« Talleyrand » : stratège et visionnaire

Avec l’aide de l’historien Emmanuel de Waresquiel, la scénariste Marie Bardiaux-Vaïente et le dessinateur Andrea Meloni se penchent aux éditions Glénat sur la personnalité et la carrière de Talleyrand.

Après César ou Elisabeth I, Andrea Meloni met cette fois ses qualités graphiques au service de Talleyrand, diplomate de génie ayant traversé les XVIII et XIXe siècles en s’accommodant tant du Consulat que de l’Empire ou de la monarchie. C’est logiquement que la collection « Ils ont fait l’Histoire » des éditions Glénat rend aujourd’hui hommage à celui qui portait haut « la sagesse des négociations et l’ambition de la paix » et dont on trouva l’influence significative derrière l’abdication de Napoléon Bonaparte, l’armistice signé avec les russes ou encore le Congrès de Vienne.

Ce dernier occupe une place de choix dans le récit de Marie Bardiaux-Vaïente. Malgré les manœuvres discrètes de la Prusse, la Russie, l’Autriche et l’Angleterre, le prince de Bénévent Charles-Maurice de Talleyrand su avancer ses pions afin de régler les grandes affaires d’une Europe trop souvent réduite à un champ de bataille. Son objectif ? L’ériger en « une communauté d’intérêts et de droits, rassemblant les différents États, petits et grands, en un concert des nations ». Fin tacticien unanimement reconnu comme l’une des plus grandes intelligences de son temps, Talleyrand a longtemps été mû par deux motivations cardinales : celle de vaincre son infirmité par ses réalisations et celle de protéger l’État.

La première lui vient d’une enfance malheureuse, où un pied bot détourna ses parents de sa personne. C’est son arrière-grand-mère Marie-Françoise qui l’invite à en faire une force : « Compensez votre infirmité. Devenez plus intelligent qu’aucun autre. » La seconde est tout aussi clairement exprimée dans l’album : « Toujours l’État prime sur celui qui le dirige. » Celui qui deviendra président du Conseil et ministre des Affaires étrangères n’a jamais transigé sur ses principes. La bande dessinée de Marie Bardiaux-Vaïente et Andrea Meloni en démontre à la fois le talent et l’abnégation : en coulisses ou au « front », il continua de tirer les ficelles françaises et européennes durant la majeure partie de sa carrière politique.

La finesse du trait d’Andrea Meloni se prête idéalement aux représentations des édifices officiels tels que le Sénat ou le Palais Kaunitz, mais aussi à celles de théâtres de guerre comme Waterloo. Au-delà de son intérêt biographique et historique, accentué par un dossier didactique glissé en appendice, cet album vaut aussi pour cette dimension graphique très maîtrisée, ainsi que les reliefs psychologiques qu’il attribue à Talleyrand. Un homme mesuré et complexe, dont la carrière s’inscrivit en écho aux grands bouleversements que connut la France en son temps. C’est précisément la résonance entre ces deux trajectoires, individuelle et collective, qui rend le diplomate, cocréateur de la Belgique, si intéressant.

Talleyrand, Marie Bardiaux-Vaïente, Emmanuel de Waresquiel et Andrea Meloni
Glénat, novembre 2021, 56 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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