« Joanna Hogg, regards intimes sur l’imaginaire »

La rétrospective Joanna Hogg organisée par le Centre Pompidou en mars 2023 et la masterclasse donnée par la réalisatrice à cette occasion trouvent un parfait prolongement à travers la publication de ce premier ouvrage consacré à une œuvre toute à la fois cohérente et profuse. Collaborateurs à la revue Positif et critiques de cinéma, Franck Garbarz et Frédéric Mercier ont intelligemment associé à l’ambition théorique de l’essai une authentique exploration visuelle et analytique.

S’ouvrant sur un long entretien réalisé par Judith Revault d’Allonnes et Franck Garbarz, l’ouvrage évite la structure chronologique pour se laisser guider par la méthode de la réalisatrice britannique : restituer à la pensée son autonomie créatrice. Le retour sur la méthodologie d’écriture de Hogg située à la croisée de la démarche littéraire et picturale, des mots et des diagrammes, valorise le paradoxe d’une approche qui concilie préservation et ouverture. Car si Hogg fait de l’écriture personnelle le point de départ de son œuvre cinématographique, celle-ci se nourrit des dialogues et échanges qui prennent forme sur le plateau de tournage. Cet art de l’introspection collaborative repose sur une méthode que restitue parfaitement la rigueur et la clarté dont fait preuve cet ouvrage.

Le recours à de nombreux documents de préparation et de tournage (carnet de notes, photographies, dessins) assure une percée inédite à l’intérieur d’une filmographie qui de Unrelated (2007) à Eternal Daughter (2022) trouve sa logique au fur et à mesure de sa construction. En pénétrant cette architecture de l’imaginaire, Garbarz et Mercier rappellent ce que le cinéma de Hogg doit aux autres arts. L’inscription de la filmographie de la réalisatrice dans le domaine plus vaste des arts visuels participe ainsi à valoriser les origines et influences iconographiques (Pieter De Hooch ; Sam Szafran ; Fragonard ; Tom Blackwell) explicitement ou implicitement revendiquées par ses productions (courts comme longs métrages).

Ce jeu de reconnaissance est à la fois soutenu par les propos de la cinéaste et par les analyses des auteurs dans lesquelles la précision descriptive se met au service d’une interprétation ouverte et nourrie de nombreuses observations qui font la part belle aux jeux de composition mais également aux procédés sonores à l’œuvre.

L’ouvrage permet ainsi d’insister sur ce curieux échange entre contrôle et lâcher-prise qui détermine l’originalité de Hogg. L’importance du détail fait écho à une volonté de laisser s’épanouir l’imaginaire et de porter l’objectif de la caméra vers l’au-delà de la raison. Entre les préceptes de Robert Bresson et les théories de Béla Balázs, le néoréalisme et le cinéma-vérité, la poésie de Cocteau et la réflexivité de Kubrick, l’onirisme et le souvenir, le bagage théorique et esthétique de Hogg révèle une volonté de remonter jusqu’aux origines : origines du cinéma(tographe) aussi bien qu’origines de l’image et du son comme matériaux à la plasticité sensible mais impalpable.

Outre sa double-préface signée par Martin Scorsese (producteur exécutif de The Souvenir [2019] et The Souvenir Part II [2021]) et par l’actrice et collaboratrice de longue date de Hogg, Tilda Swinton, l’ouvrage bénéficie d’une mise en page qui ne participe pas seulement à soutenir mais bien à enrichir son propos. Les nombreuses illustrations et le format médium proposés par Carlotta jouent en effet un rôle essentiel dans le plaisir pris à la lecture. Page après page, le lecteur redécouvre les fondations d’une filmographie conçue et bâtie comme dispositif artistique à part entière.

Joanna Hogg. Regards intimes sur l’imaginaire, Franck Garbarz et Frédéric Mercier
Carlotta, mai 2023, 208 pages

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

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