Retour sur plusieurs sorties récentes. Au programme : Les 100 plus grands joueurs de foot des années 2000 à aujourd’hui, Au coeur des terres ensorcelées, le second tome de Don Juan et Thellus : Le Cycle d’Eva Samas.
Les 100 plus grands joueurs de foot des années 2000 à aujourd’hui. Dans son ouvrage Les 100 plus grands joueurs de foot des années 2000 à aujourd’hui, Jens Dreisbach rend un hommage passionné aux footballeurs qui ont marqué l’ère moderne. Publié par les éditions L’Imprévu, ce recueil de portraits brefs et vivants retrace les exploits et les personnalités de certaines icônes du ballon rond, de Lionel Messi à Paul Pogba en passant par Arjen Robben, Manuel Neuer ou Cristiano Ronaldo. L’auteur ne prétend pas à l’exhaustivité : il évoque quelques moments inoubliables associés à ces artistes, qui se sont distingués lors de Coupes du monde, de championnats européens ou de coupes continentales, dont la fameuse Ligue des Champions. Les lecteurs apprécieront le ton léger, divertissant, des textes, qui favorisent l’anecdote plus que l’analyse, dans des pages très joliment illustrées. Les présentations sont courtes mais percutantes, même si quelques faiblesses doivent également être notées. Ainsi, la traduction n’est pas sans scories, nuisant parfois légèrement à l’appréciation du texte (cf. Mats Hummels ou Thomas Müller). De plus, la sélection des joueurs peut – comme souvent – prêter à discussion, avec des omissions regrettables et des choix parfois surprenants. L’ouvrage n’en demeure pas moins intéressant pour quiconque s’intéresse à la redéfinition du libéro moderne par un gardien de but, à l’interprétation de l’espace par des milieux de terrain ou aux exploits techniques d’ailiers virevoltants.
Les 100 plus grands joueurs de foot des années 2000 à aujourd’hui, Jens Dreisbach L’Imprévu, mai 2024, 160 pages
Au coeur des terres ensorcelées. Dans Au cœur des terres ensorcelées, Maria Surducan nous invite à redécouvrir les légendes slaves à travers un conte initiatique illustré avec maestria. Dès les premières pages, le lecteur est émerveillé par la technique de la « carte à gratter » utilisée par la scénariste et dessinatrice, un choix artistique fort, qui enrichit chaque scène d’une texture visuelle bien distinctive. Le conte puise dans le riche réservoir des légendes roumaines et hongroises, territoires mythiques peuplés de créatures magiques et de magiciens métamorphes. La trame narrative suit le jeune héros dans sa quête des pommes d’or, symboles de pouvoir, tout en tissant des liens avec les thèmes plus contemporains, mais aussi liés à la trahison et aux rivalités familiales. On notera également l’intégration de personnages féminins forts et une critique subtile des dynamiques de pouvoir, ce qui donne de la chair à l’ensemble. La manière dont Maria Surducan entrelace les luttes internes des personnages avec les grands affrontements mythologiques crée un récit à la fois intime et épique. Au cœur des terres ensorcelées est une œuvre remarquable qui allie beauté visuelle et richesse narrative, célébrant la capacité des histoires à traverser le temps et à évoluer tout en restant fidèles à leur essence.
Au coeur des terres ensorcelées, Maria Surducan Aventuriers d’ailleurs, mai 2024, 96 pages
Don Juan (T.02) : L’Invité de pierre. Dans ce second tome, Didier Poli, Clotilde Bruneau, Luc Ferry et Diego Oddi nous invitent à sonder le destin de leur protagoniste. Le contexte narratif est particulièrement dense : Don Juan, séducteur impitoyable, incarne l’archétype du libertin amoral, prenant plaisir à semer la souffrance pour son seul plaisir immédiat, transgressant par là les normes éthiques et sociales les plus élémentaires. L’histoire prend cependant une tournure dramatique pour cet antihéros lorsqu’après avoir mortellement blessé le père de Dona Ana – une défense vaine de l’honneur familial –, il s’échappe vers Dos Hermanas. Là, malgré l’imminence d’une union matrimoniale, il ne résiste pas à la tentation de séduire Aminta, témoignant ainsi à nouveau de sa nature égoïste et destructrice. Cependant, la trame narrative de ce second tome atteint son paroxysme lorsque le spectre du père défunt de Dona Ana vient réclamer justice sous la forme d’une statue de pierre, invitant Don Juan à un ultime rendez-vous qui scellera son destin. Plus que jamais, Don Juan est dépeint comme un homme au narcissisme exacerbé, symbole ultime de l’hybris qui défie aussi bien la morale terrestre que céleste, jusqu’à ce que la justice divine, inévitable et impérieuse, le rattrape. L’approche narrative choisie par les auteurs permet de mettre en lumière la perdition inéluctable d’un homme qui, par ses actions déréglées et son mépris des conséquences, incarne la figure du démiurge moderne qui se croit au-dessus des lois communes. Le diptyque ne se contente toutefois pas d’explorer la débauche et la chute d’un homme ; il interroge les fondements de la moralité et les limites de la transgression. Don Juan est ainsi représenté non seulement comme un séducteur, mais également comme un personnage emblématique de la démesure humaine.
Don Juan (T.02), Didier Poli, Clotilde Bruneau, Luc Ferry et Diego Oddi Glénat, avril 2024, 48 pages
Thellus : Le Cycle d’Eva Samas. Le panorama de la bande dessinée de science-fiction est à tout le moins prolifique. Avec Thellus: Le Cycle d’Eva Samas, Simona Mogavino et Carlos Gomez se distinguent toutefois par leur capacité à tisser une trame narrative à la fois dense (voire alambiquée) et haletante. Au cœur d’un univers impitoyable où le vieillissement est banni et le destin scellé à l’aube du cinquantième anniversaire, cette œuvre interroge les abysses de la condition humaine face à l’oppression et la quête de liberté. Eva, protagoniste, voit son périple marqué par des rencontres fortuites et des révélations perturbatrices. Elle s’inscrit dans une structure classique de l’épopée : interactions avec le peuple du serpent, découverte d’un ancien vaisseau spatial devenu prison, etc. Le récit s’enrichit d’une dimension presque archéologique, explorant les strates du passé pour révéler les clefs de l’avenir. Thellus ne se contente pas d’explorer des thèmes éculés, puisqu’il les renouvelle en interrogeant les notions de tyrannie et d’émancipation, de sacrifice et d’espoir, dans un style qui conjugue la précision du détail visuel à la profondeur des enjeux dramatiques. Cet univers s’étend sur deux cycles qui paraissent concomitamment, puisque Kad Moon donne le change à Eva Samas. Ici, Simona Mogavino et Carlos Gomez posent en tout cas les fondations d’une mythologie foisonnante, finement encrée et caractérisée par un bestiaire riche.
Thellus : Le Cycle d’Eva Samas, Simona Mogavino et Carlos Gomez Glénat, mai 2024, 56 pages
Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.
Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.
En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.
Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.
Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.
Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…
Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.
Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Co-rédacteur en chef.
Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray
Rédacteur Cinéma & Séries télévisées.
Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).
De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.
À travers une série d’entretiens d’une remarquable densité, Nicolas Saada propose aux éditions Carlotta une plongée dans les strates invisibles du cinéma, là où se nouent les enjeux entre la technique, l'intuition et le regard.