« Oldman » et « Smother Me » à découvrir aux éditions Glénat

Avec Oldman, Chang Sheng compose un récit de vengeance baroque, où la magie et la cruauté du pouvoir se mêlent dans une fresque aussi spectaculaire que mélancolique. Mini-série sombre et nerveuse de Hiroshi Shimomoto, Smother Me nous plonge quant à elle dans une Détroit cauchemardesque où les enfants sont dressés, vendus, jetés dans l’arène. 

Un royaume lointain, une reine que le temps semble épargner, un magicien enfermé dans les geôles après avoir été trahi, une générale mutilée, un anatomiste excentrique capable de rendre aux corps brisés une forme de puissance mécanique : Chang Sheng assemble ces motifs avec un sens évident du romanesque. 

Au centre de cette mécanique narrative se trouve Billy Oldman, ou plutôt Edward, figure d’innocence dévoyée par le pouvoir. Recueilli enfant par la reine dans un geste de façade destiné à calmer les tensions sociales, il devient bientôt l’instrument d’une ambition monstrueuse : conserver à tout prix la jeunesse de la souveraine. La magie, d’abord perçue comme un art, se change alors en malédiction. Ce qui faisait d’Edward un être à part devient la raison de son enfermement, de son vieillissement prématuré, de sa chute. Le manga tire de cette injustice une force motrice : la vengeance y naît d’une vérité confisquée trop longtemps.

Visuellement, l’ouvrage impressionne. Chang Sheng déploie un dessin dense, élégant, parfois étourdissant dans son souci du détail. 

Dans Smother Me, Akio n’a que treize ans, mais l’enfance semble déjà très loin derrière lui. Vendu par sa mère, privé de son nom, formé au meurtre, il devient Serpent : un tueur à gages miniature, produit d’un monde où les adultes se servent des enfants comme d’armes. Cela donne au manga son noyau moral. La violence est héréditaire, sociale. Elle circule dans les rues, les familles, les organisations criminelles, et finit par modeler ceux qui n’ont pas eu le choix.

Le décor de Détroit, ville gangrénée par les trafics et les règlements de comptes, a quelque chose de glaçant. Tout y paraît hostile, cabossé, livré à des figures d’adultes défaillants : Singe, Moreh, Éléphant, autant de noms de code synonyme d’une humanité qui s’effrite. 

Moreh veut renverser le système tout en reproduisant ses méthodes de manipulation ; Singe règne dans la violence, l’alcool et le désespoir ; Éléphant, tueur redoutable, se révèle pourtant capable d’une attention tendre. Chez Shimomoto, personne n’est tout à fait innocent et les nuances prévalent.

La rencontre entre Akio et Lynne apporte au récit sa lumière. Lynne est aveugle ; elle voit en Serpent autre chose qu’un outil ou une menace. Elle devient une présence inespérée dans un monde de prédation.

La brièveté de la série est à la fois sa force et sa limite. En deux volumes, Smother Me va droit au but, sans s’encombrer d’un long développement autour de son organisation criminelle ou de ses tueurs secondaires. Le rythme est tendu, l’intrigue avance vite. Certains enjeux auraient cependant gagné à s’étayer davantage.  

Tant Oldman que Smother Me valent le coup d’œil : adultes, dotés d’un sens moral fort, ils battent brèche l’innocence et la sacrifie sur l’autel du pouvoir et de la corruption. En clercs, Chang Sheng et Hiroshi Shimomoto façonnent des univers haletants dans lesquels tous les coups sont permis. 

Smother Me (1&2), Hiroshi Shimomoto
Glénat, 22 avril 2026, 202 pages

Oldman, Chang Sheng 
Glénat, 11 février 2026, 360 pages 

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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