Gérardmer 2026 : Veuf éploré, Stoners anthropophages, Pissenlits survivalistes et French Dreamer envieux
Gérardmer 2026 : les vertiges de la maternité et le poids des origines, en toutes langues, allemande, anglaise et indonésienne
Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
Accueil A Lire BD Mangas PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jonathan Fanara Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray Avec Le Vase de cristal, Astrid Goldsmith inscrit son récit familial dans une histoire collective plus vaste : celle des Juifs européens du XXᵉ siècle, déplacés, dispersés, parfois détruits. À la mort de sa grand-mère Gisela, juive allemande installée à Fribourg, Astrid, 34 ans, se voit confier la tâche de vider l’appartement familial. Elle entreprend le voyage en van depuis la Belgique, rejointe en route par son père. Ce déplacement – Belgique–Allemagne – sert de cadre au récit : un road-trip sobre, sans romantisation, fait de silences pesants et de conversations tardives, où père et fille tentent de réparer une relation abîmée. L’album est structuré en sept phases du deuil (choc, déni, colère, marchandage, dépression, résignation, acceptation), une variation personnelle autour d’un modèle classique. Bibelots, tapis, photographies, papiers administratifs : les objets deviennent des déclencheurs de mémoire. Ils imposent leurs récits. Peu à peu, le père se met à parler. À travers lui émergent les fragments d’une histoire familiale marquée par la persécution nazie et l’exil forcé. Gisela est envoyée enfant en Angleterre en 1937, renvoyée en Allemagne l’année suivante, confiée ensuite à un oncle aux Pays-Bas, avant une fuite vers l’Afrique australe. Elle connaîtra l’Afrique du Sud, le refoulement administratif, puis la Rhodésie, avant de finir sa vie en Allemagne. D’autres membres de la famille n’ont pas survécu à la Shoah. Certains ont pu partir. D’autres ont disparu. Astrid Goldsmith ne se contente pas de rappeler l’antisémitisme structurel de l’Allemagne nazie ; elle montre ses prolongements contemporains, les traces persistantes du rejet. Mais elle ne blanchit pas non plus son propre héritage colonial : ses grands-parents ont profité du système rhodésien, participant, même indirectement, au maintien des populations noires dans la pauvreté. Le livre tient ensemble ces deux réalités – persécution et privilège. Il est évidemment question de la matérialité du deuil. Vider un appartement est un exercice brutal : décider ce qui mérite d’être conservé, transmis ou jeté. Les objets portent un poids que les générations suivantes ne savent pas toujours accueillir. Pour Astrid, ils constituent une archive silencieuse. L’album souffre toutefois d’une densité familiale parfois excessive : malgré l’arbre généalogique proposé, la multiplication des personnages et les allers-retours temporels rapides peuvent désorienter. Cela relève toutefois du détail, et Le Vase de cristal témoigne parfaitement d’une destinée juive européenne fracturée par la guerre, qui continue de modeler les descendants. À travers un appartement vidé, c’est une lignée dispersée qui se fait jour. Un récit intime, traversé par l’Histoire, celle où le malheur des Juifs s’érige en une force structurante pour ceux qui y survivent. Le Vase de cristal, Astrid Goldsmith Steinkis, 29 janvier 2026, 208 pages Note des lecteurs0 Note3.5