La Morsure des Dieux, sortie ce mercredi 26 avril apparaît comme la dernière réalisation en solitaire de Cheyenne Carron. C’est avec une subtilité extrême que la réalisatrice aborde dans son nouveau drame, la thématique du suicide en milieu agricole. Un sujet qui aujourd’hui, touche du doigt la réalité.
Au bord du gouffre
« Il y a environ 500 suicides recensés par an. » Cheyenne Carron.
Après seize ans de carrière, la signature de Cheyenne Carron est désormais connue de tous : réaliser des drames, qui abordent avec réalité, desthématiques en phase avec la société actuelle. Dans cette dernière réalisation, l’espoir du cinéma français, s’est penché sur un sujet quelque peu polémique mais pourtant bien réel : le suicide en milieu agricole. Ce problème, de plus en plus récurrent de nos jours, trouve ses racines dans le gouffre économique qui, depuis plusieurs années, bouleverse le monde de l’agriculture. De ce drame à la fois politique et social, découle la question du burn-out. La Morsure des Dieux aborde avec sincérité ce sujet, encore trop délaissé par le cinéma français.
Bercé par la découverte de l’amour viscéral, Sébastien (François Pouron) construit une relation profonde dans les bras de Juliette (Fleur Geffrier), une aide-soignante catholique. Leur union apparaît comme un parfum de renouveau sur les terres du Pays Basque. Pourtant, derrière cette image idyllique, se dissimule le drame agricole. De nos jours, tout a changé : l’agriculture tend à devenir une activité professionnelle risquée et complètement délaissée. Entièrement dépendante des grandes firmes, cette dernière essaye de survivre tant bien que mal à la menace de la mondialisation. Mais, elle s’épuise doucement… Ainsi, La Morsure des Dieux permet une certaine prise de conscience à l’égard de ce drame sociétal bouleversant.
L’osmose entre l’Homme et la Terre
« Et j’ai compris que le paganisme était vraiment l’identité des campagnes, avant l’arrivée du christianisme. » Cheyenne Carron.
Comment garder foi en la Terre, quand le monde qui a construit nos racines se désintègre sous nos pas ? Cette question existentielle est la clé de ce drame naturellement beau. Au-delà de la profondeur morale, La Morsure des Dieux est un film esthétiquement réussi. La perspective des paysages liée à la beauté des images permettent de ressentir l’osmose qui existe entre Sébastien et la nature. En choisissant d’adopter ce rendu esthétique, Cheyenne Carron réalise un drame visuel et moral, abordant avec profondeur, l’inhabituelle question du paganisme. Ce terme, dérivé du latin pagus, met à l’honneur l’homme du pays, celui qui croit en la religion de sa terre. C’est autour de cette thématique, que s’appuie La Morsure des Dieux. Ce film, s’apparentant à un récit initiatique, nous plonge dans le quotidien spirituel de ce païen. Nous découvrons à travers certaines scènes, des rituels formels tels que les danses traditionnelles basques, ou encore le feu solsticial. Ainsi, en se penchant sur ces traditions populaires, Cheyenne Carron met à l’honneur, la thématique très peu exploitée, du folklore basques.
Le suicide en milieu agricole et le paganisme sont finalement deux sujets étroitement liés. En effet, c’est l’amour de la terre qui pousse l’homme à construire sa vie autour de l’agriculture. Mais c’est également l’écroulement autour de cette passion qui le fait revenir à ses sources et ses racines. Ce terrible drame est donc construit sur un paradoxe incertain, et un cercle vicieux alarmant. Souvent ignorés, ces sujets s’ancrent aujourd’hui pourtant, dans l’air du temps. Sans tomber dans le pathos, Cheyenne Carron fait de ce suicide social, une question existentielle.
Creusant la polémique autour du suicide en milieu agricole, Cheyenne Carron réussit un pari risqué : celui de rendre public un drame social oublié. L’espoir du cinéma français tire aujourd’hui sa révérence devant une œuvre esthétique et militante.
La Morsure des Dieux : Bande Annonce
La Morsure des Dieux : Fiche Technique
Réalisation : Cheyenne Carron
Scénario : Cheyenne Carron
Interprétation : François Pouron, Fleur Geffrier, Pierre Molinier, Laurent Lucmaret, Cyrille Campri, Pascal Elso…
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