« Les Vacances chez Pépé-Mémé » : folklore rural

Avec Les Vacances chez Pépé-Mémé, Guillaume Bouzard échafaude une BD humoristique décapante, fidèle à l’esprit corrosif de l’éditeur Fluide Glacial. 

L’auteur nous plonge dans les aventures estivales de trois enfants, Lisa, Lucas et surtout Ethan, en vacances chez leurs grands-parents, au cœur des Deux-Sèvres rurales. Rapidement, ces vacances tournent au cauchemar loufoque : entre égorgement de cochons, histoires autour des pendus locaux et quiproquos sexuels savoureux, rien n’est épargné aux pauvres citadins débarqués à la ferme.

Le ton adopté par Guillaume Bouzard est volontairement provocateur, flirtant joyeusement avec l’absurde et le grotesque. Les personnages, caricaturaux à souhait, deviennent immédiatement attachants malgré leur comportement outrancier. Pépé Fernand, amateur de bon vin et champion des petites tricheries à la belote, et Mémé Colette, souvent lassée par l’énergie que nécessite la garde de ses petits-enfants, campent une sorte de folklore rural poussé à l’extrême.

La force humoristique de l’œuvre repose beaucoup sur Ethan, véritable souffre-douleur de l’auteur, qui subit chaque catastrophe avec une naïveté comique portée à incandescence. Du cochon « Cassoulet » égorgé devant ses yeux horrifiés à une malheureuse rencontre avec des frelons asiatiques, Ethan porte le récit un peu malgré lui, avec une maladresse pathétique et délectable. Des planches fragmentées en petites cases jouent sur l’effet de répétition pour témoigner de la catastrophe ambulante que représente ce jeune gamin encore candide.

Le dessin simple mais efficace de Guillaume Bouzard, couplé à une mise en couleur vive et estivale, accentue encore davantage l’impact des nombreux gags visuels et des situations grotesques. Chaque séquence, étalée sur plusieurs pages, fait montre d’humour noir et de satire sociale. Il faut toutefois noter que l’album s’adresse aux adultes – ce que sa couverture ne suggère pas –, car les allusions d’ordre sexuel sont nombreuses. Citons à ce titre la fameuse tarte aux poils de Mémé (le cunnilingus) ou le personnage de Paulo, qui passe ses journées à réclamer aux différentes femmes du village des faveurs charnelles, dans des termes plutôt fleuris.

Les Vacances chez Pépé-Mémé constitue ainsi une lecture divertissante, souvent cocasse, mais réservée toutefois à un public averti. L’humour, délibérément cru et caustique, ne conviendra pas aux jeunes lecteurs mais ravira sans doute les adultes amateurs d’irrévérence et de dérision. Bien qu’on tombe par moments dans la facilité, il s’agit d’un retour réussi de Guillaume Bouzard dans l’univers déjanté de Fluide Glacial.

Les Vacances chez Pépé-Mémé, Guillaume Bouzard
Fluide glacial, avril 2025, 64 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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