« Un monde oublié » : hors du temps

Les éditions Glénat publient le premier tome du diptyque Un monde oublié, d’Éric Corbeyran et Gabor. Cette adaptation d’une nouvelle d’Edgar Rice Burroughs raconte l’arrivée d’un équipage divisé (Allemands, Anglais, Américains… pendant la Seconde guerre mondiale) sur une île sauvage et hostile, semblant évoluer hors du temps.

Un manuscrit préservé dans un thermos et recraché par l’océan Antarctique. C’est ainsi que les mésaventures de l’ingénieur américain Bowen J. Tyler sur l’île de Caspak parviennent au monde civilisé. Derrière son écriture résignée se cache un récit peu ordinaire. Attaqué en pleine mer en dépit des lois internationales, rescapé au sein d’un U-Boat (confectionné dans les usines de son père), bientôt tenaillé par « la faim, la soif, le froid, l’angoisse », le jeune homme, accompagné de miss Lys La Rue et d’un équipage d’Allemands et d’Anglais, est trompé par une boussole attirée par une terre aimantée. Et si, derrière ces « falaises inaccessibles », se trouvait le nouveau continent jadis décrit par Caproni ?

Une faille dans la roche permet au submersible de rejoindre l’intérieur de l’île, où règne un micro-climat parfois étouffant. Très vite, Bowen et ses compagnons d’infortune découvrent un espace hors du temps, où la civilisation n’a pas encore fait son œuvre. Les animaux préhistoriques foisonnent, les humains croisés sont peu évolués et hiérarchisés en fonction de leurs armes (gourdin, lance, hache…) et chaque expédition peut leur coûter la vie en raison de l’inhospitalité des lieux. Les rescapés se nourrissent de viande de dinosaures, puis capture Ahm, un chef de tribu qui finit par les aider et les guider. C’est Lys qui communique avec lui. « Horrifiée et démoralisée par la situation » vécue par le groupe, elle se sent en plus « inutile et misérable », et n’est pas au bout de ses peines, puisque l’intrigue ne la ménage pas.

Éric Corbeyran et Gabor s’appuient autant sur les dynamiques de groupe que sur l’aspect survivaliste, les deux étant intimement liés dans ce premier tome. Allemands et Anglais sont en effet tenus de se serrer les coudes en attendant de trouver une solution leur permettant de regagner la civilisation. Des travaux sont entamés sur l’île et la découverte d’une source de pétrole laisse présager un départ après l’installation d’une raffinerie. Les obstacles humains et circonstanciels feront toutefois prendre une autre tournure aux événements. Sans compter que Lys espère toujours lever le voile sur ces humains évolués qui auraient investi l’île avant eux…

Dessiné avec talent, bien mené, se déployant entre aventure, planet opera et horreur, ce premier tome d’Un monde oublié se conclut par un dossier pédagogique. Ce dernier revient notamment sur les fondements scientifiques de l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs, surtout connu pour Tarzan. Il s’épanche en outre sur sa carrière et donne un aperçu des nombreuses adaptations tirées de ses écrits.

Un monde oublié, Éric Corbeyran et Gabor
Glénat, octobre 2023, 64 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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