La guerre clanique continue dans « Les 5 Terres »

Neuvième tome de la série Les 5 Terres, « Ton rire intérieur » paraît aux éditions Delcourt. Le collectif de scénaristes Lewelyn et le dessinateur Jérôme Lereculey continuent sur leur (belle) lancée, entre conflits claniques, deuil et péripéties déroutantes.

« Ton rire intérieur » ne perd rien de la choralité et des arcs narratifs qui se succèdent, en alternance, dans la série Les 5 Terres. Une fois encore, le collectif de scénaristes Lewelyn et le dessinateur Jérôme Lereculey optent pour un récit très découpé, effectuant des bonds d’un espace à l’autre, pour y dévoiler les intrigues du moment. Sans grande surprise, la rivalité entre le clan du Sistre et celui du Coucal occupe une place prépondérante dans l’album. « On a tapé assez fort pour lui démolir la confiance », pensent les adversaires d’une Alissa apparaissant plus que jamais diminuée. Les rumeurs vont en effet bon train sur son compte : elle a renvoyé les anciennes, songerait à s’allier les services de recrues issues du Tillandsia mais diviserait surtout au sein de sa propre communauté, comme en témoignent les altercations avec Mana. À moins que…

Thori, de son côté, ne ménage pas sa peine. Elle s’entraîne vaille que vaille quand elle ne fait pas des heures supplémentaires au restaurant. La maladie de son fils, son traitement hors de prix la poussent dans ses derniers retranchements mais contribuent surtout à révéler les dessous d’une personnalité caractérisée par l’abnégation, l’amour maternel et la résilience. Teruo et Ostue semblent quant à eux en bien mauvaise posture dans une jungle hostile. Ils vont faire la rencontre de Kauri, qui leur livre les secrets de la jungle et de son au-delà, tout en précisant la nature des menaces auxquelles ils s’exposent. C’est ainsi que les différents protagonistes évoluent, parfois par petites touches, selon un canevas narratif que l’on pourrait schématiser comme suit : A1+B1+C1 / A2+B2+C2 / A3+B3+C3…

Neuvième tome d’une série se définissant par sa qualité et sa richesse, « Ton rire intérieur » comporte un final explosif et quelque peu inattendu. Il se penche par ailleurs sur les divisions et appétits claniques, reprenant à son compte certaines des théories machiavéliennes. Le sens de l’honneur, de même que celui de la famille, s’y voient mis en exergue, tandis que les aspirations des uns se voient contrariés par la roublardise des autres. Assez bavard, toujours aussi brillamment mis en vignettes (cette magnifique pleine page 40), cet épisode n’en demeure pas moins passionnant, et parfois au détour de séquences pouvant pourtant paraître plus anecdotiques. On pense par exemple à Shin Taku cherchant à réformer, à sa façon, des modes opératoires avec lesquels il n’est pas forcément en accord.

Vivement la suite.

Les 5 Terres : Ton rire intérieur, Lewelyn et Jérôme Lereculey
Delcourt, octobre 2022, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Agnès la Chevaleresse » : la fantasy à la langue bien pendue

Avec "Agnès la Chevaleresse", Damien Geffroy se délecte des mythes de l’heroic fantasy. Pièce après pièce, avec une jubilation fortement communicative, il imagine un récit entre satire des histoires chevaleresques, héroïne obstinée et vieux mentor plus porté sur la chopine que sur l’honneur. L’auteur livre aux éditions Fluide Glacial une aventure légère, drôle et souvent irrésistible.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : l’Amérique au carrefour des fortunes

À l'heure où Wall Street commence à façonner le monde moderne, un adolescent en fuite croise la route d'un vagabond qui lui apprend à regarder l'Amérique autrement. Avec "Baby Boxer Banker", premier volet de La Vie extraordinaire d'Arizona Joe, Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour signent un récit d'initiation où l'aventure se mêle à la filiation, la liberté et les promesses contradictoires du rêve américain.

« Bêtes comme nous » : quand les animaux deviennent humains

Un escargot super-héros qui met deux semaines à sauver New York, des moutons grégaires militants ou encore une araignée dépressive parce que son costume de super-héros ne trompe personne : avec Bêtes comme nous, MO/CDM bâtit un bestiaire dont les pièges, souvent, relèvent des caractéristiques biologiques des protagonistes. Une idée simple, parfois exploitée jusqu’à l’usure, mais qui donne naissance à un recueil de gags souvent réjouissants.