« Claude Miller, une vie de films » : un trésor pour l’historien, un élixir pour le cinéphile

Les éditions Les Impressions nouvelles publient Claude Miller, une vie de films, un imposant volume consacré à un monstre sacré du septième art. Plus qu’une chronique, il s’agit d’un hommage vibrant et passionné à un cinéaste dont l’œuvre s’est poursuivie jusqu’aux derniers instants de la vie.

Claude Miller, réalisateur et scénariste, est une figure ô combien marquante du cinéma français. Olivier Curchod raconte longuement les débuts de l’homme aux dix-sept longs métrages. Il a tôt été attiré par l’écriture et l’image, s’est formé à l’Idhec, puis a débuté sa carrière dans le cinéma en tant qu’assistant réalisateur, travaillant aux côtés de grands noms tels que François Truffaut, Jean-Luc Godard et Robert Bresson. Une expérience précieuse, qui a façonné son approche du cinéma et lui a permis de développer un style narratif distinct et une sensibilité artistique unique.

Pendant sa longue carrière, Claude Miller a collaboré avec Patrick Dewaere, Gérard Depardieu, Michel Serrault, et bien d’autres. Il a fait ses débuts en tant que réalisateur en 1976 avec La Meilleure façon de marcher, un drame psychologique inspiré par Bergman, qui a révélé l’étendue de son talent pour explorer les complexités de l’âme humaine. Son style est déjà caractérisé par une attention méticuleuse aux détails, une narration intime et les thèmes de l’enfance et de la marginalité. Olivier Curchod chemine ensuite d’un film à l’autre, d’une anecdote rapportée à un commentaire passionné, présentant la trajectoire de Claude Miller tel un récit épique, un roman où chaque chapitre serait constitué d’un film.

Parmi les films les plus notables de Claude Miller, on compte Garde à vue (1981), un thriller psychologique intense, L’Effrontée (1985) et La Classe de neige (1998), deux films poignants sur l’enfance et l’adolescence. Chacun de ces films démontre sa capacité à mêler habilement des éléments de suspense, d’émotion et de critique sociale. Et si l’émergence du réalisateur a lieu sous le souffle de la Nouvelle Vague, son talent et son répertoire se consolident bien au-delà de ce courant cinématographique. Durant sa carrière, l’homme a bravé de nombreux d’obstacles, dont les mésaventures de tournage et la maladie (entre rémissions et rechutes), démontrant une détermination farouche et une vraie passion pour son art.

Claude Miller, une vie de films bénéficie d’une documentation richement fournie, incluant les archives personnelles de Miller et de nombreux témoignages de première main. On comprend pourquoi l’œuvre de Claude Miller, qu’Olivier Curchod a personnellement connu pendant de longues années, est essentielle à la juste appréhension de l’évolution du cinéma français. Ses films, souvent centrés sur des personnages complexes, ont influencé de nombreux cinéastes et continuent d’inspirer, aujourd’hui encore, les étudiants en études cinématographiques.

De l’influence précoce de son oncle Serge aux récompenses glanées, de ses activités de critique aux innombrables anecdotes de tournage, des références ou emprunts à Alfred Hitchcock aux controverses, Claude Miller, une vie de films est un pèlerinage dans le sanctuaire d’un réalisateur qui a surpris, conquis et parfois choqué le public (on pense notamment au film semi-érotique Le Sourire). Son œuvre, désormais partie intégrante du patrimoine cinématographique, aura rarement été effeuillée de cette manière, avec autant d’attention et de pédagogie.

Claude Miller, une vie de films, Olivier Curchod
Les Impressions nouvelles, janvier 2024, 576 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !

Evil Dead Burn : Le feu des aveux

En confiant "Evil Dead Burn" à Sébastien Vaniček, Sam Raimi a fait le bon choix. Le réalisateur de Vermines signe un sixième épisode généreux, où le trauma familial et la violence conjugale nourrissent l'horreur démoniaque. Porté par une Souheila Yacoub habitée, le film brûle de l'intérieur avant même que les Deadites n'entrent en scène.

L’Inconnue : le trouble de Jésus et de Marie

"L'Inconnue" est un film qui ne ressemble à aucun autre. Arthur Harari y filme l'indicible : l'égarement de l'âme dans un corps qui n'est plus le sien. Porté par Léa Seydoux en madone hagarde et Niels Schneider en Christ sacrifié, ce thriller de l'inconscient nous happe et nous largue, laissant planer un doute vertigineux : savons-nous vraiment qui nous sommes ? Un film opaque, charnel, parfois insaisissable, mais dont la grâce primitive nous hante longtemps après le générique

Kwaïdan (1964) de Masaki Kobayashi : le temps suspendu des spectres

Si sa durée et son rythme peuvent représenter une épreuve exigeante pour le public d’aujourd’hui, "Kwaïdan" n’a en revanche rien perdu de sa poésie et de son enchantement des sens. Une œuvre inclassable et envoûtante.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.

Léa Lahannier dans les entrailles du cinéma d’horreur français

Avec "Au bord de l’abîme : où en est le cinéma d’horreur français ?", Léa Lahannier entreprend un état des lieux du genre horrifique hexagonal. Elle en exhume la mémoire cinématographique, les motifs, les contradictions et les métamorphoses. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.