Gold, un film de Stephen Gaghan : Critique

Gold est typiquement ce genre d’histoire dont raffolent les américains, celle d’un quidam dont l’obstination va permettre de voir ses rêves devenir réalité. Avec un peu de recul, il s’agit en fait des magouilles d’un fils-à-papa disgracieux et quelque peu ahuri. Un ersatz de Donald Trump, en somme. Le pouvoir d’adhésion n’est donc lié qu’à son interprète. Peut-être en faudra-t-il un peu plus.

Synopsis : 1988. Kenny Wells, un beau-parleur plein de rêves, a mené à la faillite la société minière qu’il a héritée de son père. Dos au mur, il décide de faire équipe avec Michael Acosta, un géologue qui, lui aussi, est la risée de ses pairs. Leur projet de chercher de l’or au fin fond la jungle indonésienne se révèle vite fructueux. La côte de la société explose aussitôt, mais plutôt que profiter pleinement de la belle vie, Wells tient à garder le contrôle de ses affaires.

Un Rise and fall en plaqué or

Gold-matthew-mcconaughey-chauveDepuis Dallas Buyers Club et la première saison de True Detective, Matthew McConaughey s’est imposé, aux yeux des spectateurs, comme un excellent transformiste. Que son image de jeune premier qu’il cultivait dans ses premiers films, et même son physique avantageux tel qu’il en jouait dans Magic Mike, paraissent loin aujourd’hui ! Dès les premières images de son tournage, Gold a fait sa réputation sur son nouveau look anti-glamour, identifiable à sa calvitie avancée et à sa silhouette bedonnante. Croire qu’il s’agit là d’un atout suffisant pour faire le succès du film serait oublier que, avant lui, Christian Bale (American Bluff), Johnny Depp (Strictly Criminal) mais aussi Tom Cruise (Tempêtes sous les tropiques) ont adopté un physique comparable sans que cela attire massivement le public. Qu’a alors à proposer ce long-métrage ? Son autre argument est d’être inspiré d’une histoire vraie. En l’occurrence, celle de l’affaire dite de la mine d’or de Bre-X Busang. En dire plus sur celle-ci reviendrait à spolier sévèrement le scénario, pourtant il est légitime de dire que celui-ci n’en garde que peu d’éléments pour aboutir un récit tristement convenu.

[irp]

Son auteur est pourtant bien connu pour son talent à recycler des histoires vraies et s’en servir pour bâtir une dramaturgie solide, puisque Stephen Gaghan a rédigé les scénarios de Traffic et de Syriana. Or, comme pour ce dernier, sa mauvaise idée a été de le réaliser lui-même alors qu’il est loin de posséder le talent d’autres cinéastes qui s’étaient dits intéressés par le projet, à savoir Paul Haggis, Michael Mann ou bien encore Spike Lee. Autant dire que les sujets abordés dans cette histoire avaient de quoi faire un grand film, mais se retrouvent en fin de Gold-matthew-mcconaughey-edgar-ramirezcompte étouffés par la mise en scène bien trop démonstrative de Gaghan. Tel qu’il les filme, il ne parvient ni à faire vivre l’émotion qui anime cette variation, pourtant dramatique, du rêve américain ni à insuffler un souffle épique à la partie consacrée aux voyages en Indonésie ni moins encore à rendre cinglant son discours sur le cynisme des marchés financiers.

Gold est finalement à l’image de son personnage principal : Bavard, vulgaire et futilement tape-à-l’œil. Il aurait pu s’agir d’un parti-pris payant si le réalisateur avait le savoir-faire des frères Coen ou de David O. Russell. Entre les mains de Stephen Gaghan, le résultat ne relève que de la maladresse, pour ne pas dire de la ringardise.

A aucun moment l’arc narratif de Kenneth Wells ne s’éloigne du schéma classique qui consiste à voir à suivre le parcours d’un homme vers des sommets et sa déchéance. Une fois le dispositif en place, le storytelling n’a aucune surprise à offrir. C’est donc indubitablement la prestation de Matthew McConaughey, et elle seule, qui rend ce personnage intéressant à suivre. Le moindre de ses sourires en coin s’avère ainsi un moment bien plus étonnant que ses relations si prévisibles avec ses partenaires. Parmi eux, on n’en dénombre d’ailleurs que deux qui soient un minimum développés. La première est sa femme, incarnée par Bryce Dallas Howard qui, elle aussi, fait preuve d’une belle transformation puisque, même si elle n’est présente que dans la première moitié du film, elle semble y grossir à vue d’œil. Le second est l’expert incarné par Edgar Ramirez, dont on regrettera que le jeu assez placide ne rende pas compte de toute l’ambiguïté du personnage.

[irp]

Gold-matthew-mcconaughey-Bryce-Dallas-HowardDès la première scène, le dialogue et la voix-off, tous deux lourdement explicatifs, posent les bases de ce qui sera l’un des plus gros défauts de l’écriture : une tendance à se montrer bien trop expansif. Les effets de montage iront d’ailleurs dans le même sens, appuyant bien davantage sur cette volonté d’étaler le déroulement des évènements que sur l’installation d’un tant soit peu de tension. Même le rebondissement, à une demi-heure de la fin, n’arrive pas à générer l’intensité que l’on peut attendre d’un tel retournement de situation. Le parcours de ce prospecteur exubérant et antipathique se retrouve à se dérouler sous nos yeux, sans que jamais ni le thriller financier ni la fresque historique qu’il voudrait être ne parviennent à exister. N’en reste que le portrait d’un homme haut en couleur, un résultat certes honorable mais bien plus anecdotique. Définitivement, son seul atout reste la transformation de son acteur principal, de quoi en venir à espérer que McConaughey pourra retrouver le succès sans avoir systématiquement recours à de tels artifices.

Gold : Bande-annonce

Gold : Fiche technique

Réalisation : Stephen Gaghan
Scénario : Patrick Massett et John Zinman
Interprétation : Matthew McConaughey (Kenny Wells), Edgar Ramírez (Michael Acosta), Bryce Dallas Howard (Kay), Corey Stoll (Brian Woolf), Toby Kebbell (Paul Jennings), Bruce Greenwood (Mark Hancock), Stacy Keach (Clive Coleman)…
Image : Robert Elswit
Montage : Douglas Crise
Direction artistique : Peter Rogness
Décors : Maria Djurkovic
Costumes : Danny Glicker
Productions : Patrick Massett, John Zinman, Teddy Schwarzman, Michael Nozik, Matthew McConaughey
Sociétés de production : Black Bear Pictures, Living Films
Distribution : StudioCanal
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 120 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 19 avril 2017

Etats-Unis – 2017

[irp]

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Primetime – Tel est pris qui croyait prendre

Avec Primetime, Lance Oppenheim transforme les dérives d’une émission américaine controversée en thriller trouble et formellement radical, porté par un Robert Pattinson impressionnant.

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Primetime – Tel est pris qui croyait prendre

Avec Primetime, Lance Oppenheim transforme les dérives d’une émission américaine controversée en thriller trouble et formellement radical, porté par un Robert Pattinson impressionnant.

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.