« La Buse » : le forban et son trésor

Peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’Académie des Arts et Sciences de la Mer, le très prolifique Jean-Yves Delitte publie le premier tome de La Buse aux éditions Glénat. Pirates et trésors en forment la matrice.

Dès la fin du XVIIe siècle, les actes de piraterie connaissent une brusque recrudescence. Quelques corsaires désabusés profitent des accalmies sur le front militaire pour se lancer dans une vaste entreprise de flibusterie : ils jettent leur dévolu sur le commerce maritime, porteur de richesses ardemment convoitées. Scénariste et dessinateur, Jean-Yves Delitte prend le parti de revenir sur l’un d’entre eux, à travers l’histoire d’Olivier Levasseur, plus connu sous le pseudonyme de La Buse, que l’on retrouve condamné à mort en début d’album pour piraterie et forfaitures.

« Il puait le bouc et avait une vilaine balafre à la joue… » C’est de cette manière que La Buse est décrit par les tenants d’un comptoir mal protégé dont il vient de gréver les trésors. Des vaisseaux anglais, espagnols ou français tentent de faire bonne figure en écumant les mers, entretenant ainsi l’illusion d’une autorité maritime, mais cela ne trompe personne : La Buse et ses pairs ont désormais pignon sur rue. Une partie d’entre eux a d’ailleurs trouvé refuge à Libertalia, une colonie sise dans le nord de la grande île de Madagascar, et constituée d’hommes en rupture de ban et des femmes de petite vertu.

Ce premier tome de La Buse, intitulé « La Chasse au trésor », s’intéresse plus spécifiquement aux richesses du Nossa Senhora do Cabo. L’île de la Réunion est devenue, depuis l’arrivée des Français, un point de mouillage pour de nombreux navires. Ce vaisseau portugais y fait une escale forcée. Une fois immobilisé, privé de ses moyens de défense, il voit les pirates partir à l’assaut de son trésor, accumulé depuis une dizaine d’années par le vice-roi des Indes orientales. La dernière partie de l’album montre la sidération des Portugais devant l’audace de La Buse, qui s’empare d’une embarcation lui promettant un avenir radieux.

Expert dans les représentations maritimes, Jean-Yves Delitte ne manque pas non plus de se pencher sur ce qui anime ses protagonistes. La Mouche et le Breton expriment un appétit grandissant à l’égard des avoirs cachés de leur capitaine. Il n’en faut pas plus pour qu’une partie de l’équipage ne se mette à philosopher au sujet de partage. Le socialisme avant l’heure. Parmi les chasseurs de pirates, c’est l’éloignement du pays qui éreinte les volontés et plonge les esprits dans la mélancolie. Ne trouvant pas la place propice à de longs développements (48 pages), ces radiographies de la nature humaine contribuent toutefois à élever le propos de ce bel album.

La Buse : La Chasse au trésor, Jean-Yves Delitte
Glénat, novembre 2022, 48 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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