Live by Night, un film de Ben Affleck : Critique

Après l’intrépide agent de la CIA (Argo) et le milliardaire porté sur le noir (Batman), Ben Affleck s’improvise mafioso des années 20 dans Live By Night, véritable lettre d’amour au genre porté au sommet par Scorsese ou Raoul Walsh. Un exercice de style efficace, à défaut d’être brillant, qui en impose surtout par sa reconstitution historique de bonne facture et sa mélancolie omniprésente.

Booze, Borsalino & Thompson

Il est toujours amusant de voir à quel point un Oscar peut influer sur le destin d’un réalisateur. Si certains en profitent pour imposer leur desideratas personnels aux studios (Scorsese avec Silence), d’autres, un peu déboussolés d’être subitement au cœur de toutes les discussions, tentent de se rassurer et retournent bien vite vers leur zone de confort, non sans l’avoir améliorée au passage. Affleck est clairement de ceux-là. Alors qu’on attendait fébrilement sa compo de Batman miné par le doute et les regrets, le voilà qui annonçait après Argo, son envie de retourner vers celui qui l’a révélé : Dennis Lehane (Mystic River, Shutter Island). L’auteur US, très habile dès lors qu’il est question de coucher de grandes fresques historiques et criminelles sur papier, avait en effet dans sa besace le texte sur lequel Affleck allait pouvoir prouver à ses détracteurs qu’il n’est pas juste un crâneur à la belle gueule et au charisme ravageur : Live By Night (Ils Vivent La Nuit en VF). Où les errements d’un soldat de la Grande Guerre las de recevoir des ordres et naturellement plus enclin à en donner, qui s’improvise, au grand dam de son père – figure notoire de la police locale -, mafioso/bootlegger en pleine Prohibition. L’occasion pour Affleck de compiler dans un film aux airs de pot-pourri, tout ce qui avait fait le succès de ses films précédents : le soufflet historique d’Argo, la violence brutale de The Town et l’émotion de Gone Baby Gone. Un mélange audacieux qui se frotte paradoxalement assez mal au seul élément intéressant du métrage : sa mythologie.

No Country for Good Men

Live By Night étant en effet le deuxième tome de l’épopée criminelle menée par Coughlin et écrit par Lehane, Affleck doit dans un premier temps accoucher de tous les rouages contenus dans les pages du roman pour situer son action et témoigner de ses enjeux. Cela donne donc un montage louchant un peu trop sur Scorsese, à bon coup de voix-off et règlement de comptes en pagaille, comme pour mieux renforcer l’idée d’un Boston gangrené par la guerre des gangs. Au demeurant, si le montage témoigne d’une relative lenteur, l’exécution n’est pas à plaindre. Affleck, rompu aux films en costume, arrive à rendre compte des années folles comme personne, à bon coup de diner huppés, borsalino, costume 3 pièces et autres Thompson à camembert. Une ambiance qui, qu’on se le dise, maintient l’intérêt sur la première bobine, voyant Affleck changer son fusil d’épaule et rallier la Floride duquel il officie pour le compte d’un sous Marlon Brando échappé du Parrain de Coppola. Là-bas, sous le soleil et à l’ivresse du rhum, il vit la grande vie, quitte à s’offrir des nouveaux costumes et à incarner ce magnat de l’alcool, cruel mais pas trop, sorte de criminel au grand coeur qui dépassera rarement la ligne jaune car doté de principes. Au milieu de tout ça, finalement, peu de surprise : toujours des méchants à abattre, des territoires à conserver et des patrons à qui embrasser la bague. Mais là où cette odyssée du gangstérisme innove, c’est bien par la dévotion d’Affleck. Toujours à l’affût, l’acteur-réalisateur arrive à tailler dans le roman (très dense) de Lehane pour s’accaparer les moments importants, qu’ils soient historiques (les soubresauts liés au Ku Kux Klan et l’influence cubaine durant la Prohibition) ou émotionnels (sa romance avec une cubaine qui va profondément modifier sa nature) et les inclure à son récit, renforçant l’aspect mélancolique de l’ensemble puisque c’est son histoire dans l’Histoire qu’il nous montre. Un choix audacieux, qui évite le sempiternel rise and fall à la Scorsese mais qui, de par sa nature expérimentale, peine à témoigner d’un rythme aussi trépidant que ces quelques scènes d’action dont la formidable course poursuite en Ford T qui laisse sourire par son côté purement anachronique, surtout en 2017.

Classieux, élégant et efficace, Live by Night est un très joli exercice de style et la preuve qu’on peut toujours compter sur Affleck pour emballer une histoire qui a de la gueule. Reste l’amertume de devoir assister à une œuvre dont la densité est palpable à tout instant mais qui a perdu une partie de sa substantifique moelle à la case montage, et dont le génie apparait timidement de temps à autre sans jamais vraiment s’imposer.

Live by Night : Bande-Annonce

Synopsis : Boston, dans les années 20. Malgré la Prohibition, l’alcool coule à flot dans les bars clandestins tenus par la mafia et il suffit d’un peu d’ambition et d’audace pour se faire une place au soleil. Fils du chef de la police de Boston, Joe Coughlin a rejeté depuis longtemps l’éducation très stricte de son père pour mener une vie de criminel. Pourtant, même chez les voyous, il existe un code d’honneur que Joe n’hésite pas à bafouer : il se met à dos un puissant caïd en lui volant son argent et sa petite amie. Sa liaison passionnelle ne tarde pas à provoquer le chaos. Entre vengeance, trahisons et ambitions contrariées, Joe quittera Boston pour s’imposer au sein de la mafia de Tampa…

Live by Night – Fiche Technique

Titre original et français : Live By Night
Réalisation : Ben Affleck
Scénario : Ben Affleck, d’après Ils vivent la nuit (Live By Night) de Dennis Lehane
Casting : Ben Affleck (Joe Coughlin), Sienna Miller (Emma Gould), Zoe Saldana (Graciella Suarez), Elle Fanning (Loretta Figgis), Chris Messina (Dion Bartolo), Chris Cooper (Irving Figgis), Brendan Gleeson (Thomas Coughlin)
Direction artistique : Christa Munro
Décors : Jess Gonchor
Costumes : Jacqueline West
Photographie : Robert Richardson
Montage : William Goldenberg
Musique : Harry Gregson-Williams
Production : Ben Affleck, Leonardo DiCaprio, Jennifer Davisson Killoran et Jennifer Todd
Producteurs délégués : Chris Brigham et Chay Carter
Sociétés de production : Appian Way, Pearl Street Films et Warner Bros.
Sociétés de distribution : Warner Bros. (États-Unis), Warner Bros. France (France)
Langue originale : anglais
Budget : 65 millions de dollars
Format : couleur – 2.35:1 – numérique
Genre : thriller, policier
Durée : 128 minutes
Dates de sortie  France : 18 janvier 2017

Etats-Unis – 2017

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
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