tragique contre une immersion totale dans une course effrénée de réfugiés politiques en lutte pour la survie. Emballé dans un film choral qui ne manque pas d’audace, car assez bien exécuté lorsqu'il ambitionne de nous partager la frayeur des personnages de "Le Passage". Le film perd cependant en tension à force de multiplier des filons narratifs qui auraient mérité plus d’attention.

Alienoid : l’affrontement – turbulences vers le futur

Injustement boudé par une sortie en salle, "Alienoid : Les protecteurs du futur" a essentiellement trouvé son public sur le marché de la vidéo physique et à la demande. L’audacieux voyage dans le temps qui navigue entre le film d’époque, stylisé wu xia pian, et un futur envahi par des aliens de type body snatchers a cependant suscité de l’intérêt pour les nombreux spectateurs qui l’ont découvert pendant une diffusion limitée par la suite, le temps d’un week-end. Conçu comme un diptyque, les bonnes ondes qui se sont dégagées du premier volet ont propulsé sa conclusion sur grand écran, ce qui n’est pas pour notre déplaisir. Il manque toutefois à cet "Alienoid : l’affrontement" toute la fraîcheur et l’aura épique du premier chapitre, tout aussi inégal et maladroit dans sa narration, dont la générosité n’était pas à remettre en question.

Tatami : table ronde avec Zar Amir Ebrahimi

C’est au cœur d’une terrasse cosy, dans les enceintes de Metropolitan Films, que Zar Amir Ebrahimi (vue et célébrée dans l’asphyxiant "Les Nuits de Mashhad") nous a confié avec passion et générosité son expérience hors du commun sur "Tatami", qu’elle a co-réalisé avec Guy Nattiv. Fruit d’une collaboration historique entre deux cinéastes, l’un israélien, l’une l’iranienne, ce film convoque à la fois la rage de vaincre et de vivre de Leila, une judokate qui peut espérer décrocher la médaille d’or. Mais au cours de la compétition, elle et son coach Maryam reçoivent un ultimatum de la République islamique ordonnant à Leila de simuler une blessure et d’abandonner pour éviter une possible confrontation avec l’athlète israélienne. Un fait stupéfiant et toujours d’actualité chez de nombreux athlètes, enchaînés au doute et mutilés par leur désir de liberté.

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