Séries Mania 2017 : compétition de webséries et digitales

Pour la première fois en cette 8ème édition, les webséries et digitales sont à l’honneur, avec une compétition qui leur est propre. 5 formats courts présentés en avant-première et soumis à un jury de professionnels…

Les trois personnalités décisionnaires sont Jérôme Fansten, scénariste et réalisateur, Titou Lecoq, écrivaine et bloggeuse et Eric Laroche, anciennement responsable éditorial de la chaîne Canal + Séries et  actuellement directeur du développement à Empreinte Digitale. La salle 500 est moyennement comble, mais l’attente certaine pour 5 pays en compétition et des genres tous azimut: comédies, thriller policier, autobio, vrai faux docu…

BKPI de Hye Hung Park ★★★☆☆

On peut lire sur le programme Séries Mania propagandiste à propos de BKPI, « (…) redore comme Sweet/Vicious le blason du vigilante movie ». L’humour étant très proche de la moderne adaptation Kim’s Convenience, cette mini webserie de 3 fois 14 minutes produite par Super Deluxe est un concentré de travail avorté par un désir ambigu de faire rire et réfléchir en même temps. La retranscription quasi-documentaire de la vie de quartier couplé à un montage vidéo un peu mou ne favorise pas l’adhésion, mais est appréciable pour ses actrices de couleurs et touchantes.

∅ [œ] (île) de Cyrinne Arrar, Guillaume Fillion et Christophe Coffre ☆☆☆☆☆

Malgré de beaux effets visuels, le policier façon noir nordique copie les formes déjà mille fois exploitées pour une ersatz d’intrigue « sur-cousue » sur fond d’ostracisme et racisme et une héroïne écrite sur un schéma usé. Si on est pas capable à trois plumes de proposer de l’originalité percutante dans un monde saturé du genre policier (entre autre), on ferait mieux de laisser la place à d’autres talents plus économes. Ou est-ce juste le pilote qui cumule toutes ces tares, car l’animalisme présente par la suite dans des paysages somptueux pourrait peut-être rattraper l’ennui? Retournons donc à Jour Polaire ou The Killing…

La théorie du Y  de Caroline Taillet et Martin Landmeters ★★★☆☆

Élue par les internautes sur le site de la RTBF comme le meilleure pilote parmi une sélection de 5 weséries, La Théorie du Y fait se côtoyer l’amateurisme et le fascinant. Les problématiques de la bisexualité sont traitées « urbainement » comme Search Party ou Girls, à l’exception que la ville n’est pas si grande ou oppressante que pourrait être une capitale telle que Paris. Si le premier épisode semble maladroit ou interprété comme un film de fin d’étude trop rigide, le deuxième déploie une plus grande habileté à tirer sur le sensible en faisant appel au flashback et les souvenirs de lycée/collège déterminants. Le sourire apparaît donc plus naturel, mais l’ensemble, convenu et méthodique, manque de fluidité. Une héroïne familière dans une épopée singulière sur l’identité sexuelle…

People you may know de Zandile Tisani ★★☆☆☆

Première apparition de l’Afrique du Sud dans cette compétition, cette dram(web)édie s’attache à dépeindre les portraits de trois amies dans l’errance de leurs propres choix. Si le rythme manque d’hétérogénéité, les personnages de caractères, le récit de but précis, le spectateur finit trop rapidement par se désintéresser de ce qui semble être une métaphore même d’une recherche objective sur les directions existentielles. Difficile de l’apprécier donc à sa juste valeur. (Atlanta dans un mauvais film de Jarmush)

The man woman case d’Anaïs Caura ★★★★☆

Grosse surprise, cette websérie d’animation coproduite par 2p2l (…), par une simplicité cosmique entre noir et blanc, perd le spectateur dans un imbroglio visuel enchanteur. Elle semblerait être une enquête dans l’Australie des années 20, mais en passant par le western, le maritime et le policier, l’intrigue sous ecsta est contrebalancé par l’audace graphique du coup de pastels à huile. A suivre !

Lifer de Franck Khalfoun et Jimmy Halfon ★☆☆☆☆

A la manière de Making a murderer sur Netflix, ce vrai faux documentaire sur un soi-disant Adolfo Ramirez surnommé « L’Ecorcheur » durant les années 80/90, brouille toutes les pistes pour nous proposer d’aller à la rencontre d’un esprit criminel bolivien. Réelles interviews et images d’archives constituent le cœur de ces 10 minutes qui paraissent interminables tellement la vrai fausse immersion est froide et sans originalité. On assiste platement à un procès virtuel sans intentions pour le bien de Studio +.

Loulou d’Alice Vial, Louise Massin et Marie Lelong ★★★★★

Après Florence Foresti et son discours acerbe et hilarant sur la grossesse ou la série canadienne Working Moms sans pitié sur l’instinct maternel, Louise Massin ajoute son grain de sel décalé et irrésistible à l’édifice. En mettant en scène ses propres troubles et ses peurs de femme enceinte dans des situations pittoresques, comme le shooting photo animalier avec Philippe Rebbot (Mariage à Mendoza, Tristesse Club, L’Effet aquatique) ou la réunion façon Tupperware avec Isabelle Vitari (Nos chers voisins) en mère hippie dérangée, l’actrice/créatrice mérite toute notre attention. Une claque pleine de bon sens ! A savoir pourquoi est-ce qu’étaient diffusés deux épisodes de fin de saison… Les débuts étaient-ils bancals ?

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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