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Sarah Anthony © Textes et illustrations tous droits réservés.

Upcycling transalpin, impression artistique, architecture ensoleillée, forme poétique complexe et cinquième saveur – L’abécédaire artistique n°6

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ABC… ART

L’Abécédaire Artistique

Cet abécédaire vous parlera de :

Art en général, peinture, arts graphiques, sculpture, gravure, littérature, poésie, musique, cinéma, Histoire, gastronomie, traditions, arts vivants, théâtre, opéra, philosophie, etc.

Rendez-vous chaque jeudi pour une chronique d’art illustrée où vous découvrirez 5 définitions artistiques issues de lettres de l’alphabet choisies aléatoirement.

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  • Arte Povera

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catégorie : arts plastiques, nom propre, de l’italien (art pauvre).

Avez-vous entendu parler de l’Arte Povera ? Ce courant artistique est né en Italie dans les années 60, en particulier à Turin. Le manifeste du mouvement sonne écologiste avant l’heure. En effet, les artistes relevant de l’Arte Povera (soit « l’art pauvre » dans la langue de Dante) utilisent des matériaux également « pauvres »…
Chiffons, cartons, objets de récupération sont utilisés pour produire de l’art et s’affranchir de la contrainte financière. Une forme d’upcycling avant l’heure : non seulement les matériaux normalement destinés à être jetés sont réutilisés, ils sont en plus upcyclés puisqu’ils passent de détritus à œuvres d’art. Bien sûr, si besoin, l’Arte Povera fait aussi appel à d’autres matériaux, toujours dans l’optique de créer une œuvre qui fait réfléchir. Le but reste toutefois de s’opposer au modèle de la société consumériste tout droit importé des États-Unis dans l’Italie d’après-guerre.
Les œuvres de l’Arte Povera sont critiques et poussent à la réflexion, sur la société, la vie, le temps qui passe, le rapport aux autres… Leurs matériaux bruts leur donnent une apparence dépouillée propice à véhiculer ce message de non consumérisme dès les années 70. Giovanni Anselmo, Michelangelo Pistoletto, Piero Manzoni, Mario et Marisa Merz, Jannis Kounellis, Lucio Fontana, Giuseppe Penone sont quelques-uns des représentants les plus connus de l’Arte Povera.

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  • Estampe

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catégorie : arts, artisanat, nom féminin, de l’italien « stampa » (impression).

L’estampe est un mot qu’on pourrait dire un peu complexe. Souvent considérée comme un synonyme de la gravure, l’estampe désigne en fait un procédé différent. En effet, on emploie le mot estampe pour désigner une impression qui se distingue de la gravure par l’absence d’une incision – c’est un moyen de signifier que l’œuvre ne résulte pas d’une technique de gravure (avec morsure chimique ou incision). La lithographie et la sérigraphie en sont des exemples. Si une plaque a été incisée pour réaliser l’impression, il s’agit donc d’une gravure, sinon, c’est une estampe.
Et pourtant… c’est un peu plus complexe que cela.  Tout en désignant les procédés de gravure sans incision, l’estampe désigne aussi toutes les méthodes d’impression (historiques, bien sûr, ce qui sort de votre imprimante n’est pas une estampe !), quelles qu’elles soient, y compris la gravure. En effet, l’estampe au sens large désigne tous les procédés d’impression, incision ou non, la gravure étant donc incluse. D’ailleurs les fameuses estampes japonaises, telles que la très célèbre Grande Vague de Kanagawa par Hokusai (cira 1830), résultent bien d’une méthode de gravure sur bois.
Pour rajouter un peu au côté fourre-tout du terme, une estampe désigne à la fois le résultat d’un procédé de gravure, qui implique donc une impression résultant ou non d’une incision, mais aussi le procédé lui-même. L’impression sur papier est donc appelée estampe, tout comme la méthode ayant conduit à sa réalisation.
Avez-vous l’impression que l’estampe est mieux gravée dans votre esprit à présent ?

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  • Hacienda

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catégorie : architecture, nom féminin, du latin « facienda » (ce qui doit être fait) mêlé à l’espagnol « hacer » (faire).

Une hacienda désigne une maison construite d’après le style architectural éponyme, d’origine espagnole, qu’on retrouve aujourd’hui aux États-Unis, au Mexique et en Espagne. Avant d’être un type d’architecture, une hacienda désigne une ferme agricole pouvant prendre la taille d’une grande exploitation. C’est de ce but de production agricole que l’hacienda tire son nom dans lequel transparaît le labeur.
Aujourd’hui, les maisons de type hacienda se rencontrent évidemment en Californie, mais aussi en Floride et dans le sud des États-Unis en général. Elles se caractérisent par un aspect d’ensemble rappelant les constructions espagnoles : façade blanche pour repousser la chaleur, tuiles en terre cuite, charpente en bois et poutres apparentes, portes et fenêtres arrondies, carrelages ocres… jusqu’à un jardin exotique constitué de cactus pour les plus typiques.
Les haciendas continuent de faire fureur grâce à leur charme ancien et un brin colonial : arcades, fontaines mais aussi touches rustiques leur donnent un caractère indéniable. Toutefois, elles doivent aussi leur succès à leur résistance à la chaleur (les fenêtres sont souvent réduites ou obstruées par des barreaux de bois sculptés pour conserver un intérieur frais, les cours intérieures sont parsemées de plantes permettant des zones d’ombre, etc.).

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  • Pantoum

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catégorie : poésie, littérature, nom masculin, du malais « pantun » (traduction approximative : poésie).

Le pantoum est une forme poétique très ordonnée. Il arrive qu’on l’appelle aussi « pantoun » pour se rapprocher de l’étymologie originelle. En effet, le pantoum français dérive d’une forme poétique malaise appelée « pantun ». Il prend le nom « pantoum » sous la plume de Victor Hugo qui inscrit par erreur un m là où un n est attendu. La coquille est ensuite reprise par Théodore de Banville qui codifie le pantoum français. Mais alors quelle est au juste cette forme codifiée du pantoum ?

La pantoum est tout simplement un poème où les vers sont repris dans une strophe suivante.
Techniquement, pour être un pantoum, un poème doit être composé de quatrains dont les vers sont repris comme suit : les deuxième et quatrième vers d’une strophe deviennent les premier et troisième vers de la suivante, et ainsi de suite, ce décalage se propageant de strophe en strophe. Le premier vers du poème doit être repris comme dernier vers, refermant le poème comme une boucle. Le poète qui s’essaie au pantoum doit aussi faire la part belle à une forme de parité en faisant alterner rimes féminines et masculines et composer au moins six strophes (toujours un nombre pair, pour permettre de clore le poème sur son dernier vers).
Ce n’est pas tout, pour complexifier encore un peu cet ensemble déjà fort codifié, deux thèmes doivent être développés en alternance, un sujet plus sentimental doit répondre à un premier thème matérialiste, chaque thème développé sur deux vers consécutifs (qui ne sont donc pas les vers repris deux par deux) !
Le pantoum, en plus d’être un évident casse-tête est manifestement un exercice poétique complexe laissant peu de place à la spontanéité mais proposant au contraire une grande musicalité grâce aux répétitions qui rappellent des refrains.

C’est pourquoi, nombre de poèmes s’en inspirent sans en être et constituent de faux pantoums, surtout caractérisés par la reprise des vers. Le plus célèbre est Harmonie du soir, publié par Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal.
On remarque la reprise des vers dans ce poème qui garde son sens malgré les répétitions. Toutefois, le texte ne s’achève pas sur son premier vers et ne comporte que quatre strophes.

 

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

 

Harmonie du soir, Charles Baudelaire, in Les Fleurs du mal, 1857.

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  • Umami

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catégorie : culture japonaise, gastronomie, nom masculin, du japonais « umami » (traduction approximative : savoureux).

Lorsque vous étiez enfant, on vous a sûrement enseigné qu’il existait quatre saveurs : salé, sucré, acide et amer. Il m’incombe de vous apprendre qu’on vous a menti… Il existe une cinquième saveur : la saveur umami ! L’étymologie d’umami ne nous en apprend pas beaucoup sur son goût, il est vrai, puisque umami signifie tout simplement savoureux. Pourtant, cette cinquième saveur est aujourd’hui acceptée dans le monde comme une saveur supplémentaire se distinguant du salé, sucré, acide et amer.
La saveur umami désigne en fait le goût apporté par le glutamate, élément essentiel de la cuisine asiatique (l’inosinate et la guanisine ou guanylate, des exhausteurs de goût sont aussi riches en umami). Car comme vous l’aurez compris, la désignation de la saveur umami nous vient d’Asie.
Ce goût particulier se retrouverait dans les bouillons de viande, les sauces, le poulet et les légumes, mais aussi les fruits de mer et laisserait sur la langue une impression de saveur durable. L’umami magnifie les saveurs en les intensifiant, surtout lorsqu’elles sont associées (viandes mijotées, sauces à base de plusieurs ingrédients, légumes et fromages, aliments fermentés, etc.) Il se développe avec des cuissons lentes, des fermentations, des séchages et est réputé pour être un goût qui fait saliver !

Avez-vous une petite idée de ce à quoi l’umami fait référence ? Avez-vous la saveur en bouche ? Sachez qu’en Asie, l’umami est bien connu et facilement identifiable !

Rendez-vous la semaine prochaine pour 5 nouvelles définitions artistiques.

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