« George Washington » : de la guerre d’Indépendance à la présidence

Victor Battaggion et Michael Malatini publient aux éditions Glénat une bande dessinée consacrée à George Washington. Documentée, complétée par un dossier pédagogique, enrichie par le spécialiste de l’histoire des États-Unis Farid Ameur, cette dernière nous propose de découvrir l’homme derrière le mythe, celui qui fut à la fois général, chef de guerre et premier président des États-Unis.

« La vallée de l’Ohio appartient à sa Majesté George II. Il faut à tout prix chasser les Français de là, avant qu’ils ne contrôlent complètement la région de la Belle-Rivière. Leur présence est non seulement un danger pour nos colonies, mais aussi une insulte à notre encontre. »

L’album de Victor Battaggion et Michael Malatini s’ouvre sur un conflit, en 1755, qui voit George Washington, alors au service de la Couronne britannique, tenter de prendre le Fort Duquesne aux Français. Une double page donne à voir des batailles armées se déroulant en pleine forêt, et l’énième désastre subi par les troupes britanniques. La rivalité entre les puissances européennes sur le sol américain est alors à son comble. Et pour éponger les dettes générées par la Guerre de Sept ans, la Grande-Bretagne impose ensuite des taxes sur le sucre et le papier timbré, contre lesquelles s’insurgent les treize colonies. « Taxations, mépris, frein à l’expansion vers l’Ouest » : voilà comment est perçu, à la veille de l’Indépendance, le pouvoir colonial en Amérique, surtout après le terrible massacre de Boston.

L’oppression fiscale et la répression brutale par les Britanniques sont décrites dans l’album comme des catalyseurs de la révolte. L’ambiguïté règne d’ailleurs autour de la condition des colons, entre sujets et esclaves. Cela aboutit assez logiquement à la création d’une association continentale et à la formation de milices. George Washington, malgré ses doutes sur ses compétences à diriger, accepte le poste de Commandant en chef de l’armée continentale, et avec lui émerge une conscience nationale américaine. Désormais, Américains et Britanniques vont s’affronter en frères ennemis, malgré une asymétrie des moyens.

Car les auteurs décrivent parfaitement l’état désastreux de cette armée américaine naissante : des rangs clairsemés, des soldats diminués par les blessures, la fatigue et le manque de ressources. Malgré les nombreuses défaites et les replis réguliers face aux attaques britanniques, George Washington et ses troupes persistent avec une ténacité remarquable. La double page de la traversée du Delaware au lendemain de Noël 1776, illuminée par la lune et les bougies, montre toute la fragilité et la détermination des troupes américaines.

D’autres événements importants sont mentionnés dans cette bande dessinée : la venue du marquis de La Fayette, ainsi que l’appui des troupes françaises, marque une inflexion positive pour les insurgés. Mais les tensions internes ne disparaissent pas pour autant : l’armée manque de tout, la discipline vacille et Horatio Gates menace de remplacer George Washington. Ce dernier est pourtant parvenu à raisonner ses hommes, courroucés par l’attitude méprisante que le Congrès leur réservait. La conclusion du récit conduit naturellement à la Convention de Philadelphie, la signature de la Constitution et l’élection de George Washington à la présidence des États-Unis. La bande dessinée met en avant non seulement les victoires militaires, mais aussi l’importance de la création d’un État fondé sur l’équilibre des pouvoirs.

En nous montrant un Washington parfois hésitant et accablé par le doute mais tenace et fidèle à ses convictions, les auteurs le rendent plus humain. Victor Battaggion et Michael Malatini façonnent ensemble une fresque qui réussit à restituer toute la complexité de ce personnage historique, qui a accompagné la lutte pour l’indépendance américaine. Ils concluent par un dossier pédagogique qui permet de creuser plus avant les événements décrits dans l’album.

Washington, Victor Battaggion et Michael Malatini
Glénat, octobre 2024, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Le cinéma dans la peau, de l’écran à la plume

Le cinéma est un langage construit, 24 mensonges par seconde, et écrire sur lui est une manière de prolonger cette fabrication tout en se découvrant soi-même. Que représente le cinéma ? Comment le traduire par des mots ? Qu’est-ce que l’exercice révèle de soi ? À travers ces témoignages personnels, les rédacteurs du Mag du Ciné explorent leur relation intime à l’écriture critique, entre perception, émotion et identité.

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet. 

« Mudlarks » : l’enfance de Dickens

En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.