« American Parano » : enquête policière à San Francisco

Dans American Parano : Black House (Dupuis), Hervé Bourhis et Lucas Varela plongent le lecteur au cœur d’une intrigue policière complexe, prenant pour cadre le San Francisco de la fin des années 60. Une enquête sur un meurtre mystérieux permet de radiographier les dynamiques sociétales de l’époque et de donner une certaine épaisseur aux personnages. 

Le contexte historique et géographique dans lequel s’inscrit American Parano : Black House constitue sans nul doute l’une des principales richesses de cette bande dessinée. San Francisco, avec son Golden Gate et ses quartiers pittoresques, offre au récit un cadre idoine, empreint des tensions de l’époque. La fin des années 60 est en effet marquée par l’émergence du mouvement Flower Power, le développement des contre-cultures et un climat social en pleine ébullition. L’intrigue policière qui sert de fil conducteur est en sus dirigée par une femme, au grand dam de ses collègues masculins, peu enclins à la laisser marcher sur leurs platebandes. Les auteurs exploitent avec talent cette ambiance particulière, entre conservatisme crispé et soif de liberté ambiante.

L’intrigue centrale d’American Parano : Black House débute par la découverte macabre d’une jeune femme assassinée, son corps marqué d’un pentagramme inversé. Ce symbole, loin d’être un simple détail, oriente immédiatement l’enquête vers le mystérieux Baron Yeval, figure notoire du culte satanique, absent au moment des faits. Les protagonistes, le lieutenant Ulysses Ford et l’inspectrice Kimberly Tyler, dont les rapports ont quelque chose de filial et de touchant, se retrouvent aussitôt plongés dans un univers où le mysticisme et la noirceur humaine se côtoient. 

Le personnage de Kimberly, inspectrice faisant ses premiers pas dans un milieu viriliste, permet d’introduire des thématiques liées à la misogynie et aux préjugés de genre. Sa rencontre avec le Baron Yeval, individu aussi charismatique que dérangeant, n’est pas sans rappeler celle de Clarice Starling avec Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. L’interaction entre les deux personnages suppose en effet une part de manipulation, de mystères à percer et un mélange de fascination-répulsion. Une fois encore, l’ambiance de l’époque, avec ses mouvements sectaires et ses changements sociaux, enrichit considérablement le récit, puisqu’elle est déterminante quant au culte concerné.

Sur le plan graphique, le travail de Lucas Varela se caractérise par un style semi-réaliste allié à une mise en couleurs flatteuse, restituant avec soin ces fameuses années 60 tout en duplicité. La sobriété du trait, l’esthétique soignée contribuent pleinement à immerger le lecteur dans l’histoire. En cela, American Parano : Black House initie un diptyque prometteur, qui parvient à un équilibre satisfaisant entre toutes ses composantes. Kimberly est appelée à faire son trou dans la police, malgré l’hostilité de ses collègues, tout en affrontant un passé filial que l’on devine lourd et en démêlant le vrai du faux dans l’enquête qu’elle mène. 

American Parano : Black House, Hervé Bourhis et Lucas Varela 
Dupuis, mars 2024, 64 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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