« Des étoiles dans leurs yeux » : dans l’intimité des Bleus

Dans Des étoiles dans leurs yeux, Philippe Sanfourche, Loïc Tanzi et François Vignolle racontent l’équipe de France depuis ses coulisses, à la fin de l’ère Deschamps, dans la démesure d’une Coupe du monde américaine devenue autant affaire de logistique, d’argent et de communication que de football. Un récit riche en détails et en anecdotes, dont la grande proximité avec les Bleus constitue à la fois la force et la limite.

À quoi ressemble une Coupe du monde lorsqu’on la scrute à revers, derrière le rideau ? À beaucoup de football, évidemment, mais aussi à des hôtels négociés de haute lutte, des déplacements interminables, des organismes épuisés, des sponsors, des communicants, des droits à l’image et des supporters sommés de dépenser des fortunes pour continuer à suivre leur équipe. C’est ce monde parallèle, considérablement amplifié par cette édition américaine, que racontent Philippe Sanfourche, Loïc Tanzi et François Vignolle dans Des étoiles dans leurs yeux, publié chez Robert Laffont.

Didier Deschamps en constitue naturellement l’un des fils conducteurs. Bixente Lizarazu se souvient du jeune joueur dont la réputation dépassait déjà largement son cercle basque : travailleur acharné, précoce, physiquement en avance, habité très tôt par la compétition. On retrouve quelque chose de ce caractère dans le sélectionneur qui, après le traumatisme de Knysna et le passage de Laurent Blanc, a reconstruit les Bleus jusqu’à la finale de l’Euro 2016, au titre mondial de 2018 puis à la finale de 2022.

Le livre est particulièrement pertinent lorsqu’il montre tout ce qui se joue loin du ballon. Trouver le camp de base idéal relève ainsi d’un petit casse-tête diplomatique : assez isolé pour préserver le groupe des médias et des supporters, mais pas trop éloigné des aéroports, des terrains d’entraînement et des stades. À cela s’ajoutent une préparation physique compliquée après des saisons harassantes, des températures états-uniennes pouvant frôler les 40 degrés et la difficulté, forcément cruelle, de réduire l’immense vivier français à vingt-six noms.

Pour le supporter, la démesure est d’abord financière. Le prix des places n’est qu’une partie de l’addition : hébergement, restauration, avions et transports intérieurs ont fait du Mondial américain une aventure particulièrement coûteuse. La grande fête populaire du football devient ainsi, paradoxalement, et de plus en plus, un spectacle peu accessible à ceux qui voudraient la vivre autrement que devant un écran.

Le récit se nourrit aussi des péripéties vécues lors de la compétition : l’interruption prolongée de France-Irak à cause d’un orage, l’adversité rugueuse et ultra-défensive du Paraguay, le retour temporaire de Deschamps en France pour assister aux obsèques de sa mère, jusqu’à la désillusion face à l’Espagne. Michael Olise y apparaît en bonne place, comme l’une des personnalités les plus singulières du groupe, presque un extraterrestre tranquille, partagé avec ses racines anglaises et françaises.

Mais c’est autour de Kylian Mbappé que les limites de cet ouvrage deviennent les plus flagrantes. Le capitaine des Bleus bénéficie d’un chapitre particulièrement flatteur : intelligent, posé, généreux, entièrement tourné vers le collectif, peu préoccupé par les récompenses individuelles et entouré de parents aimants et attentifs, aussi présents pour lui que pour son frère Ethan. Le portrait finit par frôler l’hagiographie.

Non que ces qualités soient contestables, mais le contrechamp manque. Les investissements de Mbappé sont évoqués sans que soit réellement interrogé, par exemple, le cas du Stade Malherbe de Caen et ses difficultés sportives. Le sujet n’appelait évidemment pas une enquête parallèle, mais quelques aspérités auraient donné davantage de relief au propos général.

Les passages consacrés à la communication sont heureusement plus stimulants. Les internationaux disposent désormais de leurs propres réseaux sociaux, de leur entourage et de professionnels chargés de contrôler leur image, tout en continuant à avoir besoin des médias traditionnels, qui conditionnent beaucoup leur aura publique. Même tension autour des droits à l’image : Mbappé et d’autres joueurs ont pu refuser d’être associés à certains secteurs, notamment les paris sportifs ou la malbouffe, alors que les contrats passés avec la Fédération permettent aux marques de contourner partiellement ces réticences. En gros, arguent les auteurs, il suffit de passer par la FFF pour disposer à moindres frais de l’image d’un joueur qui, autrement, aurait peut-être refusé de s’associer avec une marque. 

Le politique n’est jamais très loin non plus. De la popularité de Jacques Chirac pendant France 98 à Emmanuel Macron consolant Mbappé après la finale de 2022, jusqu’aux questions adressées aux Bleus sur la montée de l’extrême droite, l’équipe nationale demeure ce curieux miroir sur lequel la France projette périodiquement ses enthousiasmes, ses fractures et ses obsessions.

Des étoiles dans leurs yeux vaut ainsi surtout pour ce qu’il permet d’apercevoir derrière les matchs. Les trois journalistes connaissent admirablement leur terrain et savent en rapporter les petits détails qui donnent vie à une compétition. Mais cette proximité possède son revers : il regarde parfois ses protagonistes avec davantage d’affection que de distance.

Des étoiles dans leurs yeux, Philippe Sanfourche, Loïc Tanzi et François Vignolle
Robert Laffont, 30 juillet 2026, 256 pages 

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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