« Tarzan : Au centre de la terre » : périlleuse chasse au trésor

« Au centre de la terre » est le second tome de la série Tarzan. Christophe Bec, Stefano Raffaele et Roberto Pascual de la Torre y confrontent le héros d’Edgar Rice Burroughs à des aventures périlleuses…

Tarzan est désormais intégré au monde civilisé. Humain ayant été élevé dans la jungle par des animaux sauvages, et porteur de ce fait d’une double nature, il est caractérisé par la dualité et l’altérité. Les sentiments qu’il éprouve à l’égard de Jane Porter ont beau être complexes et universels, dans certaines situations, c’est son versant bestial qui cherche à s’exprimer. « Il suffit que quelque chose d’impromptu me mette en colère pour que tous les instincts de la bête sauvage qui sommeille au plus profond de moi ressurgissent et me submergent. » C’est notamment le cas lorsque le racisme de la civilisation occidentale coloniale s’exprime sans ambages en sa présence, arguant par exemple que « l’homme noir se situe, à certains égards, plus bas sur l’échelle que les animaux ». Rebaptisé Johnny Grey, Tarzan est un homme tiraillé. À Paris, il fréquente bibliothèques, musées et brasseries, et s’entoure volontiers d’artistes. Mais au fond, il n’aspire qu’à une chose : rejoindre les lointaines contrées africaines qui l’ont vu grandir parmi les singes.

Ce n’est donc pas une surprise de retrouver le héros d’Edgar Rice Burroughs en exil vers ses terres originelles, et reproduisant l’acte salutaire du premier opus en délivrant la communauté simienne qui l’accueille d’un dangereux prédateur. Mais ce ne sera ici qu’une parenthèse : son ami le capitaine Paul d’Arnot et sa promise miss Jane Porter se trouvent prisonniers d’une communauté inconnue, leur expédition scientifique vers la terre creuse s’étant soldée par la captivité. Tarzan va alors financer un voyage périlleux grâce à un trésor récemment acquis et réunir des guerriers waziris (sa nouvelle tribu) dans l’espoir de libérer ses ex-compagnons. Bien que critique envers le racisme, le colonialisme et l’esclavagisme, « Au centre de la terre » se caractérise ainsi surtout par son récit d’aventures, lequel passe par des cadres, notamment exotiques, superbement dessinés et un bestiaire mêlant animaux sauvages, dinosaures et créatures surdimensionnées. Après une première partie plus bavarde, la seconde moitié de l’album se compose essentiellement de péripéties spectaculaires et périlleuses.

Christophe Bec, Stefano Raffaele et Roberto Pascual de la Torre dressent sur la route de Tarzan une communauté inconnue et iconique. « Les Kingars avaient l’aspect d’un peuple viking dépravé et féroce. » Ils immortalisent aussi des paysages somptueux, dont « des collines boisées, des plaines irriguées de nombreux cours d’eau et une vaste forêt surplombée par une grande chaîne montagneuse ». Le courage de Tarzan, sa fidélité envers Jane et Paul, sa capacité à surmonter tous les écueils se placent en première ligne d’« Au centre de la terre ». Ses qualités et ses aptitudes à faire face à l’adversité ont beau renforcer son altérité, cette dernière se trouve reléguée au second plan, puisque le lecteur retiendra surtout du récit ses aspects aventuriers et romantiques. Intéressant, bien mené, l’album pèche cependant par excès, comme peut en témoigner la présence de diplodocus, de ptérodactyles ou de tigres à dents de sabre, dans une forme de surenchère finale un peu gratuite.

Tarzan : Au centre de la terre, Christophe Bec, Stefano Raffaele et Roberto Pascual de la Torre
Soleil, novembre 2021, 80 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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