« Les Hautes Solitudes » : la fascination de l’ailleurs

Les Hautes Solitudes : Voyage en pays golok, de Christian Perrissin et Boro Pavlovic, paraît aux éditions Glénat. Cette bande dessinée nous transporte dans les contrées mystérieuses et inhospitalières du Tibet. Récit d’aventures et de découvertes, marqué par des péripéties parfois tragiques, ce premier tome se penche sur deux frères, François et Gabriel, qui matérialisent dans la douleur un projet d’enfance.

Le récit commence par un rêve d’enfance : les frères de la Grézère, fascinés par les histoires des brigands golok et les mystères du Tibet, expriment l’ambition d’explorer, une fois adultes, ces terres inaccessibles. Gabriel ne partage toutefois pas l’attrait de son frère François pour la géographie et l’ethnologie : il aspire à une carrière militaire, influencé par leur père, ancien commandant. Ces aspirations divergentes les mènent finalement, dix-huit ans plus tard, à l’été 1939, aux portes du Tibet interdit. François, désormais géographe, et Gabriel, récemment renvoyé de l’armée, se retrouvent à Kangting, la dernière cité chinoise avant le Tibet.

Kangting est une ville frontière peuplée de missionnaires catholiques, de soldats et de marchands. Les deux frères y découvrent les coutumes locales, comme l’enterrement précipité des morts. On les prévient également contre les préjugés sur les étrangers, qui rendent leur expédition particulièrement périlleuse. « Le Golok tient plus que tout autre Tibétain à sa liberté. Tout étranger, même chinois, est un ennemi potentiel. »

François rencontre d’autres problèmes. Gabriel, marqué par son renvoi humiliant de l’armée, trouve refuge dans la drogue. Sa dépendance affecte son jugement et sa capacité à participer pleinement à l’expédition. En sus, l’armée chinoise essaie de greffer un contingent militaire au périple du géographe. Sauf que François ne l’entend pas de cette oreille. Au contraire, les méthodes expéditives des Chinois le rebutent. Abattant un voleur, ils se justifient de la sorte : « Nous ne pouvons jeter en prison tous les hors-la-loi. Ils sont bien trop nombreux. Pour beaucoup, ce ne serait même pas une punition. La plupart des Tibétains vivent dans un tel dénuement qu’ils seraient trop heureux d’être nourris et logés aux frais de l’administration. »

Les paysages tibétains, avec leurs vallées fertiles et leurs montagnes inhospitalières, font l’objet de représentations somptueuses. Boro Pavlovic donne corps avec talent à ces contrées lointaines, dans lesquelles la petite expédition poursuit finalement son chemin sans escorte militaire, une décision que Gabriel remet en question, craignant les dangers qui les guettent. Les deux frères sont accompagnés de Bao, un veuf sans enfant, souffrant bientôt de maux de tête et de nausées, qui semble chercher dans ce voyage une échappatoire à sa solitude. Le périple est toujours plus marqué par les souffrances physiques et psychologiques, exacerbées par les conditions extrêmes des montagnes tibétaines…

Le récit se base sur le journal de François, dont les pages illisibles laissent quelques zones d’ombre, renforçant le mystère et l’incomplétude de l’aventure. Les Hautes Solitudes : Voyage en pays golok parvient à capter l’essence des grandes aventures littéraires, où les personnages, poussés dans leurs derniers retranchements, finissent finalement par se livrer eux-mêmes. L’ensemble est très convaincant, suffisamment dense pour tenir en haleine le lecteur, et d’une grande beauté visuelle. On attend la suite avec impatience. 

Les Hautes Solitudes : Voyage en pays golok, Christian Perrissin et Boro Pavlovic
Glénat, juin 2024, 64 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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