« Le Premier Dumas » : déchéance et postérité

Dans le troisième et dernier tome du Premier Dumas, Salva Rubio et Ruben Del Rincon racontent la fin de vie tumultueuse d’Alexandre Dumas, père de l’auteur des Trois Mousquetaires. Publié aux éditions Glénat, l’album revisite l’histoire de cet ancien esclave devenu général de l’armée française, et sa rivalité avec Napoléon Bonaparte…

Né en Haïti d’un père noble blanc et d’une mère esclave, Alexandre Dumas choisit de s’engager dans l’armée révolutionnaire, abandonnant son nom de famille et gravissant les échelons par ses seuls mérites militaires. À force de courage et de stratégie, il se hisse au rang de chef de l’armée occidentale en 1794. 

Le troisième tome du Premier Dumas se nourrit de sa rivalité avec Napoléon Bonaparte. Alors qu’il a combattu pour la République, se distinguant non seulement par son habileté sur le champ de bataille mais aussi par ses opinions, Dumas va s’opposer à Bonaparte – et notamment lors de la campagne d’Egypte et au sujet des politiques esclavagistes. Là-bas, Dumas, alors commandant de la cavalerie, combat héroïquement pour la prise du Caire, mais se marginalise peu à peu en raison de ses idées contestataires. Accusé de sédition, l’homme va être menacé d’exécution par Bonaparte lui-même, illustrant la profonde divergence de valeurs entre les deux hommes.

Dans ce tome, l’expédition en Égypte met en lumière les défis auxquels les soldats français sont confrontés. Les troupes de Bonaparte, peu préparées aux réalités locales, se retrouvent face à une culture et des pratiques militaires radicalement différentes des leurs. Cette partie du récit explore non seulement les batailles sanglantes, mais aussi les violences subies et commises, comme les viols et les pillages, qui marquent profondément les relations entre Français et Égyptiens. 

Capturé à Naples, Dumas va vivre des moments difficiles, douloureux, au cours d’une captivité qui va porter atteinte à sa santé. La déchéance physique et morale qui l’afflige contraste alors fortement avec l’image du héros militaire. Pourtant, même dans ces conditions, l’ancien soldat reste un symbole de résilience. 

Bien ficelé, articulé autour d’une rivalité ardente, cet album de Salva Rubio et Ruben Del Rincon contribue à redonner à Alexandre Dumas la place qu’il mérite dans l’Histoire de France. Un militaire exemplaire, doté d’une conscience politique et prêt à défendre ses convictions progressistes au mépris du danger.

Les auteurs mettent en exergue les luttes contre le racisme, l’esclavage et les ambitions despotiques de l’époque. Dumas et Bonaparte illustrent en fait deux visions opposées du monde : l’une fondée sur l’égalité et la liberté, l’autre sur la domination et l’ambition personnelle. Ce troisième tome, qui clôt avec brio une série de grande qualité, le montre parfaitement.

Le Premier Dumas (Tome 3), Salva Rubio et Ruben Del Rincon
Glénat, septembre 2024, 56 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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