« La Petite Lumière » : esseulés

La Petite Lumière est une adaptation graphique du roman éponyme d’Antonio Moresco, publiée aux éditions Delcourt. Grégory Panaccione y raconte l’histoire d’un homme vivant en solitaire dans un hameau abandonné et intrigué, chaque soir, par une petite lumière perdue dans la forêt, juste en face de chez lui…

La Petite Lumière est un récit d’une rare poésie qui, sous des apparences simples, évoque des thèmes universels et profonds. La transposition du style minimaliste et poétique d’Antonio Moresco en images s’effectue sans accrocs. Coutumier des bandes dessinées muettes, Grégory Panaccione trouve un équilibre subtil entre la dimension contemplative et méditative de son récit et les échanges naissants entre un vieil homme et un enfant surnommé « Mastic ».

La relation entre ces deux (et presque seuls) personnages est explorée avec sensibilité. Isolés dans une solitude qui leur est propre, ils vont s’éveiller l’un à l’autre. Leur rencontre, mâtinée de mystère et de fragilité, met en exergue la curiosité et la prévenance du vieil homme envers « Mastic », un enfant esseulé qui se prend entièrement en charge, cela allant de la nourriture à l’entretien du domicile en passant par la vie scolaire.

Avec ses dessins expressifs et ses jeux sur les contrastes, Grégory Panaccione enfante une atmosphère douce-amère, qui semble porteuse d’intentions contraires. Plus généralement, il invite à interroger la place de l’homme dans une nature qui l’englobe et le surplombe, tout en sondant le sens de la vie et notre rapport aux autres.

Ainsi, la nature, véritablement omniprésente (ses bruits inquiétants, ses couleurs envahissantes, ses animaux déstabilisants), tantôt inquiétante tantôt réconfortante, s’érige en personnage à part entière, offrant le cadre propice dans lequel les deux protagonistes évoluent et se rencontrent. Son immensité pourrait s’appréhender comme un rappel constant de notre petitesse et de notre vulnérabilité face au monde environnant.

Grégory Panaccione parvient à aborder des thèmes complexes et universels sans jamais alourdir son récit. La simplicité de l’histoire et de la construction dramatique rendent la lecture de La Petite Lumière fluide et agréable, mariant avec succès une certaine légèreté et une poésie indéniable. Il est par ailleurs à noter que les ovnis et les fantômes se voient convoqués dans un récit d’un réalisme et d’une pudeur pourtant remarquables. Ces deux derniers points transparaissent d’ailleurs clairement quand il s’agit de se pencher sur l’état émotionnel du jeune garçon, apparaissant inconsolable… en raison de ses piètres résultats scolaires. De la hauteur et du terre à terre, en somme.

La Petite Lumière, Grégory Panaccione
Delcourt, mai 2023, 248 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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