Le retour des « Âges d’or de Picsou »

Entre paranoïa financière, inventions absurdes et guerres de chiffonniers, ce tome 2 des Âges d’or de Picsou rappelle pourquoi le vieux canard de Carl Barks reste l’un des personnages les plus drôles de l’histoire de la BD pour enfants.

Dès « La Terreur des Rapetou », tout est déjà là. Picsou paie Donald pour… s’inquiéter à sa place. Lorsque les Rapetou s’évadent, il sombre dans une paranoïa totale et imagine avec son neveu un système de défense délirant à base de canon automatique. Évidemment, ce dispositif finit par éventrer son propre coffre-fort. Toute l’ironie de Barks tient dans ce gag : l’avarice produit elle-même la catastrophe qu’elle voulait empêcher.

Dans « Arnach McChicane », Picsou apparaît encore plus pingre. Donald et les neveux lui font signer un contrat pour être sûrs d’être payés. Pourtant, derrière cette caricature d’avare, Barks injecte déjà une forme d’humanité : Picsou sauve son ennemi de la noyade, comme s’il obéissait malgré tout à un vieux code moral.

« Picsou contre Gripsou » montre, alors que Donald veut simplement acheter un soda, Picsou lui répondre que « les cents économisés aujourd’hui sont les dollars de demain ». Le milliardaire refuse même d’acheter le journal et préfère lire ceux abandonnés dans le parc. Face à lui, Gripsou agit comme un miroir monstrueux : même obsession de l’argent, mais sans la moindre limite morale. Leur rivalité dégénère alors en une incroyable bataille de pelotes de ficelle, symbole parfait de cette folie de l’accumulation qui transforme deux multimilliardaires en chiffonniers hystériques.

Cette logique atteint son apogée dans « Un puits de dollars ». Picsou refuse de dépenser dix dollars pour changer ses lunettes mais investit une fortune dans une machine censée réfléchir à sa place. À force de radinerie, il finit par cacher son argent sur un terrain qui ne lui appartient même pas. Rarement l’avarice aura été représentée avec autant de génie burlesque.

Les récits européens apportent ensuite une autre couleur.
Dans « Les Lucioles industrielles ! », Romano Scarpa transforme Brigitte en menace sentimentale permanente. Picsou veut rester libre, indépendant, maître de lui-même, mais sa jalousie et sa naïveté le rendent étonnamment vulnérable.

Le volume connaît un léger creux avec « La Terreur venue de l’espace », aventure SF assez classique autour d’un extraterrestre voleur et d’un coffre-fort prétendument inviolable. En revanche, « Formation accélérée » retrouve immédiatement une énergie cartoonesque réjouissante : Géo Trouvetou y imagine des véhicules délirants pour faire gagner Picsou face à Flairsou, entre moteurs absurdes, catastrophes mécaniques et course automobile complètement folle. « Formation accélérée » et « Les guérisseurs des Andes ! » montrent combien l’univers Disney européen a complexifié les rivaux économiques de Picsou à partir des années 1960 jusqu’aux années 2000. 

Au fond, ce tome raconte des histoires d’obsession. Picsou veut tout contrôler, tout conserver. Mais plus il cherche à sécuriser sa fortune, plus le monde environnant semble lui échapper. Ses ennemis creusent des tunnels, ses inventions détruisent ses coffres-forts et sa propre cupidité devient souvent son pire adversaire. C’est absurde, mesquin, parfois ridicule. Et c’est précisément pour cela que Picsou reste immense.

Les Âges d’or de Picsou (tome 2), collectif
Glénat, 20 mai 2026, 208 pages

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4.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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