« L’Élixir de Dieu » : cocktail savoureux

Dans le second tome de L’Élixir de Dieu (Bamboo), intitulé « Deus Ex Alembicus », Gihef et Christelle Galland nous plongent dans une aventure rocambolesque et pleine de rebondissements, au cœur de la Prohibition. Des sœurs de couvent se trouvent ainsi mêlées à des activités illégales pour assurer la survie de leur monastère.

Les sœurs du couvent de Saint-Patrick se voient contraintes de se lancer dans la fabrication et la distribution d’alcool de contrebande pour sauver leur couvent. Cette situation à tout le moins surprenante les place au cœur d’un réseau complexe d’intérêts antagoniques. Dan Carroll et ses associés comptent sur elles pour maintenir leur approvisionnement en alcool. Les autorités et le KKK ont également voix au chapitre. Le contexte de L’Élixir de Dieu immerge le lecteur au plein cœur de la Prohibition et expose les stratagèmes développés pour contourner la loi. 

Dilemmes moraux, dangers, opportunisme, les sœurs, en pleine initiation criminelle, ont également maille à partir avec toute une série d’antagonistes. Le récit de Gihef met en lumière les motivations, vénales ou non, des uns et des autres. Il se penche plus avant sur la trajectoire de certains personnages, à l’instar de Sœur Holly, tiraillée entre sa vie passée et son récent engagement religieux. Cette confrontation entre le sacré et le profane, le légitime et l’illégal, constitue de manière générale la sève dramatique et humoristique du diptyque, dans une formule qui fonctionne parfaitement.

Les illustrations de Christelle Galland jouent évidemment un rôle crucial dans la mise en scène. Son style semi-réaliste restitue très bien l’atmosphère des années 1920. Porté par une grande pluralité de personnages et d’intrigues, L’Élixir de Dieu n’est aucunement réductible à ses aspérités comiques, pourtant bien réelles : au contre-emploi des bonnes sœurs s’ajoutent des propos sur l’hypocrisie religieuse, le racisme, la contrebande d’alcool et même les affaires financières, apportant une grande densité à l’ensemble.

Les coups de théâtre et les retournements de situation, nombreux et bien orchestrés, tiennent le lecteur en haleine et témoignent d’une conclusion bien ficelée, entre comédie, thriller et action. Gihef et Christelle Galland auraient même pu aller plus loin, à notre sens, tant le matériel de base permettait de partir dans de nombreuses directions.  

L’Élixir de Dieu : Deus Ex Alembicus, Gihef et Christelle Galland 
Bamboo, mai 2024, 64 pages 

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

Le plus grand petit détective du Japon file à moto aux côtés de Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent », pour traquer un bolide fantôme sur les routes de Yokohama. Un thriller survolté porté par son héroïne et un final à tombeau ouvert, mais dont l'enquête cousue de fil blanc peine à passer la seconde.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Foucault disparaît » : suivre une pensée en mouvement

Dans "Foucault disparaît", Paul Auer et Benoît Schupp ne résument pas l'œuvre du sociologue et philosophe français : ils racontent un homme happé par les livres autant que par les luttes de son temps. À l’occasion du centenaire de sa naissance, ce roman graphique fait du mouvement intellectuel, politique et physique (la Tunisie, par exemple) le fil rouge d’un portrait nécessairement partiel.

« Propaganda » : le consentement par les mots

Dans "Propaganda, l’art de manipuler l’opinion", Françoise Ruscak et Maxime Belloche transforment l’essai d’Edward Bernays, paru en 1928, en un récit dessiné accessible et malicieusement dialogué. Une jeune stagiaire en communication y rencontre le fantôme du théoricien des relations publiques : l’occasion d’éprouver ses idées à l’aune d’un siècle de bouleversements médiatiques.

« La Bataille du glyphosate » : un scandale sanitaire

Aurore Gorius et David Lopez publient aux éditions Steinkis un livre-enquête sur le glyphosate.