« Reckless » : retour aux affaires

Les éditions Delcourt publient le cinquième tome de la série Reckless, intitulé « Descente aux enfers ». Ce dernier marque le retour aux affaires, un peu malgré lui, d’Ethan Reckless, privé aux méthodes expéditives, souvent mêlé à des histoires sordides et à tiroirs.

Certaines affaires nécessitent les services d’individus particuliers, dotés de compétences éprouvées, et capables d’évoluer dans ces zones grises dans lesquelles peu consentent à s’aventurer. Ethan Reckless fait partie de cette frange très restreinte de la population. Pour quelques billets, il investiguera pour vous, mettra les mains dans le cambouis et, s’il le faut, fera sacrifice de sa personne pour mener à bien la mission qui lui a été confiée.

Tout cela a néanmoins un prix. Pas seulement celui auquel se monnaie son temps. Psychologiquement, physiquement, socialement, les affaires laissent des traces. Le privé a été exposé à toutes sortes d’intrigues emmêlées, de personnages sordides, d’événements traumatiques. Ce n’est donc pas surprenant de le voir, au début de « Descente aux enfers », dans une sorte de retraite anticipée, ne prenant même plus la peine de répondre aux nombreuses sollicitations dont il continue de faire l’objet.

Ce n’est que pour faire plaisir à un voisin, Francis, à qui il est redevable, qu’Ethan accepte une nouvelle mission : enquêter sur la disparition de sa belle-fille. Le contexte est habilement travaillé par Ed Brubaker et Sean Phillips, et donne du relief à l’intrigue : ex-droguée, la jeune femme tenait bon dans une sorte d’équilibre précaire trouvé avec son compagnon, Joey, le tout sur fond de catastrophe naturelle d’ampleur biblique. Francis craint à la fois qu’elle n’ait replongé dans ses vieux travers et que son fils, lui-même confronté à des problèmes d’addiction, ne soit affecté par sa disparition au point de renouer avec ses démons passés.

Partant, il s’agit de suivre le fil de l’enquête et de découvrir, en même temps qu’Ethan, les dessous, terrifiants, de cette affaire (à laquelle Anna, l’acolyte habituelle du « détective », n’est mêlée que très marginalement, en tant que spectatrice). Rachel a été liée, durant son enfance, à une organisation familiale criminelle, où les dérives sectaires et les abus sexuels étaient légion. Ethan perce à jour les rapports étroits entre sa disparition et ce passé qui semble resurgir avec pertes et fracas.  

Ed Brubaker et Sean Phillips vont beaucoup exposer leur antihéros dans « Descente aux enfers ». Croiser la route de Rachel, femme forte et revancharde, agit comme un puissant catalyseur sur Ethan, qui va prendre des risques, transiger avec certains de ses principes et développer des sentiments amoureux envers la jeune femme. Prenant pour cadre le San Francisco de la fin des années 1980, dans une veine toujours aussi sombre qu’à l’accoutumée, ce cinquième épisode de Reckless ne déroge pas aux canons de la série : captivant, avec une ambiance très travaillée, il met aux prises Ethan et une collection de personnages tous plus abjects les uns que les autres, au cours d’une enquête bien ficelée et pas dénuée de sous-textes. 

Reckless : Descente aux enfers, Ed Brubaker et Sean Phillips
Delcourt, août 2023, 144 pages 

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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