« Lewis & Clark » : une expédition scientifique vers l’Ouest américain

Lewis & Clark, à la découverte de l’Ouest se déroule au début du XIXe siècle. Le président américain Thomas Jefferson mandate alors le capitaine Meriwether Lewis et l’expert en navigation fluviale et en géographie William Clark afin qu’ils déterminent un accès facile entre le Missouri et le Columbia. Accessoirement, et il s’agira du plus grand intérêt de l’expédition, les deux hommes doivent également cartographier les lieux traversés et recenser toutes les ressources géologiques, minérales, animales et végétales aperçues.

Comme le mentionne en fin d’album le dossier historique de Stéphane Dugast, secrétaire général de la Société des Explorateurs français, l’expédition de Meriwether Lewis et William Clark eut en son temps une importance scientifique considérable : en sus d’un apport géographique indéniable, elle a abouti au recensement de plus de 170 nouvelles variétés de plantes, ainsi que 122 espèces ou sous-espèces animales. Cependant, leur long périple, du Mississippi au Pacifique, entre 1803 et 1806, demeure largement mésestimé. Et pour cause : Lewis et Clark aboutissent à des conclusions alors inacceptables : les Rocheuses formeraient un obstacle infranchissable et l’unification agraire escomptée par le président Jefferson sur le continent américain aurait tout du vœu pieux.

Lewis & Clark, à la découverte de l’Ouest contient plusieurs promesses tacites : la caractérisation de deux explorateurs méconnus, la représentation des paysages américains ou encore le récit d’aventures. Sans faire montre d’une inventivité folle, Philippe Thirault et Sandro parviennent parfaitement à remplir leur cahier des charges. Du Missouri et ses sawyers capables d’éventrer un navire aux plaines peuplées de tribus potentiellement hostiles, en passant par le froid, les engelures et les grizzlys, la bande dessinée contient des vignettes très réussies de l’Ouest sauvage américain et un lot de rebondissements qui en relancent sans cesse l’intérêt. L’expédition scientifique menée par Meriwether Lewis et William Clark se déroule dans des conditions parfois extrêmes – et toujours, de par son caractère inédit, imprévisibles. En tout, c’est une grosse trentaine d’hommes qui partent à la recherche d’un mode de communication praticable, à des fins commerciales.

Que seraient une expédition dans l’Ouest américain sans les rencontres qu’elle implique avec les tribus amérindiennes ? Ottos, Missouris, Pawnees, Sioux : les nations indiennes entretiennent des rapports complexes et leur éveil aux Blancs apporte son lot d’espoirs comme de perdition : à la paix ou au commerce se greffe en effet un intérêt parfois excessif pour l’alcool, les armes ou le tabac. Si Lewis & Clark, à la découverte de l’Ouest reste à la surface des relations naissantes entre les Blancs et les autochtones, il témoigne amplement des effets et contrecoups qu’elles occasionnent. Un pan d’histoire bien plus douloureux y demeure toutefois sous forme d’angle mort : il s’agit bien entendu des massacres perpétrés par les colons…

À la fin de leur expédition, Meriwether Lewis et William Clark connaissent deux trajectoires tout à fait opposées. Le premier, ruiné et alcoolique, s’est vraisemblablement suicidé. Le second est devenu gouverneur du Missouri. En narrant leurs péripéties de la rivière Platte aux chutes du Missouri – et même jusqu’aux rives du Pacifique –, Philippe Thirault et Sandro donnent de solides indications sur ce qui a pu motiver ces destinées dissonantes. Une courte séquence donne en effet à voir les regrets du capitaine Lewis au crépuscule de leur périple. Passablement ivre, il craint de devoir annoncer à Thomas Jefferson ne pas avoir trouvé la voie d’accès qu’ils recherchaient. A contrario, William Clark se félicite de ce qu’ils ont tous deux accompli.

Lewis & Clark, à la découverte de l’Ouest, Philippe Thirault et Sandro
Glénat, août 2021, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Saccharine : faussement calorique

Natalie Erika James revient avec "Saccharine", film de body horror ancré dans le culte de la minceur et les injonctions corporelles. Ambitieux, parfois efficace, mais trop chargé thématiquement pour convaincre pleinement. La réalisatrice de "Relic" méritait mieux.

La Bataille de Gaulle – L’âge de fer : l’appel du nanar

"La Bataille de Gaulle : L'âge de fer" d'Antonin Baudry s'annonçait comme le film historique événement de l'année. Pourtant, sous ses airs de fresque ambitieuse sur les débuts de la France libre, le premier volet de ce diptyque consacré au général Charles De Gaulle peine à convaincre. Le récit, très dense, s'essouffle en voulant tout montrer sans rien approfondir. Pire encore, un second degré forcé et une caricature appuyée de certains personnages font glisser l'œuvre vers un registre involontairement burlesque. Un nanar en costume, certes soigné, mais qui trahit le sujet qu'il prétendait honorer.

The Plague : dans la peau des autres

La peste n'a pas besoin d'exister pour faire des dégâts, il suffit qu'un groupe décide d'y croire. Révélé à Un Certain Regard en 2025, "The Plague" est un thriller tendu sur la mécanique du harcèlement chez des garçons de douze ans : comment la violence s'organise, se légitime, se transmet et ce qu'il en coûte de la regarder sans bouger.

L’Être aimé : l’autre « Abandon »

Prenant le point de départ du Valeur sentimentale de Joachim Trier, l'histoire d'un cinéaste qui tente de renouer avec sa fille par l'intermédiaire d'un projet cinématographique, Rodrigo Sorogoyen propose une tout autre approche. L'intensité de sa mise en scène raconte le poids d'un passé qui vient perturber le tournage. Un abandon qui hante ce père comme sa fille. Analyse, en cinq scènes fortes.

Mata : Mata Hantée

Avec "Mata", Rachel Lang (Mon légionnaire) plonge son héroïne dans les brumes de la DGSE, entre désert nigérien et labyrinthes déshumanisés. Eye Haïdara y incarne une espionne déchirée, animée par une quête de vérité aussi pure qu'impossible. Un film magnétique et troublant.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« L’Équipée du Bosquet » : une bromance animalière entre cartoon et road trip burlesque

Un oiseau hyperactif, un écureuil rongé par l’anxiété et un chat affamé : James Burks lance une série jeunesse qui assume pleinement ses codes. Sans chercher à révolutionner l’aventure humoristique animalière, ce premier tome mise sur l’énergie, la dynamique du duo dépareillé et l’efficacité du gag cartoon.

« La Sorcière qui a changé le monde » : Margaret Thatcher sous une lumière de morgue

Le scénariste Jean-Yves Le Naour et le dessinateur Emilio Van der Zuiden s’emparent de Margaret Thatcher, fille d’épicier devenue Première ministre de Grande-Bretagne. Il en ressort une figure intraitable, caractérisée avec ce qu'il faut d'humour noir et de critique sociale.

Umami : savoureux

« - Hamaki va ouvrir son propre restaurent ! Son restaurant à ELLE ! - Oui, super. Et toutes les emmerdes qui vont avec, par la même occasion. - Ooh, arrête un peu ! Tu ne la crois pas capable de gérer ? - Si, si… - Alors ne fais pas ton rabat-joie ! C’est un grand jour pour elle ! Tu me promets de rester PO-SI-TIF ? - Oui, cheffe ! »