« Gone »: un space opera sombre

Avec Gone, Jock propose aux éditions Delcourt un one-shot de science-fiction aux accents prononcés de survival thriller. L’album donne lieu à une authentique immersion graphique et comporte une critique acerbe des inégalités sociales et des mécanismes d’oppression.

Abi, 13 ans, survit péniblement avec sa mère sur une planète ouvrière, où la population ne subsiste que grâce aux réparations apportées sur des vaisseaux spatiaux. Son quotidien ? Des raids pour voler de la nourriture à bord des luxueux engins de croisière interstellaires. Mais lors d’une expédition rendue d’autant plus urgente par la grossesse de sa mère, un événement inattendu fait d’elle la passagère clandestine d’un gigantesque vaisseau. Pendant des années, elle va parcourir les entrailles de l’engin spatial, explorer ses conduits, et se soustraire à la vigilance de gardes à la gâchette facile et aux scrupules inexistants.

Jock esquisse dans son œuvre une critique des inégalités sociales : les passagers oisifs, privilégiés, contrastent avec les prolétaires des soutes. Mais cette dichotomie riche/pauvre reste malheureusement superficielle : elle est reléguée au second plan par des séquences d’action quelque peu répétitives. Avec Abi, l’auteur portraiture un personnage féminin fort, indépendant, capable de résilience et d’abnégation. Mais les personnages secondaires – notamment les saboteurs – manquent quant à eux de profondeur. Ils sont interchangeables et souvent réduits à des archétypes. 

Gone peine alors à trouver son équilibre. D’un côté, des cases très immersives au cœur des entrailles mécaniques du vaisseau, avec des clairs-obscurs maîtrisés et des visuels hyper-soignés. De l’autre, un rythme soutenu mais non sans à-coups, avec des enjeux insuffisamment développés. Ainsi, la seconde moitié du récit procède par exemple par des ellipses frustrantes. 

Avec Gone, Jock signe une œuvre paradoxale. Le format choisi met en valeur son art souvent somptueux, que la galerie présente en fin d’album ne fait que magnifier. Mais le scénario, bien que porté par une héroïne attachante, échoue à concrétiser ses thèmes ambitieux. Du coup, le lecteur reste sur sa faim, saluant les bonnes idées mais regrettant leur traitement lacunaire. 

Gone, Jock
Delcourt, janvier 2025, 168 pages

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4

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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