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« Almudena » : un été initiatique entre exil et identité

Jonathan Fanara Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray

Les éditions Delcourt publient Almudena, de Samuel Teer et Mar Julia. Un récit aux enjeux identitaires, familiaux et sociaux significatifs, qui s’entremêlent au contact d’une adolescente de 14 ans.

Lorsqu’Almudena, quatorze ans, apprend qu’elle va devoir passer l’été chez son père qu’elle n’a jamais rencontré, c’est une véritable onde de choc. Son quotidien s’est toujours traduit par la présence exclusive de sa mère, danseuse aujourd’hui absorbée par sa carrière. Elle se retrouve envoyée malgré elle chez un père inconnu, dans une communauté où elle n’a jamais mis les pieds et dont elle ne parle même pas la langue. La surprise est double : non seulement ce père, Xavier, ne correspond en rien à l’image idéalisée qu’elle s’était forgée, mais la maison qui doit l’accueillir est un chantier en ruines. Ce qui s’annonçait comme l’été le plus ennuyeux de sa vie pourrait prendre une tournure des plus inattendues…

Derrière la trame d’un été aux airs de rite de passage, Almudena explore la question de l’identité avec une grande sensibilité. L’adolescente croyait être d’origine mexicaine, avant de découvrir qu’elle est en réalité guatémaltèque. Ce détail ébranle d’emblée ses repères, puisqu’elle s’était associée à toutes sortes de représentations fausses. Manquant d’ancrage, Almudena se retrouve confrontée à une part d’elle-même dont elle ignorait tout. Cette révélation, qui aurait probablement pu être développée avec plus de profondeur, soulève néanmoins des questions importantes sur la construction identitaire et l’héritage familial.

Le langage a évidemment son importance dans ce processus. Almudena et son père ne partagent pas une langue commune, ce qui complique leur relation naissante. Mais cette barrière devient rapidement un moteur narratif : elle implique de recourir à une interprète, la nouvelle petite amie de son père, et montre qu’à travers des efforts, des maladresses et des silences chargés de sens, ils finissent par tisser un lien. En outre, en situant l’histoire dans une grande ville américaine marquée par la diversité, Samuel Teer et Mar Julia évoquent aussi un phénomène urbain de plus en plus prégnant : la gentrification. Xavier vit dans un quartier hispanique en plein bouleversement. L’augmentation des loyers pousse les familles modestes à quitter ces espaces qu’elles habitaient depuis des générations.

Parmi les nombreux sujets évoqués, l’homosexualité est traitée à travers deux personnages : une femme qui a coupé les ponts avec ses anciennes amies et un jeune homme qui peine à faire son coming-out. Ces histoires secondaires sont introduites progressivement et permettent de donner à l’album une densité plus importante. Almudena, qualifiée ironiquement de « contrefaçon » (elle n’a d’hispanique que le physique), met les pieds dans un milieu en pleine mutation : les familles, les villes, les sexualités s’affirment ou se redéfinissent sous ses yeux. 

Sur le plan graphique, Almudena adopte un style doux et accessible, s’inscrivant dans la veine de nombreuses œuvres destinées au public young adult. Les dessins privilégient la lisibilité et l’expression des émotions, avec un usage intéressant des couleurs chaudes qui renforcent l’atmosphère estivale et immersive du récit. Elle aborde des thèmes intéressants et pertinents – identité, immigration, barrière linguistique, homosexualité, gentrification –, bien que leur traitement reste parfois en surface. L’album constitue ainsi une introduction douce à des thématiques et des réflexions importantes. 

Almudena, Samuel Teer et Mar Julia
Delcourt, janvier 2025, 320 pages

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3.5
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