« BRZRKR », second acte

Généreuse combinaison de mythologie et d’ultra-violence, le deuxième tome de la série BRZRKR réussit là où tant d’autres échouent : transporter le lecteur à travers une symphonie d’action sans tomber dans la trivialité primaire. La scénarisation de Matt Kindt et de Keanu Reeves donne de l’épaisseur à leur héros, tandis que le trait vif de Ron Garney ne recule devant aucune vision, gore ou iconique.

Ce deuxième volume de BRZRKR ne se réduit aucunement à un simple divertissement visuel, malgré l’apparat déployé autour de ses scènes les plus spectaculaires et sanglantes. Il se propose aussi d’explorer les profondeurs de son protagoniste, un guerrier immortel soucieux de renouer avec un passé pour partie oublié – mais surtout de mettre fin à une existence absurde et dépourvue d’attache.

Le retour progressif de la mémoire lui confère une complexité bienvenue, qui déplace le curseur de la simple violence vers une méditation sur la longévité, la mort et les démons intérieurs. L’intrigue nous fait subtilement naviguer entre passé et présent, incitant le lecteur à réévaluer continuellement son appréhension du personnage. L’équilibre réussi entre les scènes d’action haletantes et les moments plus introspectifs sert habilement l’immersion.

Le récit questionne, à rebours des intentions super-héroïques habituelles, le concept d’immortalité, d’ordinaire convoité et ici rejeté. Il dépouille ce fantasme de son éclat superficiel pour en révéler la gravité et les dilemmes éthiques et existentiels. Par un subtil jeu d’exposition et de révélation, ce tome intermédiaire aborde les limites physiques mais surtout émotionnelles d’une vie sans fin, dépeignant l’usure et l’épuisement psychologique qui accompagnent une telle existence.

D’un point de vue graphique, Ron Garney nous gratifie ici d’un dessin un peu plus sobre, mais tout aussi expressif. Il ne nous épargne pas ses visions chocs – un écartelage par exemple – mais le lecteur sort de cette lecture plus ménagé que dans le précédent opus – ce qui s’explique peut-être par une sorte d’habituation. Le tome ne laisse pas en reste les interrogations latentes concernant son univers. La relation entre son héros et les instances qui prétendent l’aider s’avère nuancée et riche en suspense, entre confiance et manipulation.

Ce second tome de BRZRKR s’inscrit dans les pas de son prédécesseur, en se plongeant dans une quête introspective autour de son personnage principal. Plus qu’une simple vitrine pour des scènes de combat épiques, la série saura peut-être résister à l’épreuve du temps en poussant plus avant la caractérisation de son guerrier immortel. Cela, c’est la suite qui le confirmera, ou non.

BRZRKR, Keanu Reeves, Matt Kindt et Ron Garney
Delcourt, septembre 2023, 144 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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