« L’Atlas mondial des femmes » : état des lieux

L’Atlas mondial des femmes, rédigé sous la direction d’Isabelle Attané, Carole Brugeilles et Wilfried Rault, publié aux éditions Autrement, offre un panorama actualisé sur la condition des femmes à travers le monde en abordant divers aspects socio-économiques, culturels et politiques. L’ouvrage, riche en infographies et en données comparatives, met en lumière les progrès accomplis tout en soulignant les nombreuses inégalités qui persistent, et parfois même s’aggravent, malgré les efforts entrepris suite aux textes internationaux tels que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Cedef) de 1979.

Généreux et transversal, l’ouvrage aborde plusieurs thématiques cruciales quant aux iniquités de genre, comme les écarts de salaires, le partage des tâches domestiques, l’accès à l’éducation et à la santé, mais aussi des problématiques plus contemporaines, telles que les inégalités subtiles qui se cachent derrière certains discours égalitaires. 

Malgré une population mondiale qui compte près de la moitié de femmes, celles-ci restent minoritaires dans certaines régions du monde, et notamment en Asie, en raison de pratiques telles que les avortements sélectifs et la surmortalité féminine, souvent influencées par des préférences culturelles. Les auteurs notent par ailleurs que si l’espérance de vie plus longue des femmes résulte d’un avantage biologique avéré, ce dernier est cependant parfois annulé, dans des pays comme le Pakistan ou l’Inde, en raison des conditions de vie et des soins de santé moins favorables aux femmes.

Sur le plan des droits reproductifs, on constate qu’un grand nombre de femmes vivent dans des pays où l’accès à l’avortement est fortement restreint, voire interdit, notamment dans certaines régions d’Afrique et d’Amérique latine, ce qui conduit à des pratiques d’avortement à risque. Les taux de mortalité maternelle varient quant à eux dramatiquement entre pays riches et pauvres, reflétant les inégalités criantes dans l’accès aux soins de santé de qualité.

Les auteurs mettent également en lumière les violences plus explicites faites aux femmes, notamment les viols et les féminicides, qui varient selon les cultures et les contextes. L’Inde connaît par exemple son lot de meurtres directement liés à la dot, tandis qu’au Mexique, des villes comme Ciudad Juarez sont tristement célèbres pour leurs féminicides et agressions sexuelles de masse. Et même si la parole des victimes se libère peu à peu, de grandes différences persistent quant au nombre de plaintes enregistrées pour viol pour 100 000 habitants en Europe : de 89 en Suède, on passe ainsi à… moins de deux en moyenne en Pologne. 

En matière d’éducation et d’emploi, si des progrès notables ont été enregistrés, des disparités importantes se perpétuent. Dans les pays de l’OCDE, les filles s’en sortent souvent mieux en lecture que les garçons et parviennent à des taux de réussite plus élevés dans l’enseignement supérieur. Cependant, elles sont encore sous-représentées dans des domaines comme l’informatique, les sciences dures et l’ingénierie. Sur le marché du travail, elles continuent d’occuper des emplois moins valorisés et mal rémunérés, le plus souvent à temps partiel, les écarts de salaire entre hommes et femmes restant de ce fait un problème mondial.

L’ouvrage, d’une grande pluralité, s’intéresse également à la représentation des femmes dans les médias, soulignant leur sous-représentation dans les rôles décisionnaires à la télévision et au cinéma. Bien que, une nouvelle fois, certains progrès soient notables, la parité est encore loin d’être atteinte, comme en témoignent les statistiques du Festival de Cannes où les réalisatrices sont encore largement minoritaires parmi les nommés et, a fortiori, les récompensés.

Enfin, l’Atlas mondial des femmes explore d’autres domaines comme le sport, la pauvreté, la sécurité alimentaire et le plafond de verre dans les sphères politique et économique. Il s’agit d’un outil précieux, très pédagogique, pour mieux comprendre les inégalités structurelles auxquelles les femmes continuent de faire face dans le monde entier, sans omettre les avancées et les batailles gagnées pour plus de justice et d’égalité.

Atlas mondial des femmes, Isabelle Attané, Carole Brugeilles et Wilfired Rault
Autrement, octobre 2024, 96 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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