« Dictionnaire du sang » : vital, culturel, social

Les éditions L’Harmattan publient un généreux et interdisciplinaire Dictionnaire du sang. Jean-François Schved analyse par le menu les multiples réalités que recouvre ce liquide indispensable à la vie humaine et animale. 

Il y a, dans le flot silencieux de nos veines, un univers microscopique en perpétuel mouvement. Au cœur du sang circulent des milliards de cellules portées par un plasma limpide, riche en protéines et en nutriments. Les globules rouges y évoluent en files serrées, transportant l’oxygène vital des poumons jusqu’aux recoins les plus éloignés du corps, tandis que les globules blancs, plus rares, veillent à la moindre intrusion indésirable. Les plaquettes, quant à elles, forment d’ingénieux remparts contre l’hémorragie, scellant chaque brèche. Ensemble, ces éléments forment un alliage vivant, indispensable à la survie, qui distribue l’énergie, protège contre les infections et régule l’équilibre interne. Dans le silence de notre chair, le sang est à la fois sentinelle, messager et bâtisseur, bref un gardien discret de notre santé.

Dans ce sillage, l’ouvrage que signe Jean-François Schved, sobrement intitulé Dictionnaire du sang, apparaît comme un compagnon utile pour quiconque souhaite pénétrer plus avant l’univers passionnant de ce fluide essentiel. Là où certains auraient privilégié le lexique purement technique, l’auteur choisit d’explorer le sang à travers le prisme de plusieurs champs, mêlant subtilement les sciences médicales, l’histoire des idées, la culture populaire, la linguistique ou encore les arts. Il propose ainsi un parcours savant et sensible, où chaque entrée devient une porte d’accès à la richesse symbolique, pratique et imaginaire d’un élément pourtant si familier.

Le Dictionnaire du sang se déploie telle une cartographie des connaissances actuelles. Il nous rappelle que ce liquide indispensable à la vie est aussi un acteur discret de notre histoire culturelle : on y découvre, par exemple, comment l’alcool, intrus furtif, modifie la chimie sanguine, s’insinue dans nos veines et marque notre état de conscience, tout en soulignant les variations individuelles et ethniques liées à sa métabolisation. Ailleurs, c’est le cinéma qui retient l’attention : la façon dont la pellicule, du noir et blanc au numérique, se saisit de la couleur rouge et en fait un langage visuel, un signal dramatique ou une métaphore. 

Le parcours proposé ne s’arrête évidemment pas aux frontières de la médecine ou du septième art. Il s’étend à d’autres domaines, tels que l’opéra, la littérature, le folklore, les proverbes et dictons populaires. Jean-François Schved met ainsi en lumière des expressions courantes, des traditions longtemps transmises, des croyances ancestrales où le sang, tour à tour gage de vie, de parenté, de bravoure ou de tragédie, vient enrichir le langage même des hommes. L’étymologie se mêle aux récits mythologiques, les savoirs anciens croisent les découvertes récentes de la virologie, comme avec le virus Epstein-Barr et le lymphome de Burkitt, témoignant de la longue route de la recherche en hématologie. À travers ces allers-retours historiques, culturels, biologiques ou encore géographiques, le dictionnaire prend une dimension véritablement encyclopédique.

Ce qui impressionne surtout, c’est la cohérence de la démarche : chaque entrée dialogue avec les précédentes et semble construire, brique par brique, le récit du sang. Du rire macabre des films d’horreur aux cérémonies rituelles, des antiques saignées thérapeutiques aux prouesses de la médecine moderne, c’est toute une trame qui se dessine, faisant apparaître le sang comme un miroir singulier de nos valeurs, de nos peurs et de nos aspirations. Ici, on étudie le sang hors des vaisseaux sanguins, en expliquant les causes, les implications cliniques et les traitements disponibles contre l’hémorragie, là on s’intéresse plutôt à son rapport à la musique, notamment dans l’opéra.

En ce sens, ce Dictionnaire du sang embrasse une multiplicité de regards sans jamais perdre de vue son sujet central. On y puise des savoirs, on y rencontre aussi des idées, des sensations, des images et des symboles, qui, mis en résonance, élargissent notre compréhension de ce fluide vital. Le sang apparaît finalement comme un sujet inépuisable, dans lequel se reflètent la physiologie des corps, la complexité des sociétés humaines et la richesse de leurs créations.

Dictionnaire du sang, Jean-François Schved 
L’Harmattan, mai 2024, 266 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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