« Pompoko » : l’épopée écologique des tanukis contre la modernité

Quand Isao Takahata s’empare en 1994 de la figure folklorique du tanuki pour en faire le héros d’un film d’animation, il offre au Studio Ghibli l’une de ses œuvres les plus singulières. Pompoko raconte la résistance désespérée d’une communauté de tanukis anthropomorphes face à l’urbanisation galopante de leur habitat naturel dans les collines de Tama, près de Tokyo. L’anime comics publié par les éditions Glénat permet de redécouvrir cette fable écologique d’une richesse narrative exceptionnelle.

Le film, ainsi que l’anime comics qui nous intéresse, s’inspirent directement du développement urbain de la région de Tama dans les années 1960-1970, période de croissance économique effrénée au Japon. Les tanukis, créatures du folklore japonais réputées pour leurs pouvoirs de métamorphose, voient leur forêt détruite par les bulldozers et les chantiers de construction. Face à cette menace existentielle, ils décident de s’organiser et de mobiliser leurs capacités surnaturelles pour saboter les travaux.

L’intrigue s’étire sur plusieurs années, suivant une structure qui détaille les différentes phases de la résistance : de l’insouciance initiale à une prise de conscience collective, des premiers actes de sabotage jusqu’à la parade spectaculaire où les tanukis transforment le paysage urbain en visions féériques.

Les tanukis, parfois dessinés de manière réaliste comme de véritables animaux, apparaissent d’autres fois sous une forme semi-anthropomorphe caricaturale, ou encore totalement humanisés quand ils se transforment. Cet acte de métamorphose constitue d’ailleurs le principal outil de lutte pour eux : ils s’initient, apprennent de leurs aînés, s’immergent auprès des hommes pour mieux les appréhender, organisent la résistance… 

Des enjeux écologiques et existentiels

Au-delà du discours écologique évident, Pompoko interroge la possibilité même de résister à la modernité. Les tanukis ne sont pas idéalisés : ils se disputent, certains abandonnent la lutte pour s’intégrer à la société humaine, d’autres s’accrochent à des stratégies vouées à l’échec. Le film montre avec une lucidité désenchantée que même la magie ne peut arrêter le béton. Et que face à la menace, les postures des uns et des autres peuvent considérablement diverger, entre la violence totale et la recherche d’un compromis.

L’histoire se caractérise par une approche chorale. Parmi la communauté, plusieurs figures émergent, dont Gonta, adversaire radical des humains, qui prône la violence directe. Les anciens maîtres se voient quant à eux rappelés des montagnes pour enseigner l’art ancien de la métamorphose. Mais tous concourent finalement à préserver leurs espaces de vie, tandis que les hommes étendent leurs villes dans une nature jusque-là sacralisée.

L’anime comics des éditions Glénat permet d’apprécier la richesse visuelle de cette œuvre, des scènes de transformation aux tableaux méticuleux de destruction environnementale, le tout sous couvert d’un esprit certes politisé mais bon enfant. Ce dernier, évidemment, n’enlève rien à la gravité des enjeux. Ainsi, on pourra se délecter devant ces ouvriers apeurés par des « apparitions » tout en se solidarisant de ces tanukis qui, après avoir fêté une victoire, se rendent rapidement compte qu’elle n’était que provisoire.

Pompoko, Isao Takahata
Glénat, décembre 2025, 640 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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