« MOBS » (tome 5) : le rire des pixels

On croyait tout connaître du monde cubique de Minecraft : ses blocs, ses biomes, ses dragons, ses créatures hostiles… jusqu’à ce que MOBS vienne, album après album, en renverser la perspective. Sous la plume complice de Frigiel et Piratesourcil, et le trait facétieux de Pierre Waltch, les monstres, ces silhouettes que l’on massacre distraitement à coups d’épée, se découvrent une vie intérieure, un humour, et même un cœur…

Ici, les Endermen se rêvent poètes, jardiniers ou éducateurs, quitte à transformer l’End en garderie dimensionnelle incontrôlable. Les Zombies, eux, se découvrent un goût pour la convivialité ou la bataille de boules de neige (jusqu’à ce que l’un d’eux prenne la chose trop à cœur). Même le Dragon de l’End, monstre suprême du jeu, fait l’objet d’une attention florale et délicieusement ridicule : il fallait oser le gag du cracheur de feu rentrant dans son antre pour découvrir son territoire « décoré » maladroitement.

Chaque planche se présente comme une petite fable autonome – un rire par situation, un retournement par page – mais l’ensemble compose un tableau drolatique du quotidien des créatures. MOBS n’imite pas Minecraft : l’univers carré du jeu devient le miroir facétieux de nos petites vanités modernes : quête de sens, désir de reconnaissance, peur de l’ennui ou de la routine.

Pierre Waltch conjugue parfaitement lisibilité et expressivité : ses personnages, pourtant réduits à quelques cubes articulés, explosent de mouvement. Les expressions passent par un simple pli du rectangle, un effet de vitesse ou un silence parfaitement cadré. Le dessin évoque parfois l’esprit des Looney Tunes ou du Petit Spirou, mais transposé dans un monde de texture 8-bit. On retrouve le rythme millimétré de la BD d’humour franco-belge : chute, silence, rebond, avec cette teinte numérique qui en modernise le souffle.

Et dans cette orchestration de gags, Frigiel et Piratesourcil jouent de la connivence : on rit parce qu’on connaît les mécaniques du jeu, mais aussi parce qu’on y reconnaît quelque chose de nous. Un Enderman qui se plaint de sa hiérarchie, un Zombie qui découvre la téléportation comme gadget pratique, un aventurier malmené par sa propre curiosité… autant de situations qui empruntent à la fois à la comédie de bureau, au burlesque et au cartoon.

Sous l’humour, il y a autre chose. Quelque chose de cette mélancolie propre aux créatures secondaires, à ces existences codées pour n’être qu’obstacles et qui, ici, deviennent protagonistes. Dans cette idée, qu’un monstre puisse rêver, échouer, ou simplement vouloir un peu de beauté, MOBS trouve une grâce singulière, sans prétention, mais efficace.

Avec déjà quatre tomes derrière lui, l’univers de MOBS a gagné en maîtrise et en densité. Ce cinquième volume s’adresse autant aux jeunes lecteurs qu’aux adultes qui y décèlent, derrière les cubes et les rires, une vraie intelligence comique. Le ton reste léger, mais jamais simpliste. L’humour y côtoie la satire douce, et les situations absurdes cachent souvent une tendresse sincère pour ces monstres mal-aimés. Pas si mal pour une série vite qualifiée d’enfantine. 

MOBS (tome 5), Frigiel, Piratesourcil et Pierre Waltch
Glénat, octobre 2025, 48 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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